Des chiots et des chatons offerts gratuitement

CHRONIQUE / Pour éviter les frais d’adoption, certains éleveurs offrent des opportunités alléchantes aux adoptants en leur proposant d’adopter gratuitement leurs futurs reproductrices et reproducteurs canins et même félins.

C’est attirant comme offre, quand on sait que ces chiots et ces chatons de race peuvent valoir plusieurs milliers de dollars, surtout s’ils sont enregistrés.

Le fonctionnement diffère légèrement d’une organisation à l’autre, mais en gros, les familles d’accueil acceptent d’héberger des bêtes gratuitement en échange de quelques séjours chez l’éleveur pour l’accouplement et la mise bas, jusqu’au sevrage des petits. Cette stratégie comporte plusieurs avantages pour les éleveurs qui doivent, par exemple, respecter un nombre limite d’animaux dans leur chenil.


« En moins de 10 ans, le prix à payer pour adopter un chiot a plus que triplé. »
Râto

Au printemps 2018, Mélanie (nom fictif) devenait famille d’accueil pour une chienne croisée berger australien et caniche, qu’on appelle aussiedoodle dans le jargon populaire. La mignonne petite bête de huit semaines, qui se vendait 1200$, avait la couleur et la fourrure recherchées par l’éleveur, ce qui lui a valu le titre de future reproductrice.

Peu de temps avant, l’éleveur produisait un autre croisement, mais comme la popularité avait baissé, il avait choisi de se tourner vers la tendance du jour.

Dès l’âge de deux mois, les futures reproductrices de cet élevage sont choisies en négligeant plusieurs aspects, dont la conformation, la génétique et le tempérament. Le seul critère est la fourrure des chiens qui doit être fournie et frisée, ce qui demande beaucoup d’entretien, puisque certains spécimens ont un poil très compact.

En échange, l’éleveur demande aux familles volontaires la permission de faire reproduire quelques fois leur chienne pendant sa vie. Il offre même un chiot, ou la moitié du prix qu’il vaut, lors de la première portée. Une fois retraitée, la chienne reproductrice appartient officiellement à sa famille d’accueil.

L’éleveur fournit aussi aux familles d’accueil un service de gardiennage pour que leur animal s’habitue à son environnement, car c’est chez lui que les femelles mettront bas et elles y resteront jusqu’à l’adoption des chiots, soit à l’âge de deux mois. C’est doublement alléchant d’avoir un chien gratuit et une garderie gratuite. Sauf que l’éleveur n’a pas encore gardé la chienne reproductrice, hébergée chez Mélanie, qui aura bientôt deux ans. Il ne sait pas non plus que la bête fait de la protection des ressources.

Désagréments

En échange de tout ça, les familles d’accueil doivent gérer des chiens et des chiennes non stérilisés, ce qui comporte son lot de désagréments. Il faut redoubler de vigilance lors des périodes de chaleur, qui ont lieu deux fois par année, pour éviter un accouplement avec un autre chien que celui de l’éleveur. Les hormones étant difficilement gérables, l’animal non stérilisé peut être davantage fugueur. Rappelons aussi que lorsqu’une chienne est en chaleur, elle saigne environ une dizaine de jours. Ce n’est pas très commode dans une maison. S’il n’est pas possible de garder la chienne dans une pièce facilement lavable, il faut alors utiliser des couches vendues à cet effet.

Les bâtards

Il n’y a pas très longtemps, les chiens qu’on appelait des bâtards étaient vendus à peine 50$. Aujourd’hui, la mode est au croisement de chiens. Peut-être parce qu’on a longtemps dit qu’il n’y avait rien de mieux qu’un bâtard pour éviter les tares génétiques.

Ceux qui font ces mélanges connaissent un succès fou, et ils ont même des listes d’attente. Malgré le prix de ces chiots, qui ne sont pas enregistrés, et qui dépasse souvent les 1000$, ils se vendent comme des petits pains chauds.

Le prix est donc fixé selon l’offre et la demande.

Des codes

Comme les éleveurs des chiens croisés ne peuvent pas avoir de papiers d’enregistrements justifiant le pedigree de leurs chiots, ils utilisent des termes pour motiver leurs prix exorbitants. Voici comment comprendre leurs codes :

• F1 : Chien issu de la reproduction d’un caniche et d’un berger australien

• F1B : Chien issu de la reproduction d’un caniche et d’un aussiedoodle F1

• F2 : Chien issu de la reproduction de deux F1

• F2B : Chien issu de la reproduction d’un F1 et d’un F1B

• F3 : Chien issu de la reproduction d’un F1B et d’un F2B, de deux F2 ou de deux F2B

Est-ce que ces chiens deviendront les mal-aimés de demain ? Si on se fie au contrôle que fait cet éleveur, par rapport à la génétique, il y a de fortes chances que oui !