Émile a un handicap aux pattes avant. Pour respecter ses besoins particuliers, Jimmy Maltais a décidé de le garder pour toujours à la Fourrière.

Des chiens vivent en permanence à la Fourrière d'Alma

CHRONIQUE / Régulièrement, des chiens ayant des problèmes de comportement sont confiés à la Fourrière d'Alma. « Certains comportements sont faciles à gérer, mais d'autres sont trop dangereux pour être replacés en famille », explique Jimmy Maltais, le propriétaire de la Fourrière d'Alma.
M. Maltais est d'avis que la meilleure façon de gérer un trouble de comportement est de gérer l'environnement de l'animal. Par exemple, si un chien est réactif aux autres animaux, et qu'il risque de les blesser, la solution la plus efficace sera de le faire adopter dans une famille sans autres animaux. Pour changer des comportements bien ancrés dans la tête d'un chien, c'est souvent une question d'années. M. Maltais a vu les comportements indésirables de ses pensionnaires s'estomper, voire même disparaître complètement après plusieurs années sous sa protection. Certains peuvent alors partir vers de nouvelles familles, à moins que l'équipe de la Fourrière se soit trop attachée à eux !
Certains ne pourront jamais vivre dans une famille conventionnelle. C'est le cas d'Édouard, un énorme colley croisé bouvier bernois de 140 livres. Comme il est arrivé à la Fourrière parce qu'il avait mordu, Jimmy Maltais n'a jamais pris de chance de le replacer dans une famille. Il vit dans le chenil depuis quatre ans. « Avec sa taille, s'il mord, ça peut faire du dégât », remarque son nouveau propriétaire. Édouard mord quand il y a trop de mouvement et d'inconnus dans son milieu. C'est pourquoi il est en liberté tôt le matin, avec M. Maltais, mais aussitôt qu'il risque de croiser des clients, il regagne son coin dans le refuge.
D'autres chiens, comme Joe le doberman, n'ont jamais voulu quitter la Fourrière. Comme il n'était pas castré, Joe était très fugueur. Abandonné dans un état rachitique, la famille Maltais avait décidé de le garder le temps de l'engraisser et de le faire castrer. Après sa castration, comme il est devenu un chien exemplaire, Joe était censé partir vivre dans une famille ontarienne. « Après 12 heures de route, on est arrivé à destination et la responsable de SOS Québec-Ontario Dog Rescue a regardé mon chien et elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas prendre ce chien-là, car il n'avait d'yeux que pour moi. Elle m'a fortement suggéré de le garder. Nous sommes revenus au Saguenay ensemble », se remémore l'homme qui voue sa vie aux animaux. Joe vit à la Fourrière depuis deux ans. Il est même devenu le préposé à l'accueil et le doux compagnon des chats. « Je le mets dans la chatterie pour que les chats s'habituent aux chiens », précise M. Maltais.
Quant à Angel, elle n'avait pas encore un an quand elle est débarquée à la Fourrière d'Alma, il y a neuf ans. Comme elle se faisait battre dans son ancienne famille, elle était devenue agressive. Aujourd'hui, elle n'a plus de comportements agressifs parce qu'elle vit dans un milieu respectueux. Elle a même droit à ses petits privilèges. « Après quelques fugues dans le chenil, j'ai dernièrement compris que la nuit, elle voulait être en liberté. Je l'ai écouté », précise M. Maltais.
Watson, un pitbull qui vient de débarquer à la Fourrière d'Alma, est très réactif envers les femmes et il a déjà mordu. Bien que Watson soit en observation depuis quatre mois, M. Maltais avoue qu'il ne sera peut-être jamais placé en adoption. Si c'est le cas, il écarte toute possibilité d'euthanasie et trouvera une solution pour le garder en toute sécurité, en espérant le désensibiliser tranquillement.
Si un client lui confie un chien et qu'il demande à ce qu'il soit euthanasié, le propriétaire de la Fourrière respectera cette demande. « Par contre, si je sens que la personne n'est pas prête ou que ce n'est pas la bonne solution, je vais tenter de discuter avec elle », conclut M. Maltais.