De la punition à l'attaque

CHRONIQUE / Le 16 mai dernier, une femme de Saint-Ambroise est violemment attaquée par son chiot de neuf mois après l’avoir réprimandé. On ne connaît pas l’ampleur de la punition, mais la réaction de l’animal est impardonnable.

D’ailleurs, si toutes les personnes qui chicanaient leur chien se faisaient sauvagement attaquer, les chiens domineraient le monde depuis longtemps.

La punition abusive et physique peut en effet créer de la frustration et de la peur chez le chien et mener à la morsure, mais de là à traîner sa victime au sol et la morde sans relâche, ça devient une attaque menée par une prédisposition génétique ou un dérèglement mental.

Il existe des chiens qui prennent un malin plaisir à attaquer et renforcent cette dépendance chaque fois qu’ils entrent dans cet état. On sait aussi que, dès l’âge de quelques mois, un chiot peut démontrer des comportements inquiétants, tout comme des comportements d’aptitude à la chasse, à l’obéissance ou à l’agilité.

Pourquoi a-t-on le droit de dire qu’un chien a une prédisposition génétique à l’obéissance, mais pas à l’attaque ? C’est pourtant un critère qui a été développé dans certaines génétiques, tout comme l’agilité et l’endurance.

Selon le propriétaire de la Fourrière d’Alma, Jimmy Maltais, certains chiens ne pourront jamais se retrouver dans une famille. « Certains chiens ont besoin de maîtres particuliers et ne doivent pas être renvoyés au travers du monde, à n’importe qui. J’ai deux bergers allemands que je garde et qui n’iront pas avec personne, ils restent ici. Ils vont estropier du monde si je les fais adopter », explique l’homme qui cumule 25 ans d’expérience à la tête de son refuge.

Avant de resserrer la vis aux propriétaires de chiens, il faudrait déterminer la procédure à suivre lorsqu’un chien mord. Est-ce qu’on met la priorité sur la sécurité publique ou sur la survie des chiens ?

Sauveurs à tout prix


Au Québec, n’importe qui peut recueillir des animaux, les revendre ou les placer dans des familles d’accueil sans expérience. Morsure après morsure, des chiens se promènent de famille en famille sans garder de traces de leurs comportements antérieurs.

Ces sauveurs d’animaux, qui prônent la vie à tout prix, complexifient la gestion des chiens dangereux.

Quand survient une morsure, au lieu de transférer le chien au refuge mandaté par la ville pour gérer les animaux, il est possible de renvoyer l’animal dans une de ces organisations qui bénéficient de beaucoup de trop de latitude. Marchant en dehors des normes, ces sauveurs ne sont même pas obligés de respecter la période de dix jours d’observation imposée par le MAPAQ pour écarter les possibilités de rage lorsqu’un chien inflige une morsure à un humain. Après quelques jours entre les mains de ces revendeurs, les chiens agresseurs repartent vers d’autres familles avec une description attendrissante qui minimise la vérité.

« Chien un peu grognon, qui n’aime pas se faire punir, recherche famille sans enfant, car il est arrivé un petit incident. »

Comme ça coûte de l’argent et du temps d’héberger des chats et des chiens, ces sauveurs doivent bien trouver une façon de rentabiliser leur grand cœur. La plupart demanderont des dons à la communauté qui sera charmée par tant de compassion. Ainsi, contrairement aux refuges mandatés pas les villes, les sauveurs deviendront des entreprises lucratives, à l’abri de l’impôt. Quand une ville mandate un refuge pour la gestion des animaux sur son territoire, c’est un rôle d’autorité qu’elle offre à des personnes ayant l’expertise pour protéger la communauté. Aucune autre ressource ne devrait avoir le droit de s’interposer dans le processus de gestion des chiens dangereux.

Alors que le passage en chenil devrait être temporaire, certains chiens, aux comportements repoussants, sont maintenus en enclos pendant des mois au détriment de leur santé mentale. Quand ils doivent couper dans les dépenses, les sauveurs d’animaux désorganisés couperont d’abord sur les soins vétérinaires et la nutrition. On peut sauver des chiens pour se donner bonne conscience en souhaitant vivre une belle histoire, mais dans la réalité, ce sont plutôt des cauchemars que vivent les adoptants mal outillés. Certains sauveurs débordants d’amour et à la pensée magique convainquent même la population que les chiens qui entrent chez eux ressortent parfaitement équilibrés. C’est impossible. On peut réhabiliter ou gérer l’environnement d’un chien problématique, mais la rechute sera toujours possible.

Aucun éleveur, sauveur, refuge ou animalerie ne peut garantir que l’animal qu’il vend n’aura pas de problème de comportement un jour ou l’autre, mais si on connaît les antécédents du chien en matière d’attaques, et que l’on continue de le confier à des familles inexpérimentées, c’est sûrement parce que l’argent a pris le dessus sur la compassion.