Grignotte, une petite femelle de race lévrier italien, aura semé 13 ans et demi de bonheur autour d’elle. Sa joie de vivre contaminait tout le monde.

Comme dans E.T.

CHRONIQUE / Le 16 janvier, Mélissa Viau a emmitouflé Grignotte dans une grosse couverture, a fait réchauffer son auto au moins 15 minutes et a embarqué sa précieuse petite chienne de race lévrier italien du côté passager.

Habituellement installée dans sa cage, Grignotte a eu le droit de prendre place sur le banc chauffant.

Ce soir-là, l’attentionnée amie des animaux venait de voir l’épuisement dans les yeux de sa chienne. Grignotte n’arrivait plus à retenir ses besoins, était partiellement paralysée de la patte avant gauche, tombait presque à tous ses déplacements et avait une masse de sang réapparue sous son ventre.

« Je me sentais comme dans le film de E.T. l’extra-terrestre, quand Elliott développe les mêmes symptômes que sa créature mourante. La tête me tournait, et j’avais mal au coeur. Je m’apprêtais à laisser partir une partie de moi », raconte Mélissa.

Au volant de sa voiture, elle devait garder les yeux dans la réalité et se concentrer sur la route, alors qu’elle vivait un moment complètement absurde. Grignotte dormait profondément à ses côtés.

Arrivée chez le vétérinaire, Mélissa a sorti un sac de fromage pour en donner à profusion à sa gourmande Grignotte. Il faut dire que depuis que les symptômes de la vieillesse se sont installés, elle n’a jamais perdu son appétit. « Sachant que j’allais perdre tous mes moyens, j’avais préalablement payé la facture par téléphone. Dès mon entrée, on m’a dirigée vers la salle, prête à nous recevoir », poursuit Mélissa.

Picotte (2002-2017), Criko (2004-2015) et Grignotte (2005-2019) sont tous les trois décédés de vieillesse, dans les bras de Mélissa Viau, en ayant recourt à l’euthanasie.

Paisiblement blottie dans ses bras, Grignotte ne sentait pas ce qui l’attendait.

Mélissa a couché Grignotte sur la table en la flattant, et la vétérinaire lui a administré un liquide qui l’a endormie tout doucement, jusqu’à ce que la mort s’en suive. « C’est comme ça que ça devrait toujours se passer », lui a dit la vétérinaire, en guise de réconfort.

« Même si le personnel n’a jamais mis en doute ma décision, ça reste que choisir de faire mourir un être vivant, unique et irremplaçable, c’est traumatisant. On ne s’habitue pas », réfléchit celle qui vivait avec Grignotte depuis plus de 13 ans.

La dernière

Grignotte était la dernière d’un trio de chiens que Mélissa avait adoptés au début des années 2000. L’élégante Grigri avait toujours été traitée en princesse. Elle n’a jamais eu à apprendre des commandements. « Tout ce qu’elle avait à faire, pour mériter sa gâterie, lorsque j’entraînais d’autres chiens, c’était de rester sagement à côté de moi ou sur le tapis », se remémore Mélissa.

Cette petite bête si frêle s’est montrée pourtant si forte devant la mort. « J’ai tant espéré qu’elle s’éteigne chez moi, dans son sommeil. Dans les trois dernières années, j’ai toujours eu un chien en fin de vie à dorloter. Malgré le vide que je vis, j’espère que Râto sera jeune encore plusieurs années », mentionne Mélissa.

Seule

Même si ses proches lui avaient offert son soutien, c’était la première fois qu’elle vivait ce face-à-face avec la mort, seule avec son animal. « J’avais besoin de le faire pour me prouver que j’étais capable d’accompagner un animal du début à la fin, sans compter sur personne », souligne-t-elle.

Maintenant, c’est officiellement, Râto doit prendre la relève tout seul, comme un grand!

Ce qui est le plus troublant, c’est de voir combien on a le pouvoir de vie ou de mort sur un animal. « J’aurais pu mettre fin à sa vie, dès les premiers symptômes de vieillesse, pour éviter de payer les 1000 $ en frais de vétérinaire que m’a coûtés la dernière année de vie de Grignotte, mais au fond de moi, je sais que ça en valait le coup. »

Question

Toutes les personnes qui auront, un jour où l’autre, à vivre cette épreuve se demanderont quel est le bon moment pour mettre fin à la vie de son animal. Évidemment, tout dépend du contexte. « Dans mon cas, c’est la vieillesse qui emporte mes animaux, et ça ne me dérange pas de sacrifier quelques mois de ma vie pour eux. C’est une façon de profiter de mes derniers moments auprès d’eux et de commencer le processus de deuil », conclut Mélissa.