Ces chevaux mis au chômage

CHRONIQUE / Plusieurs personnes sont dérangées par la présence de chevaux dans les parades, les spectacles et les lieux publics bondés de gens, soi-disant parce que ce sont des endroits trop stressants pour ces bêtes.

Va-t-on finir par oublier ce qu’est un cheval ?

Un cheval risque d’être beaucoup plus terrorisé seul en forêt que dans une parade avec d’autres chevaux. Étant un animal de troupeau, la présence d’autres chevaux l’apaisera. Évidemment, il faut être doué avec son cheval pour arriver à le recentrer et lui faire oublier toutes ces distractions qui éveillent ses sens. C’est dans ces évènements que progressent les cavaliers et leurs montures.

C’est vrai que, dès qu’on se retrouve loin de la rassurante écurie, que ce soit dans le bois, dans la ville ou sur une scène, il faut que le cavalier et sa monture gèrent les imprévus, mais c’est la plus belle des écoles. Plus on les protège de tout, un peu comme on le fait avec les chiens, plus on les fragilise. Il faut leur faire confiance. Ils ont tellement une grande capacité d’adaptation. Les chiens aussi, quand ils ont confiance en leur humain, peuvent passer au travers de n’importe quelle tempête de la vie, y compris les maladresses d’humains.

Rappelons-nous que les chevaux ont bâti le pays et traversé les guerres avec nous !

Les problèmes de comportements, qui deviennent de plus en plus inquiétants chez les animaux domestiques, y compris les chevaux, découlent de cette tendance à mettre nos bêtes au chômage, sous prétexte de les garder en sécurité. La pression sociale imprégnée de méconnaissance n’aide en rien. Remarquez qu’on a souvent dit que les chats de race avaient des tempéraments plus difficiles que les chats de gouttière. N’est-ce pas plutôt parce qu’on les confine dans la maison depuis toujours pour protéger leur valeur ?

Dans les écuries, on voit trop de cavaliers faire marcher leur cheval, leur faire un frottage de pattes et le remettre au box pour une semaine, en pensant que c’est la recette du succès. Les chevaux les plus épanouis et équilibrés, je les ai vus à Cuba. Et je vous jure qu’ils en travaillent un coup. Même pas besoin d’être castrés !

On apprivoise les bêtes pour les voir s’adapter à notre mode de vie et les amener à évoluer dans notre quotidien. Ils font équipe avec nous, et tout ce qu’ils veulent c’est faire partie de notre mode de vie. En plus d’être un objectif impossible, protéger les bêtes domestiques de tout stress est loin d’être une bonne solution pour leur épanouissement.

Chevaux de trait

Tous les chevaux sont physiquement faits pour tirer. Pourtant, cette discipline tend à disparaître parce que les gens n’ont plus les connaissances pour les entraîner. Bientôt, les chevaux de trait, utilisés pour leurs aptitudes à tirer des charges, disparaîtront parce que la tendance n’est pas vers cette discipline que les extrémistes jugeront sévèrement comme étant abusive. Ces mauvaises interprétations ternissent ces pratiques, créant un désintéressement. De plus, comme ils font deux fois le poids d’un cheval de selle, les chevaux de trait sont plus coûteux en soin et en entretien. Si on ne peut rentabiliser leur potentiel en offrant des balades, qui paiera pour eux ? Peu importe leur grosseur, rappelons que les chevaux ayant reçu peu d’éducation, ayant été peu manipulés et ayant été laissés à eux-mêmes peuvent aussi mettre en danger les intervenants qui auront besoin de leur apporter des soins, tels que les entraîneurs, les maréchaux-ferrants et les vétérinaires.

Jugements

Le manque de connaissance génère des réflexions qui enflamment les réseaux sociaux et briment les animaux beaucoup plus qu’ils ne les aident… Il est primordial de se remettre en question et de prendre le temps d’observer les bêtes, mais vaut mieux prôner le respect de leur nature en mettant parfois de côté notre sensibilité. Les animaux domestiques et sauvages n’ont pas tous besoin d’être maternés et cajolés par l’humain.