Attention aux chiots d’usine

CHRONIQUE / Le 23 janvier dernier, l’émission J.E. diffusait un reportage sur les usines à chiens du Québec, mettant ainsi des images sur la reproduction abusive. Une ancienne employée d’une animalerie qui opère au Québec a reconnu deux usines qui fournissent des animaux à son ancien employeur.

Cette femme, qui souhaite taire son nom, s’est déjà rendue à ces endroits du Centre-du-Québec pour acheter des chiots destinés à être revendus à l’animalerie où elle a travaillé jusqu’en 2019.

« Dans un des endroits, je n’avais pas eu accès au chenil. La personne m’avait reçue dans son garage pour me remettre les chiots. L’autre fournisseur m’avait donné rendez-vous à Québec, se remémore-t-elle. Mais cette animalerie fait aussi affaire avec un très bon éleveur, qui a choisi de ne plus vendre aux particuliers, et qui fait confiance à cette animalerie pour trouver de bonnes familles à ses chiots. »

Une fois à l’animalerie, l’ancienne employée avoue que les chiots sont traités aux petits oignons. « Les employés jouent avec eux et ils les amènent dehors. Parfois, ils sont mieux ici que dans une famille. Quand ils se font adopter, certains pleurent. » Même si les chiots connaissent un meilleur sort, il reste que les géniteurs vivent souvent dans des conditions atroces.

Si on tente de vous rassurer, en disant faire affaire avec des éleveurs éthiques, sachez qu’aucune animalerie ne vous donnera d’information quant à la provenance de ses chiots.

Si les propriétaires d’animaleries doivent parcourir des centaines de kilomètres pour s’approvisionner en chiots, c’est que l’offre n’est pas présente partout. « Les fournisseurs se centralisent pour vendre aux grands centres », indique l’ex-employée.

Les chiots d’usines sont vendus entre 500 $ et 800 $ aux animaleries, et ce, sans obligation de stérilisation. « Les animaleries font davantage leur profit avec la vente d’accessoires, de nourriture et de jouets. L’adoptant sera un client fidèle pour de nombreuses années. Par contre, si un client est insatisfait, il ne reviendra plus. »

Habiles manipulateurs, ces reproducteurs sans scrupule arrivent à se faire passer pour de soucieux éleveurs. Les particuliers qui adoptent à ces endroits auront accès à quelques mignons petits chiots, tout propres, confortablement installés dans la maison. Souvent, ils ne pourront pas voir les parents des chiots maintenus dans de mauvaises conditions.

Cette ex-employée a vu passer, à son travail, des chiots avec des malformations physiques et des troubles de comportement majeurs, notamment au niveau de la propreté, de la nervosité et de l’agressivité. Les conséquences d’adopter un chiot provenant d’une usine à chiens sont grandes. En plus d’encourager cette pratique abusive, l’animal que vous adoptez risque d’avoir des problèmes de santé mentale et physique dus à une mauvaise génétique.

Un marché Lucratif 

Dans l’émission de J.E., une dame, qui cohabite avec près de 50 chiens, accueille l’équipe de tournage dans sa demeure. Son permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec souligne qu’elle est en règle puisqu’on lui accorde l’autorisation d’avoir autant de chiens.

Malgré sa pouponnière pleine à craquer, elle affirme qu’elle vend seulement 30 chiens par année. C’est sans doute le nombre de chiens qu’elle déclare dans son rapport d’impôt à la fin de l’année, mais disons que 300 aurait été un chiffre plus crédible. Cette industrie lucrative fonctionne donc au noir. Il faudrait obliger des reçus lors de ces transactions et sensibiliser l’adoptant à demander ce reçu.

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LE MARCHÉ ANIMAL NE VEND PLUS DE CHIOTS DEPUIS DEUX ANS

Depuis deux ans, le Marché animal de Chicoutimi a choisi de ne plus vendre de chiots. Parmi les raisons, il y a d’abord la provenance douteuse des bêtes.

« Il faut aussi penser que, dans l’animalerie, les chiots sont gardés dans des conditions qui ne sont pas optimales. Ceux qui restent trop longtemps enfermés dans cet environnement peuvent avoir des séquelles », souligne le propriétaire du Marché Animal, Yannick Carignan.

Selon lui, ces mauvaises conditions affectent le développement mental du chiot. Yannick Carignan a officiellement pris la relève de l’entreprise en septembre 2019. Son père, faisant partie des premiers propriétaires, a vu son fils grandir au sein de cette entreprise.

« Je restais à Trois-Rivières, mais je venais passer mes étés à travailler à l’animalerie. J’ai fait cinq ans sur le plancher avant de faire l’achat du Marché animal », relate le fier propriétaire, qui peut compter sur une dévouée équipe composée de neuf employés.

Le Marché Animal, qui se spécialise dans la nutrition, existe depuis 1992. 

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POUR ÉVITER D'ENCOURAGER UNE USINE À CHIENS

• Demandez à voir les installations. 

• Demandez à voir les parents du chiot. 

• Ne donnez jamais de dépôt sans être allé visiter les lieux. 

• Si les lieux sont insalubres, et que vous avez l’impression de sauver un chiot d’un mauvais environnement, dites-vous que vous encouragez aussi une industrie où des génitrices vivent dans des conditions atroces. 

• Signalez les refuges et les éleveurs douteux au 1-844-ANIMAUX