La Cathédrale chaldéenne de Kirkouk.

Les chrétiens sont le ciment de la société irakienne

CHRONIQUE / Pour une deuxième de quatre semaines, Le Progrès vous propose une incursion dans la réalité des chrétiens d’Irak, par l’entremise d’intervenants qui vivent ou qui ont vécu cet univers parfois méconnu. Cette semaine, l’archevêque de l’Église chaldéenne catholique, Youssef Thomas Mirkis, nous rappelle que les chrétiens sont présents en Irak depuis longtemps, tout en souhaitant un retour de la paix dans un pays rongé par les conflits interreligieux. Car malgré le sort tragique qui leur a été réservé, de nombreux chrétiens d’Irak demeurent convaincus qu’ils ont un rôle à jouer à l’intérieur du processus de réconciliation nationale dans lequel leur pays s’est engagé. 2e de 4.

Les chrétiens sont présents en Irak depuis près de 2000 ans, soit plusieurs siècles avant l’arrivée des musulmans, qui composent aujourd’hui la grande majorité de la population de notre pays. Nous sommes donc l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde, dans un pays, l’Irak, qui n’est pas exclusivement musulman comme le croient souvent les gens en Occident. 

Car en plus des chrétiens, il y a chez nous de nombreuses autres minorités ethniques et religieuses (les Kurdes, les Turkmènes, les Shabaks, les Kakaïs, les Mandéens...).

Le nord de l’Irak actuel, plus précisément la région du Kurdistan autonome, est une zone de concentration chrétienne particulièrement importante depuis quelques décennies. 

Là-bas, nous comptons de nombreux monastères. Plusieurs d’entre eux remontent aux premiers siècles ayant suivi l’apparition du christianisme. 

Le patrimoine chrétien en Irak est donc très riche. Fait intéressant, certains de nos sanctuaires sont également fréquentés par des gens d’autres religions, dont les musulmans, qui affectionnent particulièrement la Vierge Marie.

Des acteurs pleinement intégrés dans la société

Les chrétiens ont toujours constitué un apport significatif à la société irakienne. Par exemple, du temps de la prestigieuse dynastie des Abbassides, les chrétiens étaient les médecins des Califes. 

Aujourd’hui, nous administrons de nombreuses écoles partout à travers le pays. Dans la plupart de nos institutions, les élèves sont majoritairement musulmans. 

Nous enseignons la tolérance et le respect des autres, des valeurs dont notre pays a bien besoin. Nous gérons également plusieurs hôpitaux. Notre personnel y soigne tout le monde, sans distinction de religion.

En somme, l’engagement des chrétiens en Irak est fidèle aux principes de l’Évangile. En effet, comme chrétiens, nous devons nous ouvrir aux autres. Cela est sans doute plus nécessaire encore dans un pays comme l’Irak, où nous sommes en situation de minorité. 

Du mieux que nous le pouvons, nous tâchons ainsi de nous montrer solidaires de nos concitoyens, les musulmans comme les autres. Mais les relations interreligieuses en Irak sont souvent difficiles. 

C’est que notre pays, comme c’est aussi le cas ailleurs au Moyen-Orient, est rongé par le fondamentalisme religieux. Dans un tel contexte, et ce sont les musulmans qui le disent, les chrétiens sont une lumière pour le monde arabe.

L’Évêché chaldéen de Kirkouk.

Les chrétiens et le dialogue interreligieux

À Kirkouk, ville dans laquelle je siège comme archevêque (Église chaldéenne catholique), je travaille sans relâche à développer et à maintenir de bons liens avec les dignitaires des autres communautés. Selon moi, nous devons tous tenir le même discours. 

Il faut ancrer dans les mentalités que la cohabitation pacifique est la seule voie possible pour construire l’avenir de l’Irak. Heureusement, je crois que cette idée fait son chemin, car le peuple irakien a souffert plus qu’il n’aurait dû par le passé. 

De plus, l’organisation de l’État islamique est à l’origine d’un profond traumatisme dans la société irakienne. Afin d’éviter qu’un tel fléau ne réapparaisse un jour en Irak, nous avons tous notre rôle à jouer.

Comme le disait mon prédécesseur, Sa Béatitude Mgr Louis Sako, Cardinal et actuel Patriarche de l’Église chaldéenne, les chrétiens sont les seuls à pouvoir rassembler autour d’une même table les représentants de toutes les communautés existantes en Irak, ce que chacune d’entre elles reconnaît. Mais nous ne pouvons pas seuls parvenir à établir une relation harmonieuse et durable entre les différentes composantes de la population irakienne. 

En effet, non seulement faut-il l’implication de tous en Irak, mais aussi celle de nos soeurs et de nos frères en Occident. Comme le disait aussi notre Patriarche dans un livre sorti en 2015, nous ne devons pas tomber dans l’oubli. Nous avons besoin des prières de toutes celles et de tous ceux qui veulent bien nous garder une place dans leurs intentions.

L’Irak est un pays magnifique, que les chrétiens aiment profondément. Toutefois, beaucoup d’entre nous ont fait le choix de quitter la terre de nos ancêtres afin de sauver notre vie. Personne ne devrait jamais être obligé de faire une telle chose. Mais nous gardons espoir. 

D’abord espoir en l’avenir, et surtout espoir en un avenir pour les chrétiens en Irak. Car nous sommes des filles et des fils de ce pays. Nous souhaitons pouvoir y rester afin que demeure vivante une des premières communautés au monde à avoir adopté le christianisme.

Que Dieu nous entende, et qu’il bénisse toutes nos soeurs et tous nos frères chrétiens d’Occident.