L’Église catholique parviendra-t-elle à reconquérir les jeunes?

CHRONIQUE / Du 3 au 27 octobre dernier, se tenait à Rome le XVe synode des évêques sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Un synode arrive au terme d’un processus dynamique de réflexion, portant sur une question particulière. Le « synode des jeunes » marquait donc l’aboutissement d’une longue démarche amorcée en octobre 2016, qui cherchait à comprendre les aspirations et les contextes de vie des jeunes de 18 à 30 ans. Il était composé de 409 personnes dont 267 pères synodaux, des évêques en majorité, 49 auditeurs, dont 36 jeunes âgés de 18 à 29 ans, et 23 théologiens experts.

Si la valeur des travaux est manifeste pour les participants, elle ne semble pas faire l’unanimité chez les observateurs externes. Et ce, bien que tous les témoignages confirment que la majorité des travaux et des échanges furent stimulants.

Certains ont la conviction que ce synode peut être perçu comme la « vision de l’Église du futur ». Pour d’autres, plusieurs questions restent en suspens. Devant ce sentiment partagé, on est en droit de se demander si l’Église catholique parviendra à reconquérir les jeunes.

À cette question, plusieurs voix répondent par l’affirmative. Car la vision de l’Église évoquée par les jeunes rejoint celle du pape François : « une Église plus attractive qui va dans le sens d’une décléricalisation, où tous les baptisés sont appelés à marcher ensemble, hommes et femmes, jeunes et vieux, clercs et laïcs ». Concernant l’implication des jeunes eux-mêmes, il se dégage un sentiment partagé par de plus en plus de gens au sein de l’institution : « il y a une grande fécondité à leur faire confiance ».

Des préoccupations portées par les jeunes

Plusieurs préoccupations ont été portées par les jeunes à ce synode et reflétées dans les groupes de discussion. D’abord, leur prise de parole fut claire et sans équivoque sur la question des abus sexuels. Ils appellent l’Église à « renforcer sa position de tolérance zéro ». C’est pourquoi, selon les experts, « ce synode pourra être un moteur et même un accélérateur de la réforme » amorcée par le pape François en ce domaine.

Soulignons aussi cet appel entendu au synode, où les jeunes ont exprimé leur besoin d’être « accompagnés » et non « dirigés », ce qui soulève la question de la formation des pasteurs en matière d’accompagnement. Le manque de guides spirituels et de témoins signifiants est d’ailleurs considéré comme l’une des causes de la crise de foi des jeunes.

Parmi les insatisfactions, notons leurs plaidoyers en faveur des femmes, des jeunes homosexuels qui aspirent à une meilleure reconnaissance au sein de l’Église et l’accès au sacerdoce pour les hommes mariés. Ce sont là autant de sujets tabous qui ont été lancés lors des travaux du synode, et qui n’ont pas obtenu de réponses concrètes. L’illustration de cette poignée de femmes invitées au synode et qui n’avaient pas de droit de vote sur le document final, en est un exemple. Cela a soulevé la colère de plusieurs groupes qui évoquent un « machisme » persistant au sein de l’Église.

Ce synode peut-il manifester l’occasion d’un nouveau départ pour l’Église ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question. Chose certaine, selon le pape François, les jeunes ont l’avenir de l’Église entre leurs mains.

Frédéric Tremblay

Formateur, Institut de formation théologique et pastorale