Avec les années, le visage de la pauvreté a considérablement changé. La société d’abondance dans laquelle nous vivons cache ceux et celles qui sont dans le besoin.

Le visage de la pauvreté en 2018

CHRONIQUE / Vous connaissez la Conférence Saint-Vincent-de-Paul ? Elle a été fondée à Paris en 1833 par un groupe de six étudiants laïcs catholiques parmi lesquels on retrouve le bienheureux Frédéric Ozanam, béatifié par saint Jean-Paul II le 22 août 1997. Regroupés autour de Sœur Rosalie Rendu, de la communauté des Filles de la Charité, ces jeunes hommes avaient le désir de vivre l’exercice de la charité en visitant les familles pauvres en se rendant à leur domicile. À la suite d’une proposition de Jean-Léon le Prévost, futur fondateur de la communauté des Religieux de Saint-Vincent-de-Paul, ils ont adopté Saint Vincent de Paul (1581-1660) comme patron de leur organisation. Reconnu comme étant le « père de la charité », ce dernier était dévoué auprès des pauvres et des malheureux.

Dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, nombreuses sont les personnes ayant œuvré et œuvrant encore au sein de la Conférence. Un des membres rencontrés explique que pour être « vincentien », deux attitudes sont à considérer. « La première, dit-il, consiste à prendre conscience que chez nous, il y a des personnes démunies qui demandent de l’aide. La deuxième réside dans le fait qu’il faut ouvrir nos mains et notre cœur à ces personnes qui n’arrivent pas à vivre décemment. Il faut se faire proche de ces personnes, être disponible et voir à leur besoin. »

Qui de mieux que les gens engagés au sein de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul pour nous parler des nombreux visages de la pauvreté ? Laissons la parole aux membres du Conseil particulier de La Baie, dont les propos sont ici résumés.

Avec les années, le visage de la pauvreté a considérablement changé. La société d’abondance dans laquelle nous vivons cache ceux et celles qui sont dans le besoin. De nombreuses personnes occupant un emploi à temps plein sont obligées de recourir, entre autres, aux banques alimentaires. L’écart entre les riches et les pauvres est ce que l’on observe le plus depuis 30 ans. La pauvreté est le premier facteur déterminant de la santé. Ne pas avoir les moyens de se loger, de se nourrir, de se déplacer ou de s’offrir d’autres ressources essentielles, la difficulté d’accéder à un médecin de famille, impliquent de vivre dans des conditions préjudiciables à la santé.

Dans les écoles, autant au primaire qu’au secondaire, les jeunes vivent en situation d’insécurité alimentaire. Au primaire, les enfants se présentent bien souvent à l’école sans avoir déjeuné. La boîte à lunch est vide lorsqu’ils se présentent au service de garde. Au secondaire, certains adolescents n’ont pas les moyens financiers pour se rendre à la cafétéria. Ils ont recours à leurs amis ou ils utilisent d’autres moyens pour se faire quelques sous leur permettant de subvenir à leurs besoins.

Chez les personnes de 25 à 35 ans demandant de l’aide, on retrouve des femmes et des hommes qui ont perdu un emploi, qui vivent une séparation ou un divorce ou, encore, qui sont aux prises avec une maladie grave comme le cancer.

Une autre catégorie de personnes rencontrées est celle des jeunes ménages dont les deux conjoints sont au travail et qui sont obligés d’avoir parfois deux ou trois emplois pour fermer la boucle et vivre décemment. Car lorsqu’arrive le temps de payer les médicaments, les frais médicaux, les frais dentaires, le logement et bien d’autres choses essentielles, les fins de mois arrivent très tôt.

Parmi les gens qui bénéficient de l’aide de la Saint-Vincent-de-Paul, on voit poindre les personnes âgées de 65 ans et plus. Ces dernières sont silencieuses. Elles nous arrivent par la bande, soit par les services sociaux, les cliniques médicales ou les hôpitaux. Parmi elles, la demande provient de femmes de plus de 65 ans qui n’ont jamais travaillé à l’extérieur. Pour plusieurs, elles sont veuves et n’ont pas beaucoup de revenus. Elles habitent parfois dans leur maison ou dans leur logement sans avoir recours au supplément au loyer ou ne pouvant bénéficier d’habitation à prix modique. Autant chez les hommes et chez les femmes qui n’ont que la sécurité de revenu pour vivre, la situation est rendue difficile. Ce qui engendre des problèmes de santé, des problèmes dans la prise des médicaments, de l’isolement, ou encore des complications liées à l’alcoolisme. Toutes ces situations se vivent parfois à l’insu de leur famille et bien souvent de leurs enfants.

Pour nous, bénévoles engagés au sein de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul, nous pouvons affirmer que, déjà, à cette date-ci de l’année, avant même la période des Fêtes, nous devons composer avec une hausse importante de la demande. Le visage de la pauvreté a réellement changé. Des gens qui, auparavant, n’auraient pas eu recours à nos services nous demandent de l’aide.

Une invitation à donner

Les membres de ce Conseil particulier reflètent sans nul doute ce qui se vit dans l’ensemble de notre région. Autrefois, on nous enseignait ceci : « Qui donne aux pauvres, donne à Dieu ! » Dieu n’est-il pas celui qui, à travers Jésus Christ, nous demande de prendre soin des personnes qui sollicitent une aide quelconque ? Ces gens dévoués auprès des personnes dans le besoin comptent sur votre générosité afin d’être en mesure de les aider convenablement. Merci de votre générosité à l’approche des Fêtes !

Gaston Laforest et André Turcotte

Conseil central de la Société Saint-Vincent-de-Paul