Le réseau de la vie

CHRONIQUE / Que seraient nos vies sans Internet ? Nous peinons à l’envisager tant nous sommes branchés et connectés. Nos téléphones intelligents et nos ordinateurs nous relient en permanence au monde entier. Les réseaux, nous connaissons cela !

Et pourtant… Beaucoup d’entre nous ont perdu la conscience – ou ne l’ont jamais eue – d’appartenir au grand réseau des vivants. Nous fonctionnons comme si nous pouvions vivre et survivre indépendamment des écosystèmes qui nous supportent. Notre environnement se dégrade à un rythme affolant, mais le confort de notre vie moderne nous fait oublier cette réalité. Elle est pourtant terrible, comme le rappellent à répétition des milliers de scientifiques de haut niveau. Un rapport de l’ONU paru en mai dernier, par exemple, détaille les menaces immenses qui pèsent sur la biodiversité. Ça donne le vertige d’apprendre qu’un million d’espèces vivantes sont menacées de disparition et que, collectivement, nous les humains en sommes la cause ! Le monde tel que nous l’avons connu dans notre jeunesse est en train de disparaître. C’est un drame qui se joue maintenant, mais il est facile d’en étouffer les échos.

Nous sommes tous et toutes concernés par cette situation, et concernés de près. Toutes les bonnes volontés sont requises pour changer les choses. Partout, des leaders de la société civile et des groupes écologiques sonnent l’alarme. Les citoyennes et les citoyens sont de plus en plus nombreux à répondre « présents » et à se mobiliser.

Un temps pour célébrer, prier et s’engager !

Les leaders religieux aussi appellent à l’action. Depuis 1989, à l’invitation du Patriarche Dimitrios Ier, les chrétiens orthodoxes soulignent le 1er septembre la Journée mondiale de prière pour le soin de la Création. Depuis 2015, les catholiques la célèbrent aussi et la prolongent, à la demande du pape François, par une Saison de la Création qui va jusqu’au 4 octobre, jour de la fête de saint François d’Assise. Cet homme du 13e siècle, patron des écologistes, voyait dans les éléments de la nature des frères et des sœurs à chérir. Ses rapports avec eux étaient empreints de respect et d’affection. Son attitude pleine de tendresse peut encore nous inspirer aujourd’hui, car elle est une voie de sagesse qui conduit à la vraie joie.

Cette année, la Saison de la Création se vit sous le thème « le réseau de la vie ». Nous sommes invités à retrouver nos liens avec la Nature, à nous laisser toucher par sa beauté, à nous émerveiller de la biodiversité et à la protéger. L’avenir de la Création est en fait le nôtre. Rester à ne rien faire et refuser de changer quoi que ce soit à nos vies – et surtout à nos habitudes de surconsommation – est aussi fou que scier allègrement la branche sur laquelle nous sommes assis. Si les réseaux qui permettent la vie s’effondrent complètement, nous n’échapperons pas au désastre. Déjà, les populations les plus vulnérables, dans l’Arctique, dans les zones désertiques et les zones côtières, souffrent grandement de la rupture des mailles du réseau de la vie. Il ne s’agit pas de sombrer dans la peur et le défaitisme, mais de miser sur notre amour viscéral de la vie, sur notre amour inconditionnel pour nos enfants et petits-enfants, pour nourrir un amour qui s’étend à toute la Création. C’est à partir de cet amour que nous trouverons le courage de changer et d’agir. Cet amour nous donne aussi de célébrer la Vie, cette Nature qui nous dépasse, et même, pour les croyants, le Créateur qui l’a suscitée par amour. La Saison de la Création nous fournit une excellente occasion de nous y mettre !

Anne-Marie Chapleau, professeure

Institut de formation théologique et pastorale