Yves Desforges, Gilles Gaudreault et Jean-Claude Larouche s’entraînent chaque semaine avec Denis Gravel, du Club de boxe de Chicoutimi.

Le Parkinson dans le ring

« Si on ne grouille pas, on va rouiller ! »

Chaque lundi et mercredi matin, au Club de boxe de Chicoutimi, une douzaine de personnes atteintes de Parkinson se retrouvent pour y suivre un cours d’une heure. Bien que les symptômes diffèrent selon chaque personne atteinte, tous s’entendent pour dire que le sport leur est absolument bénéfique. Le Progrès a assisté à l’un de ces cours, débuté il y a à peine un mois, et s’est entretenu avec quelques participants. Et attention, le cours, donné par l’entraîneur Denis Gravel, n’est pas une partie de repos.

Chaque lundi et mercredi matin, des gens atteints de Parkinson s’entraînent au Club de boxe de Chicoutimi.

« J’ai essayé le tai-chi et le yoga, mais je trouvais ça trop lent. Ça ne me correspondait pas tellement. Quand j’ai commencé la boxe, j’ai tout de suite aimé ça. Je sens des effets positifs sur l’évolution de la maladie », explique Gilles Gaudreault, qui a reçu son diagnostic il y a 11 ans. Il avait 61 ans et, sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, le verdict l’a assommé.

« Ça avait commencé par un tremblement de la main, mais je ne m’y attardais pas trop. C’est mon fils qui me l’a vraiment fait remarquer et j’ai consulté. Au début, je n’ai pas accepté la situation, ç’a été très dur », raconte celui qui courait cinq kilomètres tous les deux jours et qui pratiquait de nombreux sports. Aujourd’hui, M. Gaudreault s’entraîne entre 30 et 60 minutes par jour. S’il saute une journée, il le sent immédiatement.

Yves Desforges (à droite) a eu l’idée de lancer un cours spécialisé pour ceux atteints de Parkinson.

« Il faut bouger, sinon notre corps se resserre comme un étau et on en devient prisonnier », explique de son côté Yves Desforges, un autre participant au cours.

C’est d’ailleurs ce dernier qui a eu l’idée d’organiser un tel groupe. « Je voyais des Parkinsoniens faire de la boxe en Ontario, mais aussi ailleurs au Québec. Je me suis inscrit au Club de boxe de Chicoutimi et je suivais mes cours avec le coach Michel Desgagné un peu en retrait, à l’arrière. J’ai alors jasé avec les gens du club et nous avons monté le cours. On est une douzaine chaque semaine. C’est super ! », a expliqué Yves Desforges, qui est atteint du Parkinson depuis 13 ans.

Gilles Gaudreault adore les cours. Il sent un effet positif sur ses symptômes.

Le diagnostic est tombé alors qu’il n’avait que 53 ans. Il subira bientôt une opération au cerveau, afin d’atténuer ses symptômes. « Au début de la maladie, je devais prendre des médicaments aux quatre heures ; aujourd’hui, je suis rendu aux deux heures et si j’oublie, je le sens tout de suite. Personnellement, je n’ai jamais eu de tremblements, c’est vraiment plus sur la coordination des mouvements et la rigidité. Alors, le sport me permet de ralentir la maladie, parce que si on ne fait rien, elle prend le dessus sur nous », explique Yves Desforges.

« Si on ne bouge pas, ça rouille ! », lance de son côté Jean-Claude Larouche, atteint de la maladie depuis près de deux ans. L’éditeur retraité est touché par un tremblement de la main, mais il a appris à vivre avec le Parkinson avec résilience. « Ce n’est pas une maladie honteuse et on ne peut rien contre elle, sauf faire ce qu’on peut. Lorsqu’on l’apprend, c’est le mot dégénérescence qui fait peur. Ensuite, on finit par apprendre à vivre avec la maladie », souligne Jean-Claude Larouche, qui n’a pas hésité une seconde avant de s’inscrire aux cours de boxe.

L’entraîneur Denis Gravel encourage les participants, en effectuant les exercices.

Par exemple, s’il ferme ses yeux, M. Larouche ne se rend pas compte de son tremblement. « Je n’ai pas de sensation ni de douleur associée à mon tremblement. Mais ce n’est pas agréable, c’est certain », note-t-il, précisant que la nuit, ses tremblements s’endorment également.

« En fait, il faut focaliser sur ce qu’on est capables de faire. Il y a quatre ans, je n’étais plus capable d’écrire. J’ai commencé à faire des exercices et j’ai retrouvé l’usage de ma main. On ne le dira jamais assez que le sport est bon pour des gens comme nous. Aujourd’hui, il y a des moments où je suis tellement bien que j’oublie que je suis malade. C’est un peu dangereux dans ces moments-là, parce qu’on est portés à en faire plus et on peut tomber de haut. Il faut savoir écouter son corps », souligne de son côté Raymond Côté, qui a reçu son diagnostic en 2011.

Dans la région, l’association Parkinson Saguenay–Lac-Saint-Jean oeuvre auprès des personnes atteintes et leurs proches. Ateliers, rencontres, conférences ; l’association offre plusieurs services.

Raymond Côté s’entraîne avec plaisir.

Vous pouvez visiter le site Internet parkinsonquebec.ca/regions/saguenay-lac-st-jean pour plus d’informations.

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LES EFFETS POSITIFS DE LA BOXE

 Let’s go Maurice, let’s go Lili ! » L’entraîneur du Club de boxe de Chicoutimi, Denis Gravel, encourage les participants, tout en respectant leurs limites. Il est ravi que le cours puisse les aider à atténuer leurs symptômes et a pu en apprendre davantage sur la maladie de Parkinson depuis le début des leçons.

« Je ne connaissais pas grand-chose au Parkinson avant. Je me suis renseigné, pour en savoir plus et pour aider les gens dans leur entraînement. Il ne faut pas que ce soit très difficile, mais en même temps, ça bouge ! », souligne Denis Gravel. 

En effet, les participants ne chôment pas. Jabs, directs, uppercuts ; les boxeurs en herbe peuvent se défouler sur les sacs. Ils accomplissent également plusieurs exercices au sol, tels que la planche et les redressements assis. Malgré certaines difficultés, la bonne humeur règne dans le gymnase. « On pense que le Parkinson, c’est surtout des tremblements, mais il y a une foule d’autres symptômes que je ne connaissais pas, comme la coordination des mouvements, par exemple. C’est d’ailleurs pour ça que la boxe leur est bénéfique. La boxe a souvent mauvaise presse, mais elle sauve beaucoup plus de monde qu’elle n’en tue ; c’est important de le rappeler », a indiqué Denis Gravel. 

Certains exercices ne sont pas de tout repos, mais les participants les accomplissent selon leur condition physique.

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LE PARKINSON, C'EST QUOI?

• La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente, après celle d’Alzheimer. Elle touche environ 25 000 personnes au Québec.

• La maladie de Parkinson est marquée par la dégénérescence des neurones qui produisent la dopamine. Ces neurones sont essentiels pour contrôler les mouvements du corps. La maladie évolue différemment d’un patient à l’autre.

• Hormis la lenteur, la rigidité et le tremblement, plusieurs autres symptômes sont associés à la maladie, comme des problèmes de déglutition et de mastication, des nausées, des ballonnements, de la constipation, une baisse de la tension artérielle, de l’incontinence, des troubles sexuels, des douleurs, des troubles de la vue et cognitifs tels que la dépression ou l’anxiété. 

•Les traitements actuels – médications, pompes de dopamine ou opération – agissent sur les symptômes, mais ne guérissent pas la maladie. L’enjeu de la recherche est de repérer la maladie le plus tôt possible dans l’espoir de la freiner.