Le pardon, le chemin de la guérison

CHRONIQUE SPIRITUALITÉ / Marc et Nicole connurent le grand amour. Ils étaient dans la vingtaine et désiraient plus que tout se marier et fonder une famille. Ils eurent quatre enfants. Après 20 ans de mariage et à la suite de plusieurs déceptions, Nicole rencontra un autre homme. Elle partit avec lui. Marc n’a rien vu venir. Il sombra lentement dans la dépression, le cœur meurtri d’avoir perdu sa femme qu’il aimait toujours et de voir détruit son rêve d’une petite famille heureuse et unie. Un an plus tard, il se retrouva en amour avec une autre femme, prêt à se réengager dans une autre relation conjugale avec le sentiment qu’il avait tiré un trait sur le passé. Il disait avoir pardonné à Nicole tout le mal qu’elle lui avait fait en le quittant.

Sa nouvelle relation de couple dura six mois. La rupture l’amena à consulter. Il se disait confus, angoissé, amer et surtout dans une colère sourde qu’il n’arrivait plus à réprimer. Il se ramena à son divorce avec Nicole et réalisa progressivement que son « supposé » pardon n’était en fait qu’un subterfuge pour se soustraire à sa souffrance. Ainsi commença pour lui un cheminement intérieur pour enfin se libérer de son ressentiment et pardonner pour de vrai. 

La quête d’une paix intérieure

Jusqu’où le pardon est-il possible ? Comment y arriver ? Quand savons-nous que nous avons vraiment pardonné ? Peut-on s’épanouir sans pardon ? Le chemin du pardon est parsemé d’embûches et la tentation des raccourcis nous guette dans les passages étroits et les montées abruptes. Le temps importe peu. Seul compte le désir d’être en paix avec soi-même et en harmonie avec les autres. Il suffit de s’en donner la peine et de persévérer avec beaucoup de détachement. Si Marc pouvait ainsi nous partager son expérience personnelle du pardon, il dirait à peu près ceci :

Rester connecté à sa souffrance

La souffrance morale est légitime. Elle n’est jamais un aveu de faiblesse. Être blessé, c’est avoir mal. Le cœur, c’est-à-dire le centre de notre être, souffre et se barricade sur lui-même. Un premier pas vers le pardon suppose d’accueillir sa souffrance et lui donner l’espace nécessaire pour la laisser exister. Une souffrance reconnue et consentie nous évite la malveillance envers soi et les autres. Vivre avec sa souffrance, le temps nécessaire, permet de ne pas alimenter des sentiments de vengeance pour éprouver du soulagement.

Assumer sa responsabilité

Marc a fait un bilan de sa vie avec Nicole. Il a cerné les failles dans leur intimité affective. Il a bien observé ses propres manques et ses limites personnelles. Il avait sa part de responsabilité à assumer. Il s’en voulait de l’avoir négligée dans ses besoins affectifs, de ne pas avoir été assez présent. Une autre étape à franchir, c’est de se pardonner d’abord à soi-même ses propres manques et se déculpabiliser. Se pardonner n’est pas s’obliger à courber l’échine et à se rabaisser dans le repentir. C’est un acte de liberté intérieure qui permet de relever la tête et de se déclarer digne d’amour même imparfait. Se pardonner, c’est expérimenter le regret sans jamais sombrer dans les remords.

Retrouver son intégrité et rétablir ses frontières

Marc n’arrivait plus à cerner qui il était vraiment et n’avait de cesse de se remettre en question. Il se sentait étranger à lui-même, envahi par des peurs et des doutes, comme soumis au diktat de pensées irréalistes qu’il ruminait sans cesse. L’amour d’une autre femme aura été plus une planche de salut, une bouée de sauvetage, qu’un réel investissement de sa personne. Le pardon a cet effet de reconstruire son identité. Il permet de retrouver ses repères, de briser le cercle vicieux de ses défensives, de mieux se recentrer sur ses valeurs. Il libère d’un état de trop grande dépendance à l’amour des autres et ouvre la voie à l’affirmation de soi pour se nourrir de relations saines.

Déployer toutes ses ressources

Après sa séparation, Marc a eu la chance d’être bien entouré par ses enfants, sa mère surtout, les autres membres de sa famille et de quelques bons amis. « C’est grâce à eux que j’ai pu tenir le coup. J’ai eu besoin de leur présence chaleureuse et de leurs encouragements. Ils ne m’ont jamais jugé ». Sans trop s’en rendre compte, cet environnement convivial lui a permis de mobiliser ses ressources internes et de faire les pas nécessaires pour éviter l’enfermement sur lui-même. Le pardon est un acte de foi qui repose sur la conviction profonde qu’on peut toujours être vivant autrement. Le pardon est un acte d’amour envers soi-même et nous redonne vie. 

Michel Desbiens

Centre de développement personnel et conjugal

www.cdpec02.ca