Après vérification auprès de la SAAQ – avis de sarcasme –, la billetterie du Festival des bières du monde ne détenait pas de vignette pour personne à mobilité réduite et ne devait pas se trouver à cet endroit.

Le Festival des bières du monde... sans handicap

CHRONIQUE / Sans les pressions de deux policiers de Saguenay envers des organisateurs du Festival des bières du monde, je n’aurais pas eu accès à un espace de stationnement à une distance raisonnable du site de la Zone portuaire, à Chicoutimi, la semaine dernière.

Encore cette année, la billetterie de l’événement était installée sur les espaces réservés aux personnes à mobilité réduite, près de l’ancien marché public Les Halles. Des estrades condamnaient d’autres cases, du côté est.

Je comprends très bien les besoins, en termes d’espace, pour le festival. D’ailleurs, son directeur général, Robert Hakim, l’a souligné dans son bilan.

Mais, la billetterie aurait pu être placée ailleurs.

À tout le moins, l’organisation aurait dû réserver de nouveaux espaces, à proximité du site, pour les personnes à mobilité réduite, et les indiquer très clairement.

Très clairement.

J’insiste, car après une visite des inspecteurs du comité de soutien aux événements de Saguenay, jeudi, pendant le festival, quelques correctifs ont été apportés. L’organisation a permis aux détenteurs d’une vignette de se garer dans les espaces pour motocyclettes. Mais l’absence de signalisation en a sans doute empêché plus d’un de profiter de cette mesure.

J’y suis retourné, samedi. J’ai dû demander à une agente de sécurité où je pouvais garer mon véhicule muni d’une rampe latérale.

J’ai pris la peine de m’informer, après la frustration vécue l’avant-veille, lorsque l’agent responsable du stationnement m’avait pratiquement envoyé promener.

« Comment voulais-tu que je sache qu’il était vraiment handicapé», a-t-il dit, à un collègue, après que les policiers aient gentiment milité en ma faveur.

Ma vignette, mon cher.

Ma vignette!

À qui le blâme?
Qui est en faute? Après de nombreuses démarches, il semble que la responsabilité soit partagée.

«Ni la Ville ni nous n’avons levé un drapeau. Nous avons plutôt levé la tête, reconnaît Robert Hakim, le directeur général de l’événement. J’ai l’impression que nous étions mille personnes à regarder le ciel pour voir passer un gros avion et que personne ne l’a vu.»

L’organisation a fait son mea culpa. Et son directeur général promet que la situation ne se répétera pas, et ce, dès son prochain événement, le Festival des rythmes du monde, dont le premier pan se tiendra sur la Zone portuaire, les 2, 3 et 4 août.

«Je suis désolé, Julien. C’est quelque chose de simple à faire, rajoute M. Hakim. Tellement... que c’en est choquant. La Ville et notre organisation sont maintenant sensibilisées. C’est traité avec sérieux!»

Saguenay en tire aussi une leçon. «Nous avons acquis de l’expérience, affirme l’agente aux communications de Saguenay, Marie-Hélène Lafrance. Nous avons demandé la production de panneaux de signalisation, qui seront livrés dans les prochains jours, en vue du prochain événement et des suivants. Cette situation va faire partie du post-mortem. C’est certain.»

Tant mieux, car autrement, il aurait fallu revoir le nom de l’événement, et le Festival des bières du monde sans handicap, ça sonne ordinaire.

Commentaire
Si je raconte ma péripétie, ce n’est pas pour partir en guerre contre Robert Hakim. J’adore le Festival des bières, tant pour les cervoises que pour les spectacles proposés. Après tout, c’est un rêve de jeunesse de voir Sean Paul, et j’ai eu un coup de foudre pour Three Days Grace! Et j’accepte avec bonheur les excuses formulées.

J’en parle, car je connais beaucoup de personnes handicapées qui n’ont pas la force de se battre, et qui n’ont pas cette tribune. Des gens ont possiblement rebroussé chemin.

Même dans l’aire des spectacles, deux de mes amies n’ont jamais trouvé la zone pour personnes handicapées. L’une d’elles s’est fait répondre par deux personnes de l’organisation qu’il n’y en avait pas et a quitté après quelques chansons.

«Nous allons insister et s’assurer que les gens soient mieux dirigés», commente Robert Hakim, qui invite les gens à mobilité réduite à appeler l’organisation pour réserver leur place et recevoir les indications.

Les gens peuvent bien rester surpris en voyant un «handicapé» dans la foule, comme si nos limites physiques nous empêchaient de vivre. Eh ben, non! Je suis de tous les événements, de tous les spectacles. Je fais même du wheelchair surfing au Rockfest!

Parlant de l’attitude des gens en général, j’aimerais faire un appel au civisme. La semaine dernière, une personne s’est fait voler sa vignette, car ses portes étaient déverrouillées. Un geste répugnant. Et le vélo adapté d’une jeune femme a été dérobé, mais la population s’est montrée généreuse. À quatre reprises, dans la dernière année, je suis revenu à mon véhicule, garé dans un endroit réservé, et un automobiliste égoïste s’était parqué au bout de la rangée, dans une place interdite, de sorte que je ne pouvais plus ouvrir ma rampe pour gagner mon habitacle. Notre vie est déjà assez compliquée comme ça. Donnez-nous une chance!

Un vide juridique
Si un automobiliste sans vignette décide de se garer dans un espace réservé, il est passible d’une amende de 100 à 300$, m’a confirmé le porte-parole de la Sécurité publique de Saguenay (SPS), Luc Tardif.

Pourquoi une organisation mériterait-elle une amnistie?

J’ai posé cette question à la municipalité, à la SPS, à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), à l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) et à la Régie du bâtiment.

Conclusion: aucune entité ne sanctionne ce genre de comportement. Elles tendent plutôt vers la sensibilisation et encouragent la mise en place de dispositions compensatoires. Le cas est précis et rare, évidemment. «La pratique que vous décrivez ne devrait pas se produire», supporte l’agente d’information de l’OPHQ, Carole Boulé.

La Régie du bâtiment, elle, n’intervient qu’au moment de la construction, en imposant qu’au moins 1 % des espaces soit réservé aux détenteurs de vignette, depuis 1978. Dans le cas qui nous occupe, neuf des 182 cases (4,9%) sont dédiées aux personnes à mobilité réduite. C’est bien, puisque l’OPHQ suggère que pour un site public, des espaces supplémentaires devraient être prévus. Après tout, la Zone portuaire, ce n’est pas un site de vélo de montagne.

Bref, la balle est dans le camp des exploitants et de la Ville. Et dans celui de leur bonne volonté.

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SAGUENAY, VILLE ADAPTÉE

Très brièvement, faute d’espace – et puis hop, un jeu de mots! –, j’aimerais interpeller l’administration municipale pour qu’on donne l’exemple, à Saguenay, d’une ville adaptée.

Le premier pas est aussi subtil qu’un éléphant sur le dos d’un autre éléphant: l’hôtel de ville. Déjà décriée, notamment en campagne électorale, la situation est aberrante.

La salle du conseil municipal n’est pas accessible. Si une personne à mobilité réduite veut y assister, elle doit prévenir, pour que des pompiers la soulèvent jusqu’au haut des marches.

Mais ce que certains ignorent peut-être, c’est qu’un fauteuil roulant motorisé pèse quelque 300 livres...

En tant que citoyen à mobilité réduite, je ne peux donc pas assister aux séances; à titre de journaliste, non plus.

«C’est une problématique très particulière, reconnaît l’attachée de presse de la mairesse Josée Néron, Nadia Bergeron. Une analyse de la structure du bâtiment a révélé que ça coûterait extrêmement cher et que la question de l’accessibilité ne serait pas réglée. La réflexion se poursuit. Une solution envisagée est de déménager les séances.»

Madame Néron, quand pourrai-je venir vous poser des questions en personne, pour une première séance depuis mes problèmes de santé?

Comme ça, l’an prochain, lorsqu’on se recroisera au Festival des bières du monde avec handicap, vous allez me reconnaître! 

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QUELQUES CHIFFRES

 170 818 Vignettes actives au Québec (fin 2017)

871 Vignettes délivrées dans la région en 2017, pour un total de 26 494 dans la province

476 Vignettes délivrées dans la région, au premier semestre de 2018

5 Vignettes remplacées pour vol dans la région en 2017, pour un total de 238 dans la province

*Données fournies par la SAAQ