Hubert Reeves

Le cri du coeur d'Hubert Reeves

CHONIQUE SPIRITUALITÉ / Les yeux bleus clairs de l’astrophysicien Hubert Reeves semblent fixer un horizon plus large que celui du quotidien gris et terne, comme s’ils embrassaient toute la Terre. Le ton posé de sa voix appuie la conviction qui le porte : « Les décisions qui vont être prises ces années-ci vont influencer le cours de la vie humaine pendant des milliers d’années ». Ces mots, on peut les entendre dans le documentaire La Terre vue du cœur qui sortait le 13 avril dernier. Réalisé par Iolande Cadrin-Rossignol, ce film met en image le combat d’Hubert Reeves pour la biodiversité et son appel à agir maintenant.

Hubert Reeves est cet astrophysicien québécois presque légendaire, désormais établi en France. Il milite depuis de nombreuses années pour préserver l’extraordinaire et si essentielle diversité de la vie. Je n’ai pas encore vu ce film – qui sera présenté le dimanche 22 avril au Complexe d’Alma, au Cinéma Odyssée de Chicoutimi et au Chaplin de Dolbeau et de Roberval (et peut-être bientôt ailleurs dans la région) – mais j’ai visionné plusieurs fois les bandes-annonces. Celles-ci suffisent pour constater que ce documentaire tisse des images d’une saisissante et beauté, avec des prises de parole engagées. Car c’est vraiment un cri du cœur que lance le vieil écologiste et, avec lui, le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir, l’écologiste Karel Mayrand (Fondation David-Suzuki), le professeur en sciences de la forêt Jérôme Dupras, incidemment bassiste des Comboys fringants, et plusieurs autres. L’heure est grave pour la Terre. Mais ce ne sont ni la peur ni le désespoir qui nous donneront le courage de changer et d’agir, mais plutôt l’amour. 

Aimer la planète-jardin

Il nous faut retrouver le lien affectif qui nous unit à la nature, prendre conscience de notre place dans la symphonie de la vie, retrouver un sentiment d’appartenance à la grande communauté des vivants de la planète-jardin. Pour reprendre le titre d’un livre de Frédéric Lenoir paru en 2012, il faut travailler à « la guérison du monde ». 

Dans cet ouvrage, l’écrivain propose des pistes de solution. Tout d’abord, redécouvrir les valeurs universelles prônées par toutes les grandes religions et traditions de sagesse : la vérité, la justice, le respect de l’autre, la liberté, l’amour et la beauté. Puis refuser la « quantification de la vie », c’est-à-dire apprendre à penser la nature qui nous entoure autrement qu’en termes de ressources à exploiter ou en « objets » dont on peut user et abuser à sa guise. Enfin, « se transformer soi-même pour changer le monde », ce qui est une tâche hautement spirituelle et absolument vitale. On pourrait l’appeler : « changement de niveau de conscience ».

Sacrifier de l’avoir pour recevoir un surplus d’être

Cette tâche est aussi très exigeante, puisqu’elle doit rebondir en engagements concrets. Il faut abandonner notre mode de vie insoutenable et passer à une « sobriété heureuse », comme le dit le paysan et philosophe Pierre Rabhi. Notre indifférence et notre passivité « naturelles » doivent faire place à un engagement actif pour transformer le monde. Enfin, l’individualisme doit reculer devant le souci de l’autre et du bien commun. Ce que nous sacrifierons en avoir, nous le recevrons en surplus d’être.

Le 22 avril, Jour de la Terre

Depuis 1970, le 22 avril est dédié à la Terre. Pouvons-nous « célébrer » ce jour-là, malgré tout ce qui va mal ? Oui, pour au moins deux bonnes raisons. Premièrement, la Terre elle-même vaut la peine d’être célébrée pour sa beauté et comme pouponnière supportant le foisonnement de la vie dans une diversité hallucinante ! Et ensuite, nous pouvons célébrer le fait que « la lutte aux changements climatiques [est] le plus grand mouvement citoyen dans le monde », comme le rappelle Karel Mayrand dans La Terre vue du cœur. Nous joindrons-nous à ce mouvement pour qu’il dessine un avenir à notre monde ? 

Rendez-vous mercredi 25 avril, à 19 h, à l’église St-Mathias (Arvida), pour réfléchir et échanger sur la dimension spirituelle de la crise écologique.

Anne-Marie Chapleau, professeure à l’Institut de formation théologique et pastorale