Le choix de servir

CHRONIQUE / Le diacre est toujours en service, qu’il soit dans une église ou – et surtout – auprès des pauvres, des malades, des personnes seules ou démunies. Les églises sont vides, mais les coeurs en peine ont toujours besoin d’être consolés, les malades ont toujours ce même besoin d’être rassurés et les pauvres ont toujours besoin d’être aidés. Aujourd’hui, en tant que diacre je me demande : « Où est ma place dans cette Église ? » « Comment est-ce que je peux rejoindre les gens ? » « Est-ce que c’est tout monde qui a perdu la foi ? »

Il y a quelques années, un confrère de travail avait dit bien fort : « L’Église, je n’ai pas besoin de ça, je n’y crois plus. Il s’est passé trop de choses pour y croire. » Je lui ai répondu que le Bon Dieu, il est là pour ceux et celles qui le demandent, qu’il ne nous laisse jamais seul. Plus tard, le malheur a frappé sa famille, la maladie s’est installée et la mort se rapprochait. Il m’a alors téléphoné pour me demander de prier. Un autre, qui critiquait l’Église, m’a avoué qu’il croyait en Dieu, mais n’avait plus foi dans les hommes.

Un diacre en service

En tant que diacre permanent, je considère que ma place est auprès des gens, là où ils vivent, là où ils sont dans leur réalité quotidienne. Je ne vous dis pas de ne plus aller à l’église, il faut quand même rester connecté au Christ par sa Parole et par l’Eucharistie, car on a besoin de nourrir notre foi. Moi-même j’y exerce une partie de mon ministère à travers les sacrements. Même si les églises sont désertes, les personnes auront toujours besoin d’être aimées, écoutées ou aidées. Quand je visite quelqu’un chez lui, à l’hôpital, dans un CHSLD ou une maison de retraite, c’est pour l’écouter, parce qu’il a besoin de partager ses peurs et ses angoisses. À ce moment-là, je suis un diacre en service. Quand j’écoute la peine de quelqu’un qui vient de perdre un être cher ou, quand je pars le matin pour aller aider un autre qui a des problèmes personnels, je suis un diacre en service. Quand je réponds à un appel pour accompagner une personne mourante, quand je passe une partie de ma soirée à écouter un individu qui vit un moment vraiment difficile ou, quand une personne âgée me raconte la vie de misère qu’elle a eue, je suis un diacre en service. Quand je prends le temps d’écouter les peurs d’une personne qui souffre de maladie mentale, je suis un diacre en service.

Une profonde conviction

Parfois, il m’arrive de me demander pourquoi je fais ça. Je pourrais rester à la maison à bricoler ou à profiter de ma famille, mais, au fond de mon cœur, je me sens interpellé à aller aussi vers les plus démunis, les pauvres, les malades, etc. C’est ce qui me nourrit. Le Seigneur habite mon cœur et tout ce que je fais, c’est en son nom. Pour ces rencontres, je ne suis jamais seul. J’ai la profonde conviction qu’il m’accompagne toujours. Pour dire vrai, j’ai toujours peur avant une rencontre. Alors je demande à Dieu de m’accompagner. Comme ça, à deux, c’est toujours plus facile. Lorsque ce dernier marche à mes côtés, je me sens fort et mes peurs disparaissent. C’est lui qui me fait prendre conscience des besoins des gens.

Quelqu’un m’a déjà dit que c’est parce que je suis diacre que je fais ça. Que lui, il n’avait pas cet accès «privilégié» avec Dieu. Je lui ai répondu qu’il n’a pas besoin d’être diacre, mais qu’il lui suffisait d’écouter son coeur et de dire oui quand il se sent interpellé intérieurement pour aller vers l’autre. Tout le monde est capable d’aller vers l’autre. Chaque personne peut aider, encourager, écouter et consoler des gens dans le besoin sans parler de Dieu.

Peu importe nos croyances ou notre couleur, je suis habité par la profonde conviction que Dieu habite chacun et chacune de nous, qu’il nous aime et veut notre bonheur. Si je réponds « oui » à son appel, c’est que je dois partager cet amour avec les gens. Une personne me remerciait pour l’avoir aidée. Je lui ai alors répondu que c’est le Seigneur qu’il faut remercier, que c’est lui qui m’a envoyé vers elle.

Si je me demandais où était ma place avant mon ordination diaconale, aujourd’hui je le sais un peu plus. Mais j’espère que je me questionnerai toujours, car ne connaissant pas le chemin qu’il a tracé pour moi, j’aime me rappeler que Jésus a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne peut aller vers le Père si ce n’est par moi. » (Jean 14,6)

Denis Tremblay, diacre permanent