Lors de prises de photos, Râto est capable de tenir la pause très longtemps. Il étire parfois sa patience en se secouant, en bâillant et en léchant son nez. Ça ne veut pas dire qu’il s’apprête à mordre ou qu’il a peur !

Le chien nous envoie des signes

CHRONIQUE / Tous les jours, des centaines de personnes se font mordre par des chiens. Si on savait mieux lire nos bêtes, ces accidents diminueraient considérablement.

Après avoir longuement étudié les comportements des chiens, Turid Rugaas, une éducatrice canin norvégienne, a mis au monde « les signaux d’apaisement ». Elle en dénombre une trentaine. Voici les plus fréquents : tourner le regard, tourner la tête, tourner le corps, sentir par terre, lever la patte avant, se secouer, se mouvoir lentement, s’immobiliser, faire un demi-cercle en approche, se lécher le nez, bâiller, se gratter, s’asseoir, se coucher, figer. 

Les chiens utilisent ces mouvements bien précis pour s’exprimer, s’apaiser, apaiser l’autre, régler un conflit ou communiquer un inconfort. Ils émettent ces signaux entre eux, mais aussi envers les humains. Ceux qui les reconnaissent peuvent réagir afin de prévenir les morsures, réconforter ou distraire son animal.

Sachez qu’il ne faut jamais punir un chien qui démontre ces signaux, car on amplifierait son malaise. En vieillissant, les signaux d’apaisement semblent s’embrouiller chez les chiens. De plus, les chiens ayant été sevrés trop tôt de leur mère ont parfois de la misère à exprimer ces signaux, ce qui fait que leur communication, avec leurs semblables et avec les humains, devient quelque peu erronée. 

Morsure

Parmi les signaux, certains annoncent un potentiel de morsure évident. Par exemple, quand le chien arrête de bouger et fixe son bol, son os ou son jouet, c’est parce qu’il sent une menace pouvant lui voler ses biens. On ne devrait pas provoquer l’animal, mais plutôt baisser la pression de menace en s’éloignant. Il y aura ensuite des trucs à appliquer pour diminuer cette peur. Pour le temps d’une photo, vous avez peut-être déjà demandé à votre sujet, enfant ou adulte, de coller un chien. Si le chien se lèche souvent le nez ou bâille pendant ce moment, c’est qu’il n’est peut-être pas à l’aise. Le chien peut en rester à ces signaux, sans jamais broncher plus. D’autres passeront éventuellement à la morsure, alors que certains utiliseront le grognement en deuxième étape. 

Bouger

Dépendamment du contexte, on peut aussi revenir à la base et se demander si notre animal ne fait pas simplement bouger. Un chien qui lève souvent la patte avant, pour écouter un son ou attendre une consigne, n’est pas nécessairement inquiet. Dans les endroits où les chiens de village sont nombreux, il est très intéressant de les observer. Ces chiens sont très relaxes et ne quémandent pas d’affection. Ils vont rarement vers les touristes, à moins que ces derniers aient de la nourriture. Si vous n’avez rien d’intéressant, ils détourneront le regard et iront se coucher un peu plus loin en vous ignorant. Ce regard fuyant, est-ce un signal d’apaisement annonçant un inconfort ou simplement un manque d’intérêt ? Quand on se gratte la tête en parlant à quelqu’un, ça ne veut pas toujours dire qu’on est embêté ou mal à l’aise. Certains signaux annoncent une morsure assurée alors que d’autres sont aussi insignifiants que si une nouvelle personne entre dans la même pièce que vous et que vous ne la regardez pas dans les yeux. Ça ne veut pas dire que vous êtes stressé, angoissé ou inconfortable. 

Surexploité

Quand on l’utilise à toutes les sauces, certains termes utilisés pour comprendre les comportements de nos animaux tendent à disparaître. En se collant à la science, il y a quelques années, on utilisait les termes soumis, dominé, dominant et agressif pour décrire nos chiens. Ces termes se sont étendus dans le langage équestre, félin et même aviaire. Aujourd’hui, on a banni ces termes en disant qu’ils étaient trop vastes pour définir avec précision le tempérament d’un animal. Le jeu du téléphone s’est aussi chargé de rendre ces qualificatifs complètement dépourvus de sens. Pour démontrer qu’il comprend bien son chien, l’humain analysera maintenant ses signaux d’apaisement. Qui sait, peut-être que d’ici cinq ans on devra remplacer les signaux d’apaisements par d’autres termes plus précis proposés par la science ! Les éducateurs canins auront alors le mandat de propager la bonne nouvelle, jusqu’à ce que le jeu du téléphone les use à nouveau !