On dit qu’il faut une bonne semaine pour apprendre à jouer au bridge. Guy Martin, lui, joue depuis une cinquantaine d’années.

Le bridge les amène à San Francisco

Guy Martin a été initié au bridge il y a une cinquantaine d’années. Il joue environ six fois par semaine en salle et s’exerce régulièrement grâce à la magie d’Internet. Dans quelques semaines, il s’envolera pour San Francisco, où il participera, en compagnie de son beau-frère Sabin Harvey, à un tournoi mondial de bridge. Un premier tournoi à l’étranger pour l’homme qui célébrera bientôt son 86e anniversaire. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.

Guy Martin est un joueur de bridge presque quotidien. « Je ne suis jamais devenu un maître à vie, parce que je n’ai pas assez fait de compétitions. Mais je me débrouille assez bien ! », lance le sympathique joueur, résidant de Laterrière. Il a été initié il y a de ça 40 ou 50 ans et c’est son neveu qui l’a finalement convaincu de se joindre à des clubs jouant en salle, où il dispute maintenant des parties environ six fois par semaine. Chaque partie dure environ trois heures.

Guy Martin a longtemps partagé cette passion avec son épouse, Jeannine Tremblay. La dame est malheureusement décédée il y a deux mois. « Nous avons joué ensemble très longtemps, alors on ne s’est pas tellement amélioré, parce qu’il aurait fallu changer de partenaire. Mais on aimait ça jouer ensemble », raconte Guy Martin, dont la femme a été emportée par la maladie d’Alzheimer. Elle a été contrainte à quitter la demeure familiale à la fin de la maladie pour une résidence adaptée à sa condition. « Je m’en suis occupé comme j’ai pu, mais à la fin, je n’étais plus capable », se souvient M. Martin.

Guy Martin joue au bridge six fois par semaine. Il participera bientôt, avec son partenaire Sabin Harvey, à un tournoi mondial de bridge qui se tiendra à San Francisco.

C’est un peu au même moment que le décès de son épouse, avec qui il a partagé 60 années de vie commune, qu’il a eu vent qu’une compétition mondiale de bridge se tiendrait en novembre en Californie. Il en a alors parlé à son fils Luc, qui demeure à San Francisco. « Il m’a dit : pourquoi pas ? Alors j’ai répondu : pourquoi pas ! », raconte le joueur aguerri, qui n’a toutefois jamais participé à un tournoi de calibre mondial.

La compétition se déroulera du 28 novembre au 15 décembre et il prendra l’avion, avec son compagnon de jeu Sabin Harvey, le 27 novembre. Les deux hommes feront partie d’une catégorie intermédiaire, alors que les plus grands joueurs du monde s’affronteront dans la catégorie maître à vie. Environ 1000 tables seront installées pour l’occasion au Marriott de San Francisco, où les parties se joueront de très tôt le matin à tard le soir.

Guy Martin est excité en pensant à son voyage et il a hâte de prendre part à l’événement. « À notre âge, on ne planifie pas grand-chose à long terme, on vit plus au jour le jour. L’an dernier, je suis allé rendre visite à mon fils en Californie et je m’étais dit que c’était mon dernier voyage. Et me voilà à planifier ma présence dans un tournoi mondial ! », souligne l’octogénaire, en prenant soin de « toucher du bois » pour que tout se déroule comme prévu.

Guy Martin a été initié au bridge il y a une cinquantaine d’années. Il a lu bien des livres sur le sujet.

Résidant d’Alma, Sabin Harvey en sera également à son premier tournoi mondial de bridge, bien qu’il ait déjà participé à des compétitions à Québec. « À San Francisco, ça va vraiment être nouveau, j’ai hâte de voir ça », indique M. Harvey, qui enseigne également le bridge depuis quatre ans, en plus de jouer environ deux fois par semaine.

Les deux hommes partiront seuls pour la Californie. « Je n’amène pas ma blonde, c’est un voyage de gars ! », a lancé Sabin Harvey, qui est âgé de 74 ans.

C’est dans cette revue qu’il a appris qu’un tournoi de bridge se tenait à San Francisco, où son fils demeure.

BON POUR LE SOCIAL ET LA SANTÉ

Pour Guy Martin et Sabin Harvey, le bridge leur permet de belles rencontres, en plus de les tenir alertes et éveillés. «Le bridge, c’est bon pour le social et aussi pour les neurones!», lance Guy Martin.

Le bridge n’est pas le jeu de cartes le plus facile qui soit. Selon Guy Martin, en apprendre les rudiments peut nécessiter une bonne semaine de cours. «Mais on ne devient pas un bon joueur en une semaine!», précise-t-il. 

«Le bridge, c’est comme apprendre une langue et, en jouant, on peut faire des conversations complètes simplement avec les termes. On devient vite accro!, souligne M. Martin, qui participe à plusieurs parties par semaine. Le côté social du bridge me plait beaucoup. Sinon, je resterais seul chez moi à ne rien faire. Je joue aussi sur Internet, avec des robots, mais on n’a pas le contact humain. Mais ça me permet de m’exercer et de m’améliorer», ajoute Guy Martin, dont le médecin lui demande régulièrement s’il joue encore. 

«C’est très bon pour la mémoire, la planification et les habiletés à réfléchir. Disons que nos neurones fonctionnent au maximum quand on joue! Et mon médecin m’encourage à continuer», souligne l’octogénaire, qui jouit encore d’une très bonne santé. Cette bonne santé, il dit la devoir, en partie, à son jeu favori. 

Sabin Harvey est d’accord avec son partenaire de jeu. «Disons qu’il ne faut pas tellement avoir de trous de mémoire pour jouer. C’est un passe-temps, mais c’est assez difficile, on ne peut pas trop penser à autre chose lorsqu’on dispute une partie», note Sabin Harvey. 

• Le bridge se pratique avec un jeu de 52 cartes, à quatre joueurs, opposant deux équipes composées de deux partenaires.

• Plusieurs hypothèses fondent le développement du bridge : il s’agirait par exemple de diplomates britanniques en poste à Constantinople qui auraient exporté le jeu en Occident. Dans les années 1880, il apparaît sur la Riviera française, où séjournent de nombreux officiers du Royaume-Uni, puis la décennie suivante aux États-Unis, les premières compétitions étant organisées à New York. Le premier code officiel de bridge est rédigé en 1897. Grâce à des militaires anglais, il passe en Inde en 1904, d’où il revient avec un premier système d’enchères. Il est alors prisé par l’aristocratie et la haute bourgeoisie.

• La World Bridge Federation (Fédération mondiale de bridge) est reconnue en tant qu’organisation par le Comité international olympique en 1995 et le bridge en tant que sport en 1999. Cependant, c’est la nature de sport dit « cérébral » du bridge qui ne permet pas sa représentation comme sport aux Jeux olympiques.