Jessy Grimard et Vicky Dufour vivent leur rêve à Kangiqsujuaq.

L'attraction du Nord

(Guillaume Roy, collaboration spéciale) - Pour vivre une expérience professionnelle et culturelle unique, Vicky Dufour et Jessy Grimard, deux jeunes adultes de Dolbeau-Mistassini, ont décidé de réaliser leur rêve en décrochant un emploi à Kangiqsujuaq, au nord du 60e parallèle.
Maali Turkirki et son fils Isaiah.

« Ça faisait des années que je rêvais de venir dans le Nord. J’ai toujours été très intéressée par les Premières Nations et par la culture inuite », lance d’emblée Vicky Dufour, 21 ans, rencontrée pendant une récréation à l’école Arsaniq, à Kangiqsujuaq. Ce village compte 700 âmes sur les côtes de la baie d’Ungava.

Formée comme intervenante en délinquance, Vicky a été engagée en tant qu’enseignante en 7e année dans une classe anglophone en mars dernier. « Je parlais déjà bien anglais, mais la communication est complexe, car l’anglais est aussi une langue seconde pour mes élèves », ajoute la jeune femme qui doit s’adapter rapidement à la vie d’enseignante. À l’école, les jeunes Inuits, qui suivent leurs cours en inuktitut jusqu’en 3e année, doivent ensuite choisir entre un enseignement en français ou en anglais. Après avoir eu un petit choc culturel à son arrivée, Vicky s’est rapidement sentie chez elle. 

Son conjoint, Jessy Grimard, un opérateur forestier de 23 ans, a décidé de venir lui aussi vivre l’expérience du Nord, en dénichant un emploi pour créer un cours de charpenterie sur mesure pour les élèves. « Le but est de leur démontrer des habiletés manuelles qui pourraient leur permettre de travailler dans ce domaine plus tard », soutient le détenteur d’une formation en charpenterie-menuiserie.

Comme l’assiduité à l’école n’est pas la même qu’au « sud », le cours de charpenterie tarde toutefois à prendre son envol. « Le plus gros défi est d’avoir assez d’élèves qui se présentent en classe chaque jour… et de communiquer en anglais », admet Jessy, qui en profite au passage pour apprendre la langue de Shakespeare, pour préparer son cours et assister Vicky dans l’enseignement. 

Alors que l’on raconte davantage les difficultés sociales vécues dans les villages nordiques dans les médias, le jeune couple voit plutôt la vie dans le Nord québécois comme étant une expérience dans un monde simple, axé davantage sur les ressources naturelles, où se côtoient la modernité et la sauvegarde des pratiques culturelles. Vicky et Jessie, qui reviendront au sud pour l’été, s’y plaisent tellement qu’ils comptent y travailler pour encore quelques années, question de faire le plein d’une expérience professionnelle et culturelle unique.

Des expériences marquantes

Depuis leur arrivée il y a près de deux mois, les Dolmissois Vicky Dufour et Jessy Grimard ont déjà eu l’occasion de vivre quelques évènements marquants à Kangiqsujuaq, dont la finale de la course de chiens de traineaux Ivakkak, qui se déroule sur une distance de 510 km de village en village pendant trois semaines. 

« L’arrivée des équipes a été une expérience incroyable, se souvient Vicky. Il y avait des festins et des activités culturelles. On a pu constater à quel point la communauté est tissée serrée en misant sur l’entraide. » 

Au passage, Vicky en a profité pour goûter à de l’omble de l’Arctique et à du caribou cru, pour découvrir les techniques de couture des femmes inuites et pour observer ses premières aurores boréales de sa vie avec Jessy. « J’aime vraiment tout de mon expérience, les montagnes, les gens, l’aventure », ajoute ce dernier. 

« Je suis habitué d’aller dans le bois, mais comme il n’y a pas d’arbres ici, je ne connais pas encore mes repères », admet l’homme, qui compte bien se trouver un guide pour aller tester la chasse et la pêche pendant son séjour.

Sis dans une vallée entourée de montagnes de plus de 200 mètres, Kangiqsujuaq – un terme qui signifie la grande baie – se trouve à une cinquantaine de kilomètres de la mine Raglan, un atout de taille pour le développement économique. C’est aussi le point de départ pour atteindre le parc des Pingualuit, le premier parc national du Nunavik créé en 2006, où se trouve un cratère de 3,44 km de diamètre formé il y a 1,4 million d’années. Avec un groupe de professeurs, Jessy a pu voir le lieu surnommé « l’œil de cristal du Nunavik ».

Pendant ce temps, Vicky a toutefois dû rester au village, terrassée par un mal de hanche pernicieux. « C’est un défi de se faire traiter ici, constate-t-elle. Au sud, je serais allée à l’urgence pour faire des rayons X, mais là, je nage dans l’inconnu. C’est frustrant et ça démontre à quel point l’accès aux soins de santé peut être difficile ». Dans cette contrée isolée des grands centres, la patience est aussi de mise pour accéder à de la nourriture bon marché et à plusieurs biens.

Comme sa mère, Maali a choisi le Nunavik

Le monde est petit et on retrouve des descendants saguenéens même dans les villages du Nunavik. À Kangiqsujuaq, Le Progrès a fait la rencontre de Maali Tukirqi, une jeune femme dynamique née d’une mère saguenéenne et d’un père inuit.

Résidente de Sainte-Rose-du-Nord, Lyrithe Villeneuve est partie travailler au Nunavik en tant qu’infirmière en 1976. Et elle a tellement aimé l’endroit qu’elle a décidé d’y passer son existence et d’y fonder une famille avec l’homme de sa vie, Lucassie Tukirqi. Ensemble, ils ont eu deux filles, Maali et Amanda.

Alors qu’Amanda a choisi de s’installer à Laval pour vivre avec son conjoint, Maali préfère de loin vivre dans la petite communauté nordique de Kangiqsujuaq. « Je préfère la vie ici, c’est au Nord que j’appartiens », affirme la femme de 33 ans, qui a étudié en première et deuxième années du primaire au Saguenay. 

Après avoir complété son cinquième secondaire, elle est aussi revenue au « sud », pour étudier au Centre de formation professionnelle L’Oasis, à Chicoutimi. Changer d’environnement n’est toutefois pas une tâche facile pour les jeunes du Nord québécois. « Ça n’a pas marché, car le monde était trop différent. Je n’ai pas aimé le rythme de vie, notamment l’obsession d’arriver toujours à l’heure. Dans le sud, on dirait que les heures passent trop vite et que les gens ont peur de manquer de temps », lance-t-elle en riant. 

Aujourd’hui, elle vient encore faire deux à trois séjours par an dans la région pour visiter la famille. Mais il suffit de quelques jours pour qu’elle s’ennuie du Nord. « Je n’aime pas le trafic, dit-elle. Je me sens aussi prisonnière, parce que je n’ai pas le droit d’aller partout ». 

À Kangiqsujuaq, on ne voit aucun arbre à l’horizon et tout le territoire est accessible, ce qui donne un sentiment de liberté énorme. Au lieu d’aller dans le bois, Maali part souvent sur le territoire pour aller pêcher, récolter des moules ou encore pour aller cueillir des bleuets en été avec son petit garçon de 6 ans, Isaiah. Depuis quelque temps, elle est aussi agente de séjour pour le parc national des Pingualuit, un poste qui lui permet de passer beaucoup de temps dans la nature, tout en partageant son savoir avec les touristes qui visitent le parc. 

À cheval entre la culture québécoise et inuite, Maali se sent définitivement attachée au territoire et aux traditions inuites, mais elle a adopté un horaire et une éducation un peu plus stricts que les autres familles inuites, en suivant le chemin dicté par sa mère. 

Fait à noter, le 7 mai 2018, Lyrithe Villeneuve, la mère de Maali, a reçu un prix d’excellence d’Affaires autochtones et du Nord Canada pour ses 42 années de services en tant qu’infirmière dans le Nord.

Travailleurs recherchés

Voici les principaux emplois recherchés dans le Nord : professeurs, membres du personnel médical, policiers, charpentiers-menuisiers, comptables, responsables des ressources humaines, spécialistes des TIC, électriciens, agents de communications, ingénieurs, et plus encore.

Quelques liens intéressants :

http://www.emploisprofessionnelsensante.com/fr/company/796/regie-regionale-de-la-sante-et-des-services-sociaux-du-nunavik

https://sante-services-sociaux.ca/fr/travailler 

http://www.krg.ca/fr/emploi-ark

https://www.kativik.qc.ca/fr/emplois/