Grâce à sa chienne Kenza, Coline Guérin est devenue éducatrice canine.

L’anxiété chez le chien un trouble difficile à gérer

Si votre chien détruit tout, qu’il fait ses besoins partout, qu’il jappe, qu’il hurle et qu’il pleure lorsque vous partez, c’est signe qu’il est incapable de rester seul. Cette maladie mentale s’appelle de l’anxiété de séparation. Du moins, c’est le terme utilisé présentement. Est-ce que d’autres troubles mentaux s’ajoutent à cet état ? Les scientifiques se penchent présentement sur la question. On se rend compte que la santé mentale du chien n’est pas épargnée par des troubles similaires à ceux des humains.

Après avoir colmaté les trous dans les murs, acheté de nouvelles portes et recousu le divan éventré, le découragement risque de prendre le dessus sur l’amour. Avec un chien anxieux, en appartement, il faut aussi s’attendre à gérer les plaintes des voisins. Difficile d’aimer un chien qui hypothèque votre vie, jusqu’à mettre en péril votre vie de couple. Impuissantes et se sentant coupables de la situation, plusieurs personnes confiront leur animal à un refuge. 

Évidemment, puisqu’il a l’apparence d’un chien en pleine santé, sans se soucier du bien-être mental de l’animal, on écartera la possibilité de l’euthanasie. Un séjour dans un chenil bruyant et anxiogène risque d’empirer le cas de l’animal anxieux. 

Kenza

Il y a dix ans, Coline Guérin se rendait chez un musher pour adopter son tout premier chiot, une belle femelle husky dont la génétique était développée pour le travail. « Ma première erreur fut de mal choisir la race et l’éleveur. Ma deuxième erreur fut de partir avec le chiot alors qu’il avait à peine cinq semaines », avoue Coline. Kenza démontre très tôt des signes d’anxiété généralisée. Incapable de rester seule, elle tente de s’apaiser en faisant de la destruction. « Je ne compte plus les dommages qu’elle a causés dans mon premier appartement », souligne la jeune femme devenue éducatrice canine, inspirée par son chien.

Solutions

Alors que la plupart des éducateurs canins fuient devant les troubles d’anxiété, Coline en a fait sa spécialité. Elle a suivi plusieurs formations et s’est collée aux meilleurs comportementalistes. Mais attention ! Il n’y a pas de formule magique. Il vous faudra travailler très fort pour arriver à gérer un chien anxieux. L’occupation mentale, l’exercice physique et la routine font partie des solutions. Vous aurez aussi besoin de complices pour venir sortir le chien régulièrement pendant votre absence. Malgré tous vos efforts, les rechutes seront toujours possibles. Dans le cas de Kenza, il est impossible de la faire garder et il faut mettre en place un protocole bien particulier quand vient le temps de l’hospitaliser. Lors des départs, Coline doit appliquer une routine très rigoureuse. « Si j’ai oublié quelque chose dans la maison, je dois recommencer tout le protocole de routine », précise-t-elle.

Stress

Tout comme chez les humains, le stress est nocif pour les animaux. Dans ses crises les plus fortes, Kenza a développé de sévères réactions cutanées et elle a dû subir des interventions chirurgicales pour lui retirer des cancers. Dernièrement, après avoir fait une crise d’épilepsie, la chienne de presque 11 ans a passé une échographie chez un neurologue qui a diagnostiqué qu’elle souffrait d’hypothyroïdie, une maladie très rare chez le chien. Coline est elle-même très anxieuse. Est-ce un hasard si son chien, son cheval et son chat ont développé des problèmes d’anxiété ? La science dira que non, mais les hasards commencent à être drôlement préoccupants. 

Questionnement

Devant le cas de Kenza, il est légitime de se questionner. Si elle avait été une chienne de traîneau, aurait-elle été plus zen dans sa tête ? Est-il plus cruel de faire travailler un animal ou de s’entêter à le maintenir entre quatre murs et dans un mode de vie qui ne lui convient pas ? À la SPCA, on refuse catégoriquement de faire adopter un chien nordique si l’adoptant souhaite le garder dehors, même si ce dernier a l’intention de le faire travailler quotidiennement. « J’ai pensé ramener Kenza chez l’éleveur ou même l’envoyer à un autre musher, mais je n’ai pas trouvé un endroit où les installations me convenaient », précise la propriétaire de Kenza. Pourtant, certains chiens, au grand désarroi des animalistes, sont plus à l’aise lorsqu’ils vivent dehors. 

Canissence

Malgré toutes les concessions qu’elle a faites, et l’argent investi pour tenter de gérer son animal, le faire soigner et réparer les dégâts, Coline Guérin s’est inspirée de Kenza pour créer son travail. Canissence est un service de consultations à domicile, qu’elle offre dans le secteur de Montréal. En plus de ne jamais suggérer de médication, les méthodes qu’elle utilise sont sans violence et sans contrainte physique.