L’Amazonie, si loin et si proche

CHRONIQUE / Êtes-vous déjà allé en Amazonie ? Peu de gens de notre région peuvent répondre « oui » à cette question ; c’est si loin ! Je n’y suis jamais allée non plus, mais comme tout le monde, j’en ai beaucoup entendu parler au cours de l’été à cause des gigantesques feux de forêt qui l’embrasaient et l’embrasent toujours.

Ces feux n’ont rien d’accidentel. Ils sont l’oeuvre de ceux qui veulent exploiter ses terres et ses ressources. Et ils sont nombreux, car cette région, qui traverse neuf pays d’Amérique du Sud, suscite la convoitise des entreprises forestières, minières et agroalimentaires.

La plupart du temps, ils n’ont aucune considération pour les 30 millions de personnes qui y vivent, dont 3 millions d’Autochtones appartenant à 380 groupes.

Malheur à ceux et celles qui, cherchant à protéger la forêt et leur mode de vie, contestent leurs projets. Ils sont vite la cible de représailles ; certains y laissent même leur vie.

Nous profitons, bien malgré nous, de ce système odieux, puisque certaines compagnies actives en Amazonie sont canadiennes et que des produits de là-bas aboutissent chez nous.

Écouter la voix des sans-voix

Anne Catherine Kennedy, chargée de projet pour Développement et Paix en Amérique latine, confirme que la situation des habitants de l’Amazonie est plus difficile que jamais. Lors d’un récent webinaire, elle témoignait de la détresse des petits paysans et des Autochtones du Brésil, dont l’existence dépend de la forêt.

« Les gens sont menacés physiquement par des gens armés, appuyés par le gouvernement. Ils sont inquiets, ils ont peur. Ils sont étonnés de la vitesse avec laquelle le gouvernement démantèle le système de protection des droits de la personne et de l’environnement mis en place par le président précédent. » La dégradation de leurs droits va de pair avec celle de l’environnement.

Et ça nous concerne nous aussi. Tout d’abord, parce que nos frères et soeurs en humanité sont persécutés, mais aussi à cause des impacts écologiques de cette situation alarmante. En effet, la transformation des riches écosystèmes de la plus grande forêt tropicale au monde en savanes arides a des répercussions à l’échelle planétaire. La résilience de la Terre aux changements climatiques s’affaiblit, tandis que l’érosion de la biodiversité appauvrit le patrimoine biologique de l’humanité.

Une source d’espérance

Le 15 octobre 2017, le pape François annonçait la tenue d’un synode sur l’Amazonie. Après bien des préparatifs, dont une vaste consultation auprès de leaders amazoniens, ce synode débute aujourd’hui même, le 6 octobre, au Vatican. Il se poursuivra jusqu’au 27 octobre.

Cette grande assemblée réunit 185 évêques et autres ecclésiastiques, surtout ceux d’Amérique du Sud. De nombreux experts, délégués des peuples autochtones et autres invités, dont Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations Unies, prendront part aux discussions.

Sensible aux souffrances infligées à tant de personnes et inquiet lui aussi pour l’avenir de notre planète, le pape souhaite que ce soit une occasion de faire bouger les choses, de mettre en place une écologie intégrale, mais aussi de transformer l’Église amazonienne pour qu’elle soit pleinement au service des gens de là-bas.

Anne Catherine Kennedy affirme que les gens misent beaucoup sur ce synode. Le fait qu’on s’intéresse à eux et qu’on ait pris le temps de les écouter est source de réconfort et d’espérance.

Et nous ? Que pouvons-nous faire pour l’Amazonie ?

Christian Poirier, qui travaille pour Amazon Watch, un organisme sans but lucratif dédié à la défense de la forêt et des peuples autochtones d’Amérique du Sud, nous invite à boycotter les produits issus de la déforestation illégale. Des listes de compagnies impliquées circulent sur le Web.

Pour sa part, Développement et Paix, qui soutient depuis longtemps des partenaires en Amazonie, lance une grande campagne de solidarité : Agissons pour notre maison commune.

Toutes les informations pour l’appuyer se trouvent au devp.org.

Enfin, le souci de la planète, de la justice et de la solidarité peut guider notre choix lors des élections du 21 octobre.

L’Amazonie peut devenir toute proche si nous nous relions par le coeur à celles et ceux qui y vivent, souffrent, luttent et espèrent !

Anne-Marie Chapleau, professeure,

Institut de formation théologique et pastorale