Les jeunes doivent apprendre à devenir de bons cyberutilisateurs non seulement pour éviter la dépendance, mais aussi afin de se protéger contre les pièges du Web.

Lâche ton cell!

CHRONIQUE / Je plaide coupable. Je passe beaucoup (trop) de temps sur mon cellulaire. En même temps, toute ma vie est rendue là-dessus. Dès que je me lève, je regarde si j’ai des messages sur Messenger, si j’ai des courriels perso et professionnels.

Faut bien voir s’il va faire beau. Cell. Un compte à payer. Cell. Petit regard à mon agenda pour voir ce que j’ai de prévu aujourd’hui. Cell. J’y lis même mon Soleil si je ne suis pas à la maison. Pas certaine de savoir comment me rendre à tel endroit? Cell. Une chanson pour agrémenter le trajet. Cell. Et ça continue comme ça toute la journée.

J’angoisse (presque) à l’idée de manquer de batterie!

Évidemment, mes enfants, comme les vôtres, voient bien notre intérêt pour ces bidules électroniques. Un petit courriel à envoyer pendant le souper — c’est important, c’est pour le travail —, ou un petit texto pour confirmer qu’on ira bien chez des amis vendredi.

Difficile après de les empêcher d’être eux-mêmes rivés à leurs écrans, que ça soit les jeux vidéo, la télé, la tablette ou le cell que vous leur avez payé parce qu’ils ont réussi à vous convaincre que c’était pour que vous puissiez les joindre en tout temps...

Comme c’est souvent le cas avec les enfants, on a le goût de leur dire : «Faites ce que je dis, pas ce que je fais...»

Comme parent, on ne sait pas toujours où tracer la ligne. Qu’est-ce qui est raisonnable, qu’est-ce qui est exagéré comme temps d’écran pour nos enfants? Surtout que les gadgets font souvent office de gardiens des temps modernes pendant qu’on prépare le souper ou qu’on règle un dossier pour le boulot. Et l’été, avec les temps libres qui se multiplient, bien des parents lâchent du lousse. Et plusieurs se sentent coupables.

Si on a bien un rôle important à jouer (je vais y revenir plus loin!), c’est avant tout notre jeune qui doit être conscientisé. Mais comment l’aider à former son jugement, à réfléchir sur sa relation avec les technologies?

Ça peut être parfois difficile de faire passer son message. On ne trouve pas toujours les mots... ou ça n’atteint simplement pas la cible quand ça vient de nous. Le livre Les écrans & toi — Guide pratique sympathique pour devenir un cyberutilisateur futé s’avère un bon outil.

Écrit par la journaliste et auteure Marie-Anne Dayé, il s’adresse directement aux ados. Ça devrait presque être une lecture obligatoire à l’école! Pas trop long à lire, avec des illustrations et des petites blagues un peu partout, le guide s’attaque à toutes les sphères des technologies de l’information.

On y aborde de façon légère, mais efficace, ce que sont les influenceurs (oui, ils sont souvent payés!), on démystifie pourquoi le jeu vidéo nous rend accro et comment trouver d’autres activités qui vont sécréter l’hormone du plaisir.

On invite le jeune à faire un bilan de son temps d’utilisation, à faire gaffe à l’hameçonnage. On lui fait remarquer que les photos sur Instagram ou Facebook peuvent avoir été retouchées et que, comme pour les statuts de gens-tellement-trop-beaux-et-heureux, il faut «en prendre et en laisser».

On y parle aussi d’éthique sur le Web, par exemple qu’il faut demander avant de publier une photo de quelqu’un d’autre et qu’on peut faire enlever une image de nous que l’on n’aime pas. Toujours avec humour, on fait prendre conscience aux jeunes l’importance de protéger leurs données personnelles et les graves implications si on envoie à nos amis la photo intime de notre chum, de notre blonde ou de notre ex.

Publie, publie pas?

Parmi les infos les plus intéressantes, cette page qui rappelle les cinq questions à se poser avant de publier quelque chose sur les réseaux sociaux (c’est bon aussi pour les parents!!!)

Est-ce que je divulgue des informations personnelles?

Ma publication véhicule-t-elle un message négatif, douteux ou dénigrant?

Est-ce que j’oserais faire ou dire ça dans la «vraie» vie?

Est-ce que ça me dérange que mon grand-père, mon enseignante ou un inconnu voie cette publication?

Pourquoi je veux diffuser ceci? Est-ce que ça me convient à moi ou est-ce que je le fais seulement pour avoir l’air cool?

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Je reviens au rôle des parents. Il y a quelques mois, presque en même temps que ce guide, les Éditions Midi-Trente ont aussi publié un autre livre sur la question, qui s’adresse cette fois aux parents, Jeunes connectés parents informés. On y aborde à peu près les mêmes sujets, mais plus en profondeur. Les écrans ne doivent pas être diabolisés, fait comprendre l’auteure, Cathy Tétreault, la directrice générale et fondatrice du Centre Cyber-aide.

Si on y trouve des façons de reconnaître la cyberdépendance, par exemple si votre enfant a moins d’amis dans le monde réel et que ses résultats scolaires baissent, l’ouvrage vient aussi aider les parents dans des situations de tous les jours.

Premièrement, oubliez l’interdiction complète! Le jeune va juste aller jouer ailleurs ou en cachette. Mais la gestion du temps d’utilisation reste le nerf de la guerre! Pour les 5 à 17 ans, la Société canadienne de physiologie de l’exercice recommande un maximum de deux heures par jour.

L’auteure suggère de créer des cases horaires pour les jeux vidéo. Elle propose aussi de mettre une minuterie pour limiter le temps d’écran. Il faut être courageux et endurer la crise de votre enfant au son de la cloche!

On le répète : mieux vaut mettre les consoles de jeux et les autres appareils dans une pièce commune. On peut ainsi garder un œil sur notre jeune, voir le genre de contenus visionnés.

Mme Tétreault rappelle qu’il faut que le jeune garde en tête ce qu’il a à accomplir avant de jouer sur sa tablette ou sa console (manger, faire du sport, passer du temps avec sa famille et ses amis dans le monde réel, faire ses devoirs, bien dormir).

Savez-vous quelles applications utilisent vos enfants? Il est important de les questionner et de vérifier ce qui est téléchargé.

L’auteure raconte d’ailleurs que bien des jeunes disent que des inconnus sont entrés en contact avec eux, mais souvent ils ne le disent pas à leurs parents, par crainte de se voir retirer leur appareil... Ces personnes vont leur demander, entre autres, leur mot de passe, précise Mme Tétreault. Ça donnerait des frissons à n’importe quel parent. Surtout qu’on pense aussi aux prédateurs sexuels qui sévissent sur le Web.

Elle répond aux ados que leurs parents leur feront plus confiance s’ils dénoncent ce genre de situation. De leur côté, les parents doivent faire preuve d’ouverture et ne pas menacer le retrait des tablettes et cellulaires! Cybercriminalité, cybersécurité, sextage, cyberintimidation, tout y est abordé.

Ce que je retiens : communication et information. Plus on en sait, plus il sera facile de déceler les problèmes s’il y a lieu. Et plus les jeunes sont informés, plus ils seront à même d’être des utilisateurs avertis, qu’on soit ou non assis à côté d’eux.

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