Ovide Coudé

L’absolu Ovide Coudé

Ceux et celles qui se rendent régulièrement au quai de Sainte-Rose-du-Nord l’ont sans doute déjà entendu jouer de la guitare, assis sur l’un des bancs en bois. Ovide Coudé, un jeune homme de 25 ans originaire de la petite municipalité, s’y rend régulièrement pour y partager ses plus récentes compositions, entre deux spectacles ou une participation à un festival. Et s’il y a quelque chose qui n’arrête pas le sympathique jeune musicien, c’est bien sa cécité.

Ovide Coudé est né à Sainte-Rose-du-Nord. Il n’a jamais pu voir ce qui l’entoure. Atteint de l’amaurose congénitale de Leber, une maladie génétique grave de la rétine, Ovide peut seulement distinguer la clarté de la noirceur. Mais ses yeux n’envoient pas les images à son cerveau. Malgré sa non-voyance, Ovide ne s’est jamais laissé abattre, ayant appris à gratter la guitare alors qu’il n’était encore qu’un enfant.

Rencontré sur le quai de Sainte-Rose-du-Nord, Ovide Coudé confie que la musique lui a toujours permis de s’exprimer.

«J’ai toujours aimé la musique. Je tiens ça de mon père, qui aimait beaucoup le rock. Quand j’étais petit, vers 4 ou 5 ans, j’ai joué un peu de batterie, mais ma mère voulait que je me mette au piano. Mais j’aimais plus ou moins ça. Je voulais vraiment apprendre la guitare, et c’est à 10 ans que j’ai eu mon instrument et que j’ai suivi des cours», raconte Ovide Coudé, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Installé sur un banc du quai de Sainte-Rose-du-Nord, le musicien attendait la journaliste et la photographe en grattant la guitare pour les passants, son étui ouvert à ses pieds. Quelques pièces de monnaie y avaient été laissées par les visiteurs.

Ovide est né à Sainte-Rose-du-Nord. Il souffre de l’amaurose congénitale de Leber, une rare et grave maladie de la rétine.

Bien qu’il ne voit pas ce qui l’entoure, Ovide Coudé a vite appris à bien jouer. «J’ai l’oreille absolue, mais il y a des voyants qui l’ont aussi», précise-t-il. L’oreille absolue est l’aptitude à reconnaître, à l’écoute d’un son, les notes de musique correspondantes, sans référence auditive préalable.

«Je ne peux évidemment pas lire la musique, alors je l’ai apprise à l’écoute. Plus tard, j’ai aussi appris à lire les partitions en Braille», explique le jeune homme, qui étudie présentement en interprétation guitare jazz à l’Université Laval de Québec.

Privé d’un sens, ce dernier a évidemment développé son ouïe, mais surtout sa mémoire, précise-t-il. «Je n’ai pas le choix de tout apprendre par coeur, puisque je ne peux pas me tourner vers les partitions si j’oublie un bout de chanson! Étant donné que je ne vois pas, ça demande une plus grande rigueur. J’ai une très bonne mémoire, que j’ai énormément développée. J’ai toujours aimé approfondir mon travail et y mettre tout ce que j’ai», dit-il.

Ovide Coudé se promène un peu partout au Saguenay. Récemment, il était de la programmation du festival La Noce.

Adolescent et jeune adulte, Ovide jouait dans un groupe, mais depuis peu, il rêve de voler de ses propres ailes. «J’ai la plupart du temps participé aux projets des autres. Là, j’avais vraiment le goût de développer mes propres trucs», souligne le guitariste.

C’est donc au printemps qu’il a lancé son tout premier album, composé de ses propres pièces, et il roule sa bosse depuis le début de l’été, aux quatre coins du Saguenay. Il est tout de même accompagné des musiciens Guillaume Tremblay, Antoine Simard et Pierre-David Girard. Ensemble, ils forment le Quatuor Ovide Coudé.

Plusieurs dates à Saguenay
«C’est le fun, car la MRC (du Fjord-du-Saguenay) a débloqué un petit budget pour me rémunérer un peu lorsque je viens jouer. J’ai aussi joué récemment au festival La Noce et je suis à la pourvoirie Cap au Leste trois soirs par semaine. Je vais également offrir un spectacle en août, à la Place du citoyen de Chicoutimi», souligne celui qui a également un projet avec le Centre d’expérimentation musicale du LOBE, qui a notamment produit son album jazz.

Ovide Coudé joue avec plusieurs univers musicaux, que ce soit le folk, le traditionnel ou le jazz. «En fait, j’aime pas mal tous les styles! J’aime jouer en anglais, mais mes compositions sont en français, et même en joual. J’ai surtout commencé à composer à l’âge de 17 ou 18 ans», raconte-t-il.

«Le public est super gentil. À Sainte-Rose, les gens viennent me voir, ils sont généreux. La musique m’a toujours permis de m’exprimer et d’entrer en contact avec les gens», ajoute Ovide Coudé.

Son album est disponible sur les plateformes Spotify et iTunes. Le musicien traîne également quelques copies avec lui lorsqu’il se produit en spectacle.

«Il n’y a pas grand-chose qui m’arrête»

En plus d’être musicien presque à temps plein, Ovide Coudé navigue sur les eaux du fjord en kayak, se balade en vélo et jardine. «Disons que je fais tout ce que je suis capable de faire!», lance le jeune homme, précisant que ses activités se font la plupart du temps en tandem, cécité oblige. 

Lors de l’entrevue accordée au Progrès, Ovide Coudé arrivait tout juste d’une balade en kayak, avec un guide. «C’était vraiment super!», a dit le jeune homme, visiblement ravi de son expérience.

« Je fais également du vélo en tandem et je jardine beaucoup. J’aime ça. Je suis également parti en tournée dans une caravane tout un été. Il n’y a pas grand-chose qui m’arrête», ajoute le musicien, qui se déplace aisément dans le petit village de Sainte-Rose-du-Nord, à l’aide d’une canne blanche. Sa cécité ne l’a pas non plus empêché de s’inscrire au baccalauréat en interprétation guitare jazz.

«Je n’ai pas de chien Mira parce que je suis souvent en déplacement, et ça serait encore plus compliqué avec un chien!, lance celui qui n’a pas trop de difficulté à se débrouiller avec sa canne. Évidemment, c’est plus difficile dans une ville que je ne connais pas, mais je m’habitue. L’été, je reviens à Sainte-Rose, c’est chez nous.»