Ex-mécanicien d’avion à la retraite, Mario Pepin profite de sa retraite des Forces canadiennes pour vivre sa passion. Amoureux d’antiquités, il a récemment ouvert boutique sur la rue Bagot, à La Baie.

La retraite pour vivre son rêve

De militaire à antiquaire? Pourquoi pas? Après 30 années passées dans les Forces canadiennes, l’ex-mécanicien d’avion Mario Pepin a choisi de profiter de son nouveau statut de retraité pour embrasser sa passion. Il y a deux mois, il a ouvert le commerce Souvenirs d’antan sur la rue Bagot, à La Baie. Dans sa caverne d’Ali Baba, à travers une ribambelle d’objets qui ont traversé les époques, l’amoureux de vieilleries file le parfait bonheur.

Montréalais d’origine, Mario Pepin s’est toujours intéressé aux antiquités. Celui qui s’est établi au Royaume, après s’être épris d’une Baieriveraine, collectionne des objets vieillots depuis plusieurs années. Ses items de prédilection : les bières anciennes et les produits du tabac. Lorsqu’il a accroché son uniforme, Mario Pepin et sa conjointe ont décidé de s’aventurer dans le monde mystérieux et charismatique des antiquités.

«Il n’y avait pas d’antiquaire à La Baie. La réponse de la population a été très bonne et deux mois après l’ouverture, je suis très satisfait», met en contexte Mario Pepin, assis à l’embouchure de son local étroit et long, où sont disposées d’intéressantes trouvailles. Autour d’une table chrome de style kitsch, sur laquelle reposent quelques bouteilles de boisson gazeuse qui ont vu plus d’un printemps, il brandit un «Coke» à l’effigie de l’édition Rose Bowl de 1987, aux États-Unis. Il existe un marché pour les bouteilles de «liqueur» anciennes, se met-il à raconter en manipulant de vieux boîtiers de Players.

«Il y en a qui recherchent ça. Ça devient une compétition entre les collectionneurs à savoir qui va avoir la plus originale, la plus vieille, la plus belle. Les gens veulent des bouteilles rares. Celle-là n’a rien d’extraordinaire, mais étant donné qu’elle est pleine et qu’elle n’a jamais été ouverte, ça la rend intéressante», dit-il, déposant le contenant de 12 onces aux côtés de modèles, plus corpulents, de Sprite et de 7up.

Ce piège à rongeur fabriqué il y a près de 100 ans par un agriculteur qui avait besoin d’un dispositif pour éliminer la vermine fait partie des objets rares que l’on peut retrouver dans le commerce de Mario Pepin.

Des trouvailles sur la route
Évidemment, Souvenirs d’antan, c’est plus que l’affaire de quelques réceptacles de verre. Mario Pepin sillonne régulièrement les routes de la Belle Province pour mettre la main sur des bijoux, lesquels se frayeront ensuite un chemin sur les étagères de son magasin. Et ces tablettes n’ont rien d’ordinaire. Un meuble de pin fabriqué dans les années 30, teint avec du sang de boeuf pour lui donner une couleur rougeâtre, contient des camions Dominion dont le regard de tout collectionneur aguerri se délecterait fort certainement. Des caisses de bois arborant le logo de la défunte brasserie québécoise Dawes (plus tard devenue Dow), servent d’étagères et accueillent des trucs aussi hétéroclites qu’un piège à rongeurs fabriqué à la main par un fermier il y a près de 100 ans, une machine à coudre jouet que nombre de fillettes ont possédé dans les années 60, des flacons de médicaments insolites comme celui, par exemple, fabriqué à partir de moelle de boeuf et de rhum promettant de guérir tous les maux. Un chapeau en castor rasé et une auge de bois ayant servi à abreuver des animaux, circa 1800, une baratte à beurre méticuleusement préservée, une lampe de corbeau datant de 1780. Tout cela autour de vases en verre de Murano, de meubles millésimés, d’un joug et de lampes rétro.

Abordable
Ce qui fait la particularité du commerce de Mario Pepin est le fait qu’il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses. Le commerce recèle plusieurs objets d’intérêt à bas prix. Du morceau de vaisselle, délicat, à 50 cents à la table basse, burinée d’égratignures, à 150$, des dizaines et des dizaines d’éléments d’intérêt cherchent preneur, parfois en échange d’une poignée de change ou d’une liasse de dollars.

Le passionné d’histoire qui a longtemps sommeillé dans le for intérieur de Mario Pepin prend aujourd’hui la place qui lui revient. Tout ce qui est beau et abordable le titille. Et cette particularité fait sa marque de commerce.

«Je ne suis pas intéressé par les objets très dispendieux. Ce n’est pas mon créneau. Les objets différents, c’est ça qui m’intéresse. Les anciennes publicités et les objets rétro sont très à la mode. Moi, j’aime être varié et ne pas nécessairement suivre les tendances du marché», fait remarquer le nouvel antiquaire qui, si tout va comme prévu, aimerait agrandir le commerce.

Teindu au sang de boeuf, ce placard antique recèle de nombreux trésors.

«On fouille beaucoup. Je vais partout au Québec pour ramasser des choses. Mais j’essaie de ne pas trop passer de temps sur la route pour être présent ici pour mes clients. J’aime jaser avec les gens, être proche d’eux et leur expliquer l’origine des objets et à quoi ils servaient», renchérit Mario Pepin.

Cette auge d’origine (ici remplie de queues de ratons laveurs) est extrêmement rare et se vend autour de 150$.

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LE PASSÉ RAVIVÉ

S’il possède quelques objets témoignant de l’histoire militaire, l’ex-membre des Forces n’en a pas fait son credo. 

La main tendue vers une ancienne caisse de laitier utilisée pour la distribution de livres de beurre, imprégnée elle aussi de sang de boeuf, il explique qu’il y a bien trop d’éléments d’intérêt, dans le paysage fascinant des antiquités, pour se limiter à une catégorie d’articles. C’est d’ailleurs non sans plaisir que Mario Pepin accepte de relever les défis que lui lancent régulièrement ses clients collectionneurs de trouver un type d’objet précis. Une girouette ornée d’un cheval ou cette fameuse bouteille, remarquable par son caractère rarissime, sont des challenges qui mettent du piquant dans le quotidien de l’antiquaire. 

«Je m’amuse. Ce que je fais, ce n’est pas dans le but d’avoir une deuxième carrière. C’est plus un hobby, une passion. Je suis à la retraite et j’ai le temps. Il n’y a aucun stress. Je ne veux pas vendre à l’extérieur non plus. Je veux servir la clientèle d’ici et lui offrir des objets qui font partie de son histoire», poursuit le propriétaire de Souvenirs d’antan.

Pedigree

Le fier détenteur de l’ancienne horloge de la petite école de Desbiens, un joyau dont il ne voudrait se défaire pour rien au monde, aime bien retracer la provenance de ses trésors. Les amateurs d’antiquité plus âgés vivent souvent de grandes émotions devant une commode semblable à celle qui trônait au centre de la chambre principale, dans la maison de campagne où ils ont grandi. 

«Ça me rappelle ma grand-mère!», s’émeuvent certains clients.

Cette penderie de bois massif laisse les jeunes clients mi-figue mi-raisin, mais suscite l’émotion des vétérans, qui, en la scrutant, revivent des bribes de leur enfance.

«Les objets qui arrivent avec leur histoire sont très rares, mais il y en a. Quand on a une antiquité qui arrive avec son pedigree, on est très contents et ce sont des choses qui se vendent habituellement rapidement. Ces objets-là ont un charisme qui plaît aux clients», confie Mario Pepin.

Des jouets en bois, une lampe à l’huile, un flacon de poison, une boîte de tabac à pipe, un téléphone d’époque. Pedigree ou pas, ces objets évoquent chacun une période, une mode, des us et coutumes, des moeurs. Ils éveillent la mémoire et rappellent tous les progrès de l’humain réalisés au cours du siècle dernier. À l’ère de la surconsommation, il est rassurant de se retrouver parmi autant de parcelles d’histoire et de relents tangibles du passé. Du petit miroir baroque à la plaque d’immatriculation de 1957, il y a résolument de quoi se souvenir, que l’on soit dans la fleur de l’âge ou dans sa phase d’or.