Gaston Savard qui bénéficie de soins de répit de la maison de soins palliatifs savourait le spectacle intime offert par le Soli-Choeur.

La musique jusqu'à la toute fin

De Plume Latraverse à Salvatore Adamo, en passant par Paul Daraîche, aucun artiste et aucune chanson ne représente un défi pour le Soli-Choeur. Depuis sept ans, la musique de ces bénévoles habite, les vendredis, la maison de soins palliatifs Au jardin de MesAnges d’Alma.

Chaque rendez-vous est unique. Les bénévoles se retrouvent au salon, en début d’après-midi, afin de chanter des dizaines de pièces provenant de leur imposant répertoire constitué de centaines de pièces. La seule chose qui revient semaine après semaine, c’est leur chanson thème. Il s’agit d’une adaptation qu’ils ont fait de la pièce Les marchands de bonheur.

Depuis sept ans, le Soli-Choeur chante, le vendredi, pour les patients de la maison de soins palliatifs Au jardin de MesAnges d’Alma.

Pendant que le personnel est en action, les membres du Soli-Choeur chantent. Ils attirent les regards et les sourires des visiteurs qui passent devant eux afin de rejoindre leur proche. Régulièrement, les patients et leur famille viennent rejoindre les chanteurs amateurs, mais ô combien passionnés. Les plus faibles demanderont même à ce que leur lit soit amené au salon.

Et même s’il n’y a aucun public, les chanteurs du vendredi ne s’arrêtent jamais. Parce que leur musique résonne jusque dans les chambres. Après tout, c’est l’effet escompté, que la musique rejoigne tout le monde. « C’est peut-être la dernière chanson qu’ils vont entendre », fait valoir Florent Ratthé.

La musique du Soli-Choeur résonne jusque dans les chambres des patients.

L’effet du Soli-Choeur ne se fait pas sentir que chez les patients, leur famille et le personnel. « Quand on vient ici, on repart rechargé. Comme n’importe quel bénévolat, ça apporte une satisfaction. On reçoit autant que l’on donne. Cela donne du poids, un sens à notre vie », confie la chanteuse et bénévole Nicole Brassard.

Des propos qui sont confirmés par Yves Fortin, l’une des dernières recrues du Soli-Choeur. Celui qui a débuté comme remplaçant se remémore ses débuts. « Au début, quand j’ai commencé, j’étais réticent. Ce sont des situations difficiles qui se vivent. En venant, je me suis rendu compte à quel point ça pouvait leur faire plaisir. C’est enrichissant. Je le faisais pour faire plaisir. Finalement, ça m’a permis de démystifier la mort et de l’apprivoiser », seconde-t-il.

Le Soli-Choeur est en action, le vendredi, à la maison de soins palliatifs Au jardin de MesAnges d’Alma. Sur la photo: Nicole Brassard, Angéline Régnier, Céline Ratthé, Florent Ratthé, Jean Grenier et Yves Fortin.

Celui qui a chanté dans plusieurs chorales confirme la différence de celle-ci. Il explique cela notamment par le sentiment d’utilité qui s’en dégage.

La musique du Soli-Choeur offre du réconfort aux familles qui s’y retrouvent pendant de longues journées, et ce, pendant plusieurs semaines. « On vient d’abord et avant tout pour les passions. Je me suis rendu compte que, des fois, c’est pour la famille. Quand la personne est en fin de vie, ils sont une dizaine à se relayer autour d’elle alors qu’elle vit ses dernières heures. On voit que ça fait du bien aux patients, aux familles et aux employés. Et ça nous fait du bien », a ajouté M. Fortin.

Le Soli-Choeur est né il y a sept ans. À l’époque, l’ancienne directrice générale, Christiane Hudon, présentait l’organisme et ses besoins de bénévoles lors d’un brunch à lequel Florent Ratthé participait à titre de membre de la chorale de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation.

Bienfaits de la musique

Dans ce cas, nul besoin de la science pour confirmer les nombreux bienfaits de la musique. Les membres du Soli-Choeur ont en mémoire de nombreux exemples confirmant l’impact positif de la musique chez les personnes en fin de vie. Ceux-ci se rappellent des personnes qui ne parlaient plus, mais qui arrivaient à chanter quelques mots.

Angéline Régnier avoue avoir été marquée par l’histoire d’un homme qui s’est retrouvé Au jardin des MesAnges après un accident vasculaire cérébral. L’homme, qui n’avait pas ouvert les yeux depuis, a répondu à l’appel de la musique. À la grande surprise de sa famille, il a levé le pouce en signe d’approbation et même ouvert les yeux devant le Soli-Choeur. « Momentanément, ils sont ailleurs. Ils mettent la maladie sur pause et on voit le sourire revenir. On sent quelque chose », exprime Yves Fortin.

Soli-choeur chorale Maison Solican

Répertoire infini

Le Soli-Choeur interprète de grands succès, dont plusieurs pièces appartenant au registre country. La sélection des pièces est souvent dictée par les choix des patients. Par le passé, les musiciens et chanteurs ont chanté du Plume Latraverse et n’ont pas hésité à apprendre une partie du répertoire de Salvatore Adamo pour une dame. D’autres pièces qui datent permettent aux malades de revivre des souvenirs.

Et si le Soli-Choeur ne connaît pas les paroles ou les accords, l’équipe de Soli-Can se chargera de les trouver.

Il n’y a aucune limite pour le Soli-Choeur. Sur demande, ils se rendront dans les chambres des usagers afin de leur offrir des moments privés et uniques de musique.

L'ENGAGEMENT DE FLORENT RATTHÉ ET ANGÉLINE RÉGNIER EST RECONNU

Comme bien des bénévoles, le couple formé de Florent Ratthé et d’Angéline Régnier s’implique sans compter les heures et sans attente de reconnaissance. Le duo, qui donne de son temps à Soli-Can, a eu toute une surprise, au début du mois de mai, alors que le Club Rotary d’Alma leur a décerné le Méritas Action professionnelle. 

Depuis 25 ans, les membres du Club Rotary d’Alma honorent, chaque année, « des personnes dont le travail dans l’ombre permet une qualité de vie plus intéressante pour ses concitoyens et concitoyennes ».

Comme le mentionnait la directrice générale de Soli-Can, Marie-Lyne Fortin, Florent Ratthé est l’âme du Soli-Choeur. Membre fondateur et passionné de musique depuis 50 ans, il chante et accompagne le reste de l’ensemble à la guitare. 

En plus de chanter au sein du Soli-Choeur, Angéline Régnier s’implique autrement à Soli-Can. Elle est également bénévole pour l’heure du repas et lors des bains, en plus d’accompagner des patients qui se retrouvent seuls la nuit. 

L’implication à Soli-Can est une histoire de famille pour Florent Ratthé et sa femme. Depuis peu, leur fille figure, elle aussi, parmi les précieux bénévoles.

Florent Ratthé et Angéline Régnier ont obtenu le Méritas Action professionnelle remis par le Club Rotary d’Alma. Le prix souligne leur engagement chez Soli-Can

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130 BÉNÉVOLES ET JAMAIS ASSEZ

Environ 130 bénévoles s’ajoutent aux employés de la maison de soins palliatifs Au jardin de MesAnges ainsi qu’au conseil d’administration afin d’en assurer le bon fonctionnement. À l’instar de bien des organismes, les bénévoles sont toujours les bienvenus dans la maison de l’organisme Soli-Can Lac-Saint-Jean Est. 

La directrice générale de Soli-Can, Marie-Lyne Fortin, souligne le besoin constant de bénévoles, notamment pour des activités d’animation. Le problème ne réside pas tant dans le recrutement des personnes intéressées à s’impliquer, mais bien dans la certitude d’obtenir un engagement de longue durée au bénéfice des patients. « Nous accompagnons les personnes malades et leurs proches. C’est en continuité, et ce, du diagnostic jusqu’au décès », explique-t-elle. 

Parmi les nombreuses activités offertes, celle du Soli-Choeur retient l’attention. D’ailleurs, sa présence et ses effets bénéfiques figurent parmi les commentaires des usagers. « Les problèmes de santé ne se traitent pas qu’avec la pharmacologie. Il y a autre chose et le Soli-Choeur en fait partie. Si on fait du bien au coeur, ça se pourrait que la personne aille mieux en général. Ils font du bien à autre chose que juste le corps, assure Mme Fortin. C’est ce qu’on cherche à faire, un arrimage entre l’esprit, les besoins spirituels et le corps.»