L'AGL-LGBT a 20 ans en 2018. Un vent de renouveau souffle sur l'organisme, qui souhaite reconstruire son image et organiser des événements à l'image de la vitalité de la communauté régionale.

La communauté LGBT bien vivante

En 2018, l’Association gais et lesbiennes (AGL), récemment devenue l’Association lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (AGL-LGBT) Saguenay-Lac-Saint-Jean, célèbre ses 20 ans. Au cours des prochains mois, l’organisme, sur lequel souffle une brise de renouveau, entend profiter d’une série de tribunes et d’activités pour faire parler de lui et pour promouvoir sa mission. Il faut dire qu’en deux décennies, le portrait a bien changé en région, autant du point de vue du regroupement, de sa philosophie et de son fonctionnement, que des enjeux auxquels font face les membres de la communauté. À l’organisme se sont aussi greffées les personnes trans. Les «queer», également, c’est-à-dire cette catégorie de gens qui n’adhèrent pas à la division binaire traditionnelle des genres et des sexualités. En cette année charnière, l’un des profonds désirs de l’AGL-LGBT, outre celui d’accroître sa visibilité, est de créer un pont entre les générations et de favoriser l’homogénéité des communautés homosexuelle et hétérosexuelle ici en région. Ça augure bien, aux dires d’Alain Lévesque et Daniel Gosselin, respectivement président et responsable du comité jeunesse de l’Association.
Alain Lévesque et Daniel Gosselin, respectivement président et responsable du comité jeunesse de l’AGL-LGBT Saguenay-Lac-Saint-Jean, travaillent à dynamiser l’organisme et à rapprocher les générations.

Exit les rassemblements mensuels tenus aux frontières limitrophes du Saguenay et du Lac, en un lieu banal où des porte-étendard de la communauté LGBT se réunissent, un peu à l’écart, dans le cadre de soupers et de soirées dansantes. Nous sommes en 2018 et l’heure est à l’inclusion. C’est donc dans cet esprit que le 28 avril, lors de l’assemblée générale annuelle de l’AGL-LGBT, il sera proposé aux membres que des 5 à 7 soient tenus tout au long de l’année, dans des établissements variés, aux quatre coins du Royaume.

Voilà un exemple qui illustre bien la volonté des membres du conseil d’administration d’insuffler une dose de dynamisme au regroupement et de le rendre plus actuel. L’Association, parfois perçue négativement et teintée de stéréotypes, a connu des hauts et des bas au cours des dernières années. Les choses se sont aussi corsées à l’interne, où ont pris naissance quelques divisions et des luttes intestines. 

Cette époque est révolue et des gens comme Daniel Gosselin, 25 ans, s’impliquent aujourd’hui activement pour moderniser l’organisme. Depuis qu’il a enfilé le blouson de secrétaire, le jeune homme originaire de Saint-Prime et détenteur d’un baccalauréat en sociologie oeuvre à redorer le blason de l’OSBL. 

Il n’est pas seul dans l’aventure, puisque le président depuis 2015, Alain Lévesque, y travaille avec la même fougue, guidé par des ambitions similaires. Les deux hommes, dont le doyen est âgé de 67 ans, incarnent l’image du rapprochement entre deux générations qui évoluent trop souvent en porte-à-faux. Dorénavant, grâce au calendrier d’activités renouvelé de l’AGL-LGBT Saguenay-Lac-Saint-Jean, ces solitudes seront agglomérées vers un noyau central, formé de gens de tous âges issus de sphères variées. 

«Quand je suis arrivé, j’ai remarqué que l’organisation n’était pas très dynamique et pas très intéressante pour les jeunes. En fait, on a conclu que l’Association a besoin d’une reconstruction d’image. Même pour la communauté LGBT, elle n’est pas toujours bien vue. Les rassemblements qui sont organisés à Saint-Bruno et qui réunissent des personnes âgées et des plus jeunes ne font pas l’affaire de tout le monde. On se retrouve parfois avec des gens qui ont fait leur ‘‘coming out’’ plus tardivement et qui, disons-le comme ça, veulent rattraper le temps perdu», pointe Daniel Gosselin, faisant référence, de façon subtile, à des approches non sollicitées souvent mal reçues par les représentants de la jeune génération.

Le secrétaire du regroupement va même jusqu’à dire qu’il y avait «de l’homophobie et de la transphobie à l’intérieur même du groupe», une situation qui n’a pas sa raison d’être aujourd’hui et que les administrateurs souhaitent éradiquer. 

Parmi les visées de l’association : placer la personne avant le genre. 

«On veut évacuer la connotation sexuelle. On veut être dans les individus. Aujourd’hui, il y a vraiment une distinction entre le sexe et le genre. On a longtemps vécu dans une société qui avait une vision binaire et hétéronormative. On veut se sortir de cette binarité-là», insiste Daniel Gosselin, qui entend consacrer son sujet de maîtrise en intervention régionale aux familles LGBT. Cette notion de genre est importante pour la communauté trans. C’est pourquoi, dans la dénomination de l’Association, la lettre T de l’acronyme tient pour trans et non pour transgenre ou transsexuel. 

Finie la ségrégration

Il n’existe plus de bars gais dans la région. C’est loin d’être un drame, puisque l’AGL-LGBT veut en finir une bonne fois pour toutes avec la ségrégation basée sur l’orientation sexuelle. 

«Les bars, on voulait mettre ça de côté. Ce qu’on souhaite, c’est faire des rassemblements axés sur le dialogue. Le comité va donc proposer une nouvelle formule. Les 5 à 7 se tiendront de Dolbeau à Chicoutimi et seront annoncés une semaine à l’avance sur notre Facebook. Ça va permettre aux gens de se déplacer là où ils veulent et quand ils veulent. Ça vient avec le dynamisme qu’on veut amener. On ne veut plus être à l’écart, dans une salle. On veut afficher une visibilité», explique Alain Lévesque, qui insiste sur le fait que les hétérosexuels sont aussi les bienvenus à l’AGL-LGBT. Pour grossir les rangs du groupe et ainsi joindre ses quelque 70 membres, il suffit d’acheter une carte. Les membres actifs paient 15$ et les sympathisants, qu’Alain Lévesque et Daniel Gosselin qualifient d’«alliés», déboursent 12$. La seule différence relève du fait que seuls les membres actifs ont le droit de vote. Au cours des prochains mois, des efforts seront consentis pour mettre l’organisme à l’avant-plan et mousser ses effectifs. Avec la même ardeur, le C.A. tentera de faire en sorte que l’aide ponctuelle versée par le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) devienne une enveloppe annuelle récurrente consacrée au déploiement des activités de l’AGL-LGBT, dans sa mission première. Québec a donné le ton, en 2009, en implantant un bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Dans chaque région de la province, des organismes comme l’AGL-LGBT ont plus que jamais leur raison d’être.

Vitrine

Pour rebondir sur le thème de la visibilité, précisons que l’AGL-LGBT profitera d’une vitrine au potentiel assez fécond le 21 avril, à Roberval. Dans le cadre de l’activité Cabane à sucre au centre-ville, l’association lèvera le voile sur le projet Vitrine musée, né d’une association entre la Cité riveraine et sa chambre de commerce. L’objectif est de procurer un foisonnement aux devantures de boutiques inhabitées en y installant des oeuvres consacrées à des organismes communautaires. Ainsi, les façades de deux boutiques du boulevard Saint-Joseph, en plein coeur du centre-ville, seront enjolivées par la mise en exergue de deux oeuvres. La première se consacrera aux luttes de la communauté LGBT à travers les époques, tandis que la deuxième placera sous les projecteurs trois familles homoparentales. 

«Dans la vitrine consacrée aux luttes, on va rappeler les combats menés dans les années 60, alors que des personnes homosexuelles étaient emprisonnées. En 1970, on mettait encore les gens en psychiatrie! Pour ce qui est de la vitrine sur les familles homoparentales, nous aurons une famille avec des parents gais, une famille lesbienne et une famille trans», formule Alain Lévesque. Ce projet, primé par le gouvernement du Québec, a été exporté en Europe et devrait faire son chemin à l’international. 

Deux époques, une vision

Alain Lévesque est sorti du placard en 1967, à l’âge de 18 ans. C’était avant la décriminalisation de l’homosexualité par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, survenue en 1969. Malgré les tabous de l’époque, le ‘‘coming out’’ d’Alain Lévesque s’est fait tout en douceur, à l’image de l’homme. «Tout est lié à la façon dont on s’assume et dont on se perçoit», résume celui qui confie s’être toujours bien senti dans son corps et dans sa tête, en harmonie avec son orientation sexuelle. 

Alain Lévesque a vu la situation de la communauté homosexuelle évoluer, pour le mieux, au fil des ans. Cependant, l’homophobie est un phénomène qui existe encore, en 2018. «On sent que l’accueil est plus favorable chez les femmes. Selon les statistiques, la proportion, en ce qui concerne l’accueil, est de 60 pour cent chez les femmes et de 40 pour cent chez les hommes», cite Alain Lévesque, lui qui estime à environ 27 000 le nombre de lesbiennes, gais, bisexuels et trans vivant au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cela correspond aux statistiques générales de 10 pour cent d’une population donnée.

Expérience positive

Daniel Gosselin, issu d’une petite localité, a lui aussi vécu une expérience positive lorsqu’il a affiché ses couleurs à la fin de son secondaire. Son homosexualité a été bien accueillie par la famille. Le jeune homme, très impliqué dans les activités de son regroupement, croit cependant que des combats demeurent. «Des événements comme la tuerie d’Orlando, ça me fait très peur. Ce qui se passe en Russie et la montée de l’extrême droite m’effraient beaucoup», confie-t-il.Daniel Gosselin s’est aussi trouvé un cheval de bataille dans le phénomène des thérapies de conversion, ces organisations occultes qui font la promotion de l’hétérosexualité et qui tentent de changer l’orientation des gens par l’entremise de douteux modus operandi. «Il y a un groupe qui s’appelle ‘‘Ta vie, ton choix’’. Je sais que de la promotion pour ce groupe est faite ici même en région. Même au défilé de la fierté, à Montréal, des gens distribuent des tracts. Ça m’interpelle beaucoup», mentionne Daniel Gosselin.

Alain Lévesque se souvient de l’année 1992, laquelle a marqué le décès de son conjoint de l’époque. «J’ai réclamé la pension du survivant, mais ma demande a été refusée parce qu’à ce moment-là, la Loi n’accueillait pas les conjoints de même sexe», met-il en relief. 

Un comité trans

L’intégration des trans, dont la voix se fait entendre de façon de plus en plus affirmée dans la société, a bousculé certaines habitudes.

«Nous avons créé un nouveau comité trans à même notre regroupement. Pour ces personnes-là, c’est souvent plus difficile en région par rapport aux grands centres. Elles font face à des problématiques majeures et l’une d’entre elles est l’emploi. Pour quelqu’un qui est en transition, arriver dans le milieu de travail avec une barbe, du rouge à lèvres et une jupe, ça peut être très complexe», pointe Daniel Gosselin, qui précise que les membres de la communauté trans affiliés à l’AGL-LGBT se rencontrent aux trois semaines au Cégep de Chicoutimi pour discuter.