Jean Guérin aime conseiller les clients et accorde beaucoup d’importance au service.

Jean Guérin, horloger de troisième génération

Entre le tic-tac des montres et le tintement des horloges, dans l’arrière-boutique d’une petite bijouterie de La Baie, un homme travaille avec rigueur et compétence, penché sur de fines pièces qui requièrent de lui une précision considérable.

Cet homme, Jean Guérin, pratique son métier depuis la fin des années 70. À la profession d’horloger, apprise sur le tas auprès de son père René, il a ajouté plusieurs cordes, notamment la gemmologie. Son grand-père, Jos Guérin, venu des États-Unis pour s’établir en région en 1910, aurait sans doute les yeux aussi brillants qu’un diamant s’il savait que 100 ans après l’ouverture de son commerce, son petit-fils garde le fort.

La bijouterie René Guérin fête cette année ses 100 ans. Si la vente et la réparation de bijoux forment dorénavant une partie importante du chiffre d’affaires de l’entreprise, l’horlogerie, dans sa plus pure tradition, occupe toujours une bonne partie de l’agenda de Jean Guérin.

« Avec les changements technologiques et les nouvelles tendances, le métier a beaucoup changé. Il y a eu l’avènement du quartz, qui a changé la donne. Il n’y a plus beaucoup d’horlogers en région, mais ce métier est toujours nécessaire et malgré tout on peut dire que l’horlogerie est quand même restée forte », a-t-il relevé, au cours d’une entrevue réalisée à quelques jours de Noël, alors que les clients se présentaient nombreux, à la recherche de la perle rare.

Manifestement fort occupé à servir les besoins de tout ce beau monde en quête du bijou parfait pour l’être cher ou pour un proche, Jean Guérin a pris le temps de parler du métier, qu’il a épousé un peu par hasard en 1976.

Troisième génération

Jos Guérin est venu de New Bedford, au Massachusetts, avec ses parents au début du 20e siècle, à une époque où la région, en plein essor industriel, recelait d’intéressantes possibilités en matière d’emploi. Il s’est établi à Jonquière, avant de se tourner vers La Baie pour y ouvrir boutique en 1918.

C'est le grand-père de Jean Guérin, Jos, qui a ouvert boutique à La Baie il y a 100 ans.

Fait inconnu de Jos Guérin, tel que relaté par son petit-fils : une certaine demoiselle Dubois, également issue d’une famille américaine, avait aussi élu domicile dans l’ancienne ville de la Consol. Le couple a convolé en 1920 et a eu dix enfants. Le commerce de Jos Guérin a longtemps été florissant. Il était bien plus qu’un horloger, cet expatrié, lui qui ajustait des lunettes et tenait un petit restaurant.

Dans les années 50, René Guérin, le père de Jean, a pris la relève. Puis, le moment venu de passer le flambeau, il s’est avéré que seul Jean, huitième de neuf enfants, présentait un intérêt. Il reconnaît maintenant que cet intérêt était d’abord mitigé. Contrairement aux autres membres de la fratrie, il n’avait à peu près pas travaillé à la bijouterie de son père. En 1976, à la fin de ses études secondaires, il a mis la main à la pâte. Jean Guérin y a pris goût.

L’industrie de l’horlogerie et de la bijouterie se trouvait alors en pleine effervescence, et il a vu là un défi intéressant, une carrière qui pourrait être à la fois enrichissante et stimulante.

« Ma mère a posé des questions à bien des enfants pour trouver de la relève. Finalement, j’ai essayé et ç’a fonctionné. Je n’avais jamais travaillé ici avant 1976. Et en 1976, l’horlogerie, c’était très fort. On avait toujours une centaine de modèles de montres en stock », raconte celui qui, en 2018, juge important d’en tenir un éventail intéressant.

« Mon père ne parlait pas beaucoup, mais il était très compétent. Il voyait toujours la petite graine qui pouvait empêcher une montre de fonctionner. Les années de pratique m’ont donné des habiletés », convient Jean Guérin.

En 1978, le jeune baieriverain s’est envolé en France pour y faire un stage en gemmologie. Ce domaine l’a envoûté et celui qui a officiellement acquis le commerce de son père en 1985 a continué de se perfectionner tout au long de sa vie professionnelle, par l’entremise de stages et de formations.

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UN HORLOGER À L'ÉCOUTE

Jean Guérin a appris son métier auprès de son père, puis a pris part à plusieurs stages et formations tout au long de sa carrière.


Ce qui a permis à Jean Guérin de se démarquer et de continuer à tenir les rênes d’une bijouterie en santé est, de l’avis de l’horloger, le fait qu’il soit demeuré attentif aux besoins de sa clientèle. 

Le propriétaire n’a jamais délaissé l’horlogerie et encore aujourd’hui, il peut réparer des mécanismes d’horloges vieilles de dizaines d’années. À pendule, avec balancier, coucou. Chaque tintement et chaque bruit provenant de l’un des mécanismes de ces gardiennes du temps rappelle tout le savoir-faire contenu entre les quatre murs de ce bâtiment de la rue de la Fabrique depuis 100 ans. 

« On ne vend pas juste un bijou, ici. On vend de la qualité. Moi, ce que je veux éviter, c’est que les gens reviennent pour un remboursement ou une note de crédit. Je veux qu’ils soient satisfaits et jamais je ne vais vendre un bijou qui n’est pas de qualité », assure le commerçant.

À l’ère d’Internet et du commerce en ligne, Jean Guérin convient que la compétition peut être féroce. Mais attention ! Acheter un diamant ou des perles en ligne ne vient pas sans risque. Il y a d’abord le risque d’acheter un bijou qui n’est pas sur la coche, puis celui de se retrouver avec une garantie limitée.

« Quand tu achètes sur Internet, le service est inexistant. Moi, je suis très sélectif dans les produits que j’achète de mes fournisseurs. Si j’ai des doutes, si je ne suis pas satisfait, je ne touche pas à ça. Je ne veux pas vendre un bijou qui va revenir dans un mois », insiste-t-il. 

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DES BIJOUX AUX PETITS OIGNONS

L’horloger traite aux petits oignons les montres et les bijoux qui lui sont confiés pour réparation, peu importe leur valeur. 

Il cite l’exemple du propriétaire d’une montre-bracelet de 29,95 $ dont la valeur était, à ses yeux, inestimable.

« Ce n’est pas à moi de juger de la valeur d’un bijou. Qu’il vaille 1500 $ ou quelques dizaines de piastres, ça ne change absolument rien. C’est une question de respect et je fais les réparations de la même façon. Quand je vais au garage, j’aime savoir que ma voiture a été bien réparée. Ici, c’est la même chose », note Jean Guérin.

À environ cinq ans de la retraite, Jean Guérin pose un regard empreint de fierté sur les 40 dernières années. Il est heureux d’avoir accepté de prendre la relève et d’être ainsi devenu le digne représentant de son grand-père et de son père, d’avoir contribué à la vitalité commerciale de son milieu, tout en faisant un travail qu’il aime.

Dernier chapitre 

L’histoire de famille amorce toutefois son dernier chapitre puisque les enfants de Jean Guérin ont opté pour des carrières qui n’ont pas de lien avec l’horlogerie et la bijouterie. Pas de problème, mentionne leur père. Ils sont heureux et c’est ça qui compte. 

Heureux, comme leur papa qui, pendule ou perle entre les doigts a, à sa façon, marqué son temps.