Dans le métier, tous les journalistes traînent dans leur besace une histoire dont ils sont fiers et qui a marqué leur carrière.

Hommage à un grand artisan de l’information

En septembre 1951, le jeune journaliste Bertrand Tremblay couvrait l’inauguration du boulevard Talbot par Maurice Duplessis, qui profita de son passage à Chicoutimi pour informer le clergé local que la région n’aurait jamais les moyens de se payer une université. Aujourd’hui, 7000 étudiants fréquentent le campus qui compte 15 pavillons.

Cette simple description illustre bien la carrière exceptionnelle de celui qui a été aux premières loges de la transformation de la société québécoise et régionale pendant 68 ans. Elle a été interrompue par deux pneumonies survenues alors qu’il tenait toujours une chronique dans la page 12 du Quotidien, à l’âge de 88 ans. Une page qu’il a habitée depuis la création de ce journal.

Bertrand Tremblay a croisé sur son chemin pas moins de 10 premiers ministres du Québec, et aussi le grand Jean Béliveau alors qu’il couvrait la scène sportive. Il a toujours conservé un intérêt pour le hockey et se permettait à l’occasion un commentaire sur la performance des Saguenéens alors qu’il dirigeait la page éditoriale.

Pendant toutes ces années, Bertrand Tremblay a été gouverné par une seule considération, nonobstant le propriétaire du journal: «Le bien public. C’est toujours que ce que je considérais quand je prenais la plume pour commenter l’actualité. Quand les gens me parlaient de mes convictions politiques, je répondais tout simplement ‘‘le bien public’’, et que ce soient des péquistes ou des libéraux, quand ils s’égaraient de cette règle, je n’hésitais pas à les dénoncer.»

Bertrand Tremblay passe en ce moment sa carrière en revue. Il rédige ses mémoires à partir de ses premiers pas dans la ville de Port-Alfred. Malgré une mémoire phénoménale, notre ex-collègue se fait une fierté de vérifier minutieusement les faits avec des ouvrages historiques ou des dossiers qu’il a constitués au fil des ans.

«Les faits, uniquement les faits qu’il faut toujours vérifier afin de bien informer les lecteurs», insiste Bertrand Tremblay. Il s’est toujours fait un devoir, pendant sa carrière, de publier des textes documentés que les décideurs pouvaient difficilement critiquer.

Fait d’arme
Dans le métier, tous les journalistes traînent dans leur besace une histoire dont ils sont fiers et qui a marqué leur carrière. Bertrand Tremblay réfléchit quelques secondes et tranche sans aucune hésitation quand on lui demande ce qui le rend le plus fier au terme de cette longue carrière.

«À la fin des années 1970, Alcan a annoncé la construction de l’aluminerie de La Baie. Les syndicats ont laissé circuler l’information à l’effet que l’entreprise allait transférer le centre de recherche à Kingston. Ils voulaient fermer l’un des plus importants centres de recherche du Canada, lequel se trouvait dans la région. J’ai pris la plume et j’ai descendu Alcan en enfer dans trois éditoriaux. Ils ne l’ont pas admis, mais trois mois plus tard, ils renversaient la décision et avec le temps, j’ai su que mes éditoriaux avaient pesé lourd dans leur décision.»

Bertrand Tremblay passe en ce moment sa carrière en revue. Il rédige ses mémoires à partir de ses premiers pas dans la ville de Port-Alfred.

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LES TIRAILLEMENTS CHICOUTIMI-JONQUIÈRE

Pendant sa carrière de 68 ans, Bertrand Tremblay s’est retrouvé au coeur des tiraillements Chicoutimi-Jonquière alors que Le Soleil, Le Progrès et Le Réveil du docteur Henri Vaillancourt de Jonquière se livraient une féroce bataille, tant pour les marchés publicitaires que pour les primeurs.

«Les gens de Jonquière lisaient les journaux de Chicoutimi et c’est tout», témoigne aujourd’hui celui qui a grandi à l’ombre des cheminées d’Alcan après le déménagement de sa famille de Port-Alfred.

Bertrand Tremblay rappelle cet épisode non pas pour nous ramener aux guerres de clochers, mais pour rendre hommage à celui qu’il considère comme le véritable instigateur du projet d’école de journalisme à Jonquière.

«Le Soleil a organisé des consultations de citoyens pour comprendre ce qui se passait. J’ai finalement décidé d’ouvrir un bureau du Soleil à Jonquière. J’ai nommé à sa tête le journaliste Gaston Ouellet, un Louis Tremblay en plus chiâleux. C’est lui qui a compris qu’il fallait une école de journalisme dans la région et a initié les démarches. On ne l’a jamais vraiment reconnu», aime rappeler l’éditorialiste à la retraite.

De grands Jonquiérois

Bertrand Tremblay y va d’un autre constat qu’il tire de cette relation souvent difficile entre les deux grandes villes du Saguenay. Il est plus que reconnaissant aujourd’hui à l’endroit de Jonquiérois, dont le rôle fut déterminant lors de la création de l’Université du Québec à Chicoutimi. À ce titre, il juge leur apport encore plus considérable que les efforts déployés par bien des Chicoutimiens. Ceux-ci auraient pu faire davantage pour aider l’université régionale.

«Gérard Arguin, le directeur du Cégep de Jonquière, a littéralement sauvé l’UQAC quand il a assumé le rectorat. Gérard Bouchard a décidé de rester à Chicoutimi et a donné ses lettres de noblesse à notre université. Et que dire de Bernard Angers, ce grand mandarin de l’État qui a accepté le poste de recteur? Quand il est entré en fonction, il n’y avait qu’un pavillon. Quand Bernard Angers est décédé, le campus en comptait 15. Son ami et premier ministre, le Jonquiérois Lucien Bouchard, l’avait autorisé à construire le pavillon des humanités malgré la précarité des finances du Québec.»

Il faut dire que le développement de l’université fut sans aucun doute au centre de la carrière de l’éditorialiste. À ce propos, il estime que la région doit beaucoup à son bon ami Paul-Gaston Tremblay. Le comptable agréé, aujourd’hui décédé, a doté l’UQAC des outils nécessaires afin d’attirer des chercheurs de calibre international, le tout grâce à une fondation qui soutient les étudiants en maîtrise et au doctorat. louis tremblay