Les élèves de Line Bélanger (agenouillée à l’avant) viennent à temps partiel ou à temps plein, entre trois et 21 heures par semaine, les lundis, mardis et mercredis toute la journée, ou le jeudi en avant-midi. Ils sont accompagnés de Marie Tremblay, à droite, celle qui a créé la fleur.

Groupe d'intégration sociale du CFGA: la classe devenue famille

Fabiola s’est fait des amis, Roberto et Carmen ont trouvé une famille, Gisèle est la grand-maman du groupe. Ils sont attablés, concentrés sur leurs tâches et discutent en s’amusant. Incursion au coeur du groupe d’intégration sociale du Centre de formation générale des adultes de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

«J’adore venir ici. J’ai appris terriblement. Je viens chercher ce que je n’ai pas», mentionne Fabiola Bergeron en regardant ses amis. Le sourire aux lèvres et les yeux pétillants, elle se réjouit d’avoir fait de belles rencontres, à commencer par Line Bélanger, l’enseignante du groupe de 25 élèves.

«On ne peut rien refuser à Mme Line. Elle est super. Ici, j’ai beaucoup de fun, je viens chercher beaucoup d’énergie», ajoute Mme Fabiola.

Le programme du ministère de l’Éducation vise à briser l’isolement chez les personnes, à les amener à socialiser et à s’impliquer dans leur milieu pour différentes causes. Les élèves viennent à temps partiel ou à temps plein, entre trois et 21 heures par semaine, les lundis, mardis et mercredis toute la journée, ou le jeudi en avant-midi.

«Il y a des gens de tous les milieux, des personnes à la retraite, des personnes vivant seules, en résidence, autonomes dans leur appartement. Il y en a aussi en famille d’accueil parce qu’il y a des personnes avec des déficiences intellectuelles ou physiques légères», explique Line Bélanger.

Selon elle, l’impact est très positif parce que les élèves se sentent impliqués et mobilisés.

Le programme du ministère de l’Éducation vise à briser l’isolement chez les personnes, à les amener à socialiser et à s’impliquer dans leur milieu pour différentes causes.

La «grand-maman» du groupe, Gisèle Boivin, 87 ans, ne se passerait plus de cette activité. Nouvellement inscrite, elle vient trois fois par semaine. Son mari est décédé il y a 11 ans et elle se dit en bonne santé. L’ennui commençait à peser lourd, seule chez elle, même si ses enfants sont près d’elle.

«Je suis tellement contente! Je ne veux pas en manquer, j’aime ça c’est terrible. J’ai toujours hâte de venir. J’étais seule à la maison et c’est ma femme de ménage qui m’en a parlé. Ici, ce sont tous mes enfants à moi!», exprime fièrement Mme Boivin.

Comme son amie Fabiola l’a fait quelques minutes auparavant, elle confirme que l’enseignante fait toute la différence. «Elle est tellement bonne. Elle est dévouée, elle est très gentille.»

Au cours des dernières semaines, les élèves ont travaillé très fort pour confectionner des boutonnières blanches, un projet en collaboration avec la Table de concertation en violence conjugale et agression sexuelle du fjord. C’est Katy Langevin, travailleuse sociale au pavillon Durocher, mais aussi membre de la table, qui a approché l’enseignante (voir autre texte). Au total, ce sont quelque 600 fleurs qui ont été confectionnées dans le cadre des 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes qui se tiennent du 25 novembre au 6 décembre.

La «grand-maman» du groupe, Gisèle Boivin, 87 ans, ne se passerait plus de cette activité.

«Nous avons travaillé sur ce projet depuis le mois de septembre. Tout se fait dans la classe. À travers cette activité, et tout au long de l’année, nous poursuivons notre programme d’intégration sociale, nous travaillons nos habiletés de communication, de travail, de psychomotricité.»

Le fait de participer aux 12 jours d’action contre la violence permet aussi aux élèves de discuter de la problématique et de s’ouvrir, certains d’entre eux en ayant été témoins et même victimes.

«Ils échangent, partagent, socialisent, s’impliquent. En redonnant à la communauté, ils se sentent utiles. Et ils ne disent jamais non! Ils ont même participé à un atelier de graffiti avec des jeunes du pavillon Durocher», souligne Mme Bélanger.

Lors du passage du Progrès, mercredi, les élèves étaient bien fiers de montrer leur travail et de parler de leur implication. Roberto Fortin, lui, était particulièrement heureux de pouvoir s’impliquer malgré son handicap visuel.

«On ne parle pas souvent des gens handicapés, mais nous pouvons nous impliquer de différentes façons. Il y a des choses que nous pouvons faire. J’ai des problèmes visuels, mais j’ai développé d’autres sens. Je veux montrer que je suis capable de m’impliquer. Ça me donne un sens. Nous avons un grand coeur et nous pourrions donner la terre entière, a-t-il dit, ému, en regardant son épouse des sept dernières années, Carmen Sauvé, qui fait également partie de la classe. Ça m’a amené une belle grande famille. Une famille que je ne pourrai jamais oublier.»

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UNE BOUTONNIÈRE POUR SENSIBILISER

La Table de concertation en violence conjugale et agression sexuelle s’implique depuis trois ans dans les 12 jours d’action contre la violence faite aux femmes. La première année, les membres ont offert des roses naturelles et l’idée d’impliquer la classe d’intégration sociale de Line Bélanger est née l’année dernière. 

Katy Langevin est travailleuse sociale pour la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, mais c’est en tant que membre de la table qu’elle a eu l’idée de faire participer les élèves. Selon elle, ça leur permet de s’impliquer, de parler de la problématique et de les sensibiliser. 

Les quelque 600 boutonnières blanches qui ont été confectionnées seront distribuées sur le territoire de La Baie et du Bas-Saguenay.

« L’année passée, on a eu l’idée de faire affaire avec Line Béanger et ses élèves. Ils avaient confectionné de petites fleurs au crochet. C’était très joli, mais quand même très long à faire. Cette année, ils nous ont proposé un autre modèle et on s’est dit que c’était maintenant le modèle que la table allait adopter pour les prochaines années », a expliqué Mme Langevin. 

Selon elle, la Table de concertation, qui est composée d’une dizaine d’organismes, dont la Sécurité publique de Saguenay, le CIUSSS et une procureure de la Couronne, se mobilise autour de différents projets. Chaque année, des activités de formation, de prévention et de promotion de la défense de la violence et des agressions sont organisées. 

« On en profite aussi pour véhiculer et transmettre le message de la non-violence envers les femmes. On dit aux gens qu’en portant cette fleur, ils se positionnent contre les violences faites aux femmes. Elle permet d’avoir un échange, une discussion. Les gens posent des questions. Nous avons aussi souvent de beaux témoignages de gens qui ont été victimes ou qui connaissent quelqu’un qui l’a été. »

Les 12 jours d’action prennent fin le 6 décembre, date à laquelle est survenue le drame de l’école Polytechnique à Montréal.

La «grand-maman» du groupe, Gisèle Boivin, 87 ans, ne se passerait plus de cette activité.
La travailleuse sociale Katy Langevin est entourée de Marie Tremblay, apparitrice, et de Line Bélanger, enseignante.