Génération de communauté spontannée

SPIRITUALITÉ / J’entends souvent de vives critiques sur les réseaux sociaux. On dit qu’ils sont virtuels, pas réels. Que les gens s’isolent devant leur écran et ne sont plus présents dans le monde qui les entoure. Même si cette dernière remarque est parfois bien justifiée, il arrive aussi que des événements réels surviennent sur les réseaux sociaux auxquels on s’en voudrait de ne pas avoir pu participer. La privation des outils qui permettent d’y accéder aurait pour conséquence qu’on ne serait jamais témoin de telles expériences.

Aux soins intensifs

C’est arrivé dernièrement. Une animatrice de communauté de Google+, Natalie Villalobos, s’est épanchée de sa tristesse de savoir que sa cousine australienne de 10 mois, atteinte d’une maladie très grave, se retrouvait aux soins intensifs. 

Tous les habitués des réseaux sociaux voient passer des messages de ce type chaque jour. Natalie a rapporté avoir demandé à sa grand-mère ce qu’elle pouvait faire pour aider sa cousine et sa famille. 

La grand-maman lui a simplement répondu : « Nous avons mis en place une chaîne de prière dans notre cercle d’amis et nous allons prier à 19 h (heure du Pacifique) pour Mia ». Natalie a été touchée par cette initiative et l’a relayée sur son compte Google+, en invitant ceux et celles qui le voulaient à se joindre à cette chaîne de prières.

À l’écoute

En moins de temps qu’il le faut, plus de 1200 internautes ont cliqué sur +1 (équivalent du « J’aime » de Facebook). Plus de 250 ont partagé la publication, et plus de 450 abonnés de Google+ ont inscrit un commentaire pour indiquer qu’ils prieraient pour Mia à 19 h ou à d’autres moments. Quelqu’un a écrit : « De toute façon, Dieu est à l’écoute 24 h sur 24 et 7 jours sur 7».

Ce qui m’a épaté, en faisant défiler la liste des commentaires, c’est de prendre conscience que la petite Mia, 10 mois, a attiré vers elle des prières, des pensées ou des ondes positives – appelez ça comme vous voulez – de tous les coins de la planète. En quelques heures, une communauté spontanée s’est réunie autour d’un petit être fragile, peut-être voué à la mort.

Vous en ferez ce que vous voudrez, mais moi, ça me touche que des gens soient capables de se mettre ensemble, sans se connaître ni se fréquenter par la suite, simplement pour soutenir un bébé hospitalisé, une vie pratiquement anonyme, quelque part sur le continent australien.

Capacité d’appel

Cela m’incite à croire en la forte capacité d’appel qui naît de la fragilité. L’humanité est encore capable de répondre à de tels appels. Il y a tellement d’autres exemples comme celui-ci que ça ne peut que nourrir notre espoir que ce monde n’est pas seulement un agrégat d’individualistes au coeur endurci.

Merci Natalie, que je ne connais pas, de m’avoir montré l’existence de Mia et d’avoir appelé ma compassion à se manifester au sein d’une communauté qui n’existe déjà plus, mais qui persiste certainement quelque part, dans le coeur de chacun de ses membres.

Jocelyn Girard,

agent de pastorale