Faire l’unité entre chrétiens: viser l’impossible

CHRONIQUE / La troisième semaine de janvier, déclarée Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, remet dans l’actualité le rêve des baptisés du monde entier « d’être un comme le Père et Jésus sont un » (cf. Jean 17, 21). Mais convenons ensemble que ses disciples, encore aujourd’hui, sont bien loin d’accomplir la volonté de leur Maître. En réalité, l’unité des chrétiens n’est pas qu’un simple voeu. Il s’agit plutôt d’un devoir. Car la finalité de cette communion n’est pas de faire en sorte que les fidèles de toutes les composantes du christianisme finissent par se reconnaître de la même famille, comme une fédération de gens purs qui pourraient enfin afficher une supériorité face aux autres! Au contraire, le but de l’unité est de révéler au monde l’existence de Dieu et la mission d’amour de son Fils.

Le Mahatma Gandhi, qui a admis avoir beaucoup de respect pour le christianisme et pour le Christ, affichait cependant un certain mépris pour les chrétiens. Ainsi a-t-il affirmé : «Sans doute serais-je chrétien, si les chrétiens l’étaient 24 heures par jour.» Ou encore : «Si tous les chrétiens savaient se comporter comme le Christ, alors le monde entier serait rempli de chrétiens.»

Gandhi remettait en question la cohérence entre le témoignage de vie et la foi confessée.

Pendant une semaine, des rencontres comme celle qui se tiendra le 22 janvier, à 19h, en l’église Notre-Dame-de-la-Paix de Jonquière, tentant de réunir des responsables et des fidèles d’églises aux affiliations parfois tendues entre elles ou qui s’ignorent le plus souvent, veilleront à se remémorer le désir de leur Seigneur, tout en découvrant, au final, que ce n’est pas si difficile à réaliser lorsqu’il s’agit d’être ensemble pour fraterniser, prier et célébrer, plutôt que de débattre sur les différends historiques et doctrinaux.

Le problème de la doctrine…

Certes, les divisions entre chrétiens sont dues, pour une part, à des divergences culturelles. On sait que l’Orient et l’Occident avaient des vues différentes sur les mystères chrétiens, dès les premiers siècles de l’Église. Cela devenait plus grave lorsqu’il s’agissait de débattre de théologie et de s’entendre sur des formulations. Il est souvent arrivé que l’on s’excommuniait les uns les autres, plutôt que de chercher à demeurer dans la voie de l’unité.

L’unité des chrétiens a été maintenue dans l’Antiquité, parfois au prix de certaines violences. C’est au tournant du premier millénaire que l’Église a été la plus ébranlée, lorsque la faille entre l’Orient (orthodoxie) et l’Occident (Rome) s’est fracturée définitivement. Ensuite, 500 ans plus tard, c’est l’Occident lui-même qui se fractionnait en plusieurs dénominations protestantes qui ne cessent de se ramifier.

Aujourd’hui, le dialogue théologique se passe surtout entre théologiens. Un grand nombre de nuances dans les formulations de foi seraient devenues supportables. Ces discussions sont longues, mais non dénuées de fruits. Par exemple, l’Église catholique reconnaît le baptême de nombreuses églises protestantes et évangéliques, et l’inverse est de plus en plus vrai.

Retrouver le coeur de l’Évangile

Si nous relevions le défi posé par Gandhi en vivant notre foi 24 heures par jour, nous pourrions peut-être apporter au monde un véritable témoignage d’amour, de foi et d’espérance, sans oublier la justice, le thème de cette année.

Si nous savions regarder nos frères et nos soeurs dans la foi avec les yeux du Christ lui-même, peut-être serions-nous plus en mesure de nous pardonner mutuellement et de commencer un chemin ensemble.

Si nous étions simplement conscients que l’unité est le fruit de la foi au Dieu de Jésus, nous cesserions de détester tout ce qui nous sépare, non seulement des autres chrétiens, mais également de tous les humains.

Si nous changions notre regard en devenant « voyant », comme l’aveugle retrouvant la vue et découvrant l’horizon de paix et de justice apporté par le Christ, peut-être alors commencerions-nous à ne faire qu’un avec le Christ, comme lui ne fait qu’un avec le Père…

Jocelyn Girard,

Institut de formation théologique et pastorale