Estelle Bélanger et Valérie Deschamps, deux mamans qui étudient à l’UQAC, annoncent la relance du Regroupement Parents-Étudiants de l’université.

Faciliter la vie des parents-étudiants

Les parents-étudiants de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ont désormais des ressources et une voix.

Un regroupement consacré à cette portion de la clientèle vient de relancer ses activités, après presque quatre années passées en veilleuse. Comme il est estimé que près du quart de la communauté étudiante est formée de pères et de mères, la renaissance de l’organisme était, de l’avis de ses dirigeantes, impérative.   

Estelle Bélanger et Valérie Deschamps, respectivement présidente et secrétaire-trésorière du Regroupement parents-étudiants (RPE-UQAC) sont heureuses de pouvoir officiellement annoncer que l’organisme reprend du service. L’an passé, des parents ont mis en relief le fait que leur communauté n’était pas dûment représentée entre les murs de l’université. À ce moment, Valérie Deschamps, étudiante à la maîtrise en sciences cliniques et biomédicales et maman de deux enfants, a constaté qu’il n’y avait effectivement plus aucune ressource en matière de conciliation études-familles à l’UQAC. Il s’agissait, selon elle, d’une aberration. Au même moment, Estelle Bélanger, étudiante en travail social et mère d’un petit garçon de quatre ans, lançait un appel sur la défunte page Facebook du RPE-UQAC pour mesurer l’intérêt de la gent étudiante à faire renaître le regroupement.

C’est donc dans ce contexte que les deux mamans ont uni leurs forces pour redémarrer les activités du RPE. Elles ont mis la main sur un local situé près de la cafétéria, dans lequel un bureau de travail, une petite salle de jeu, un parc, une table à langer et un fauteuil d’allaitement ont été installés.

«Nous avons également fait des démarches auprès du module de travail social afin d’établir un partenariat dans le but d’ouvrir des séances de discussion spécifiquement pour les parents étudiants. La première mouture de ces groupes de discussion a eu lieu cette semaine. Les rapports finaux et les enregistrements permettront non seulement aux étudiants en travail social de perfectionner leurs techniques d’animation de groupe et d’être sensibilisés aux spécificités de cette clientèle, mais au RPE-UQAC et à toutes les instances concernées de mettre en place des solutions concrètes et durables afin de rendre plus accessible la conciliation travail-famille et réussite scolaire», explique Estelle Bélanger.

Au-delà de la mise en place d’un espace réservé à l’usage exclusif des parents étudiants et à leur progéniture, le RPE-UQAC s’est fixé pour objectif de créer une communauté vivante, dont les membres ont pour dénominateur commun de poursuivre des études universitaires tout en élevant des enfants.

«On veut créer un lieu de rencontre et une communauté forte. Tout étudiant qui a à sa charge un enfant est considéré comme un parent étudiant. On peut donc avoir des belles-mères et des beaux-pères qui vont utiliser nos services. Ce qu’on veut, c’est se mobiliser ensemble autour de la famille et de la réussite scolaire», note Valérie Deschamps, qui amorcera, en septembre, un doctorat en neuropsychologie. L’élément réussite scolaire est important aux yeux des deux femmes. Valérie Deschamps et Estelle Bélanger souhaitent de tout coeur être en mesure de fournir des outils permettant aux parents étudiants de ne pas crouler sous les difficultés, puis décrocher.

De nombreux défis pour Estelle Bélanger

Pour des parents de jeunes enfants, les défis relatifs à la concrétisation d’un projet d’études sont nombreux. 

Estelle Bélanger en sait quelque chose, elle qui règle souvent son réveille-matin à 4h afin de profiter de moments de tranquillité, qu’elle utilise pour la révision de ses travaux. De l’avis de l’étudiante de deuxième année en travail social, la présence d’un local adapté aux réalités des parents donne un sérieux coup de pouce lorsque les ressources en gardiennage se font rares ou, comme ce fut le cas cette semaine, une tempête force la fermeture des écoles. 

Les membres de l’exécutif du RPE-UQAC souhaitent aussi combler le manque de ressources psychosociales disponibles pour les parents étudiants. Des pochettes contenant pamphlets, coordonnées et listes d’organismes communautaires et sociaux sont offertes en soutien. 

La nouvelle mouture du regroupement en est à ses balbutiements, mais nourrit déjà des ambitions porteuses. Des liens seront tissés avec le service de grade de l’université, dont l’ouverture est prévue en août.

Valérie Deschamps, qui est membre du conseil d’administration de l’Univers des petits magiciens, se réjouit que le ministère de la Famille du Québec ait donné son aval à la création d’une garderie de huit places entre les murs du pavillon Nikanité. 

«Selon un sondage mené par le MAGE-UQAC, 75 pour cent des parents étudiants sont des femmes. Le tiers sont monoparentales et ont deux enfants», cite Estelle Bélanger, qui estime que ces données parlent d’elles-mêmes et viennent confirmer la nécessité de soutenir les parents étudiants.

En plus d’étudier en administration à temps plein à l’UQAC, Serge Guillaume occupe un emploi de réserviste deux jours par semaine à la Base de Bagotville. La conciliation travail-famille-études forme le lot du quotidien de celui qui est aussi copropriétaire du centre d’amusement Savana et papa de deux fillettes, Naïma et Lyana.
Les deux filles de Serge Guillaume, Naïma et Lyana.

UNE CONCILIATION MULTIPLE

La conciliation études-familles n’est pas l’apanage des femmes. Serge Guillaume, étudiant au baccalauréat en administration, en est l’exemple type. Et dans son cas, il est question de conciliation à plusieurs chapitres puisque le papa de deux fillettes occupe un boulot à temps partiel et porte aussi le chapeau d’entrepreneur.

Le militaire de carrière, devenu réserviste, est retourné sur les bancs de l’école en 2013. La même année, il est devenu papa de Naïma, aujourd’hui âgée de quatre ans. Avec deux collègues universitaires, Serge Guillaume a développé un projet d’affaires. L’année suivante, le centre d’amusement Savana a vu le jour à Chicoutimi. Depuis ce temps, il concilie famille, études, travail et entrepreneuriat. Si Serge Guillaume convient que l’atteinte et le maintien de l’équilibre demeurent une préoccupation constante, le papa étudiant à temps plein, qui travaille deux jours semaine à Bagotville, croit qu’il est possible d’y arriver. 

Impliqué dans la relance du Regroupement des parents étudiants de l’UQAC à titre de membre, le futur bachelier estime que l’université régionale envoie un message clair quant à son désir de soutenir les pères et les mères qui souhaitent poursuivre des études supérieures.

«Je suis sans doute un des rares papas étudiants, mais contrairement à plusieurs mamans qui sont monoparentales et aux études, j’ai la chance d’avoir une conjointe et de pouvoir partager certaines tâches. J’ai souvent vu des mères étudiantes qui étaient sans ressources et je me suis dit que je pourrais utiliser mes forces, mon réseau et mon expérience pour aider les autres à concilier», explique Serge Guillaume.

Mais comment concilier implications familiales, entreprise, études universitaires et boulot?

«Je suis très occupé, c’est vrai, mais j’y arrive. C’est toujours un défi de trouver du temps. Mais étant donné que j’ai déjà établi que ma famille, c’est la priorité, j’ai décidé que tous mes cours seraient de jour, pendant que mes filles sont à la garderie», explique celui qui a accueilli sa petite deuxième, Lyana, il y a deux ans.

En parfait accord avec l’adage qui stipule que l’union fait la force, Serge Guillaume croit que le réseautage et les échanges favorisés par le regroupement de parents agiront comme force motrice pour cette catégorie d’étudiants dont la réalité tranche parfois magistralement avec celle de collègues étrangers aux exigences de la parentalité.

Edgard Kambiré est venu du Burkina Faso pour s’établir à Alma.

PAPA, TRAVAILLEUR DE RUE ET ÉTUDIANT

Edgard Kambiré est venu du Burkina Faso pour s’établir à Alma avec sa conjointe québécoise. En plus d’élever trois enfants, dont un couple de jumeaux, il occupe un emploi de travailleur de rue à Alma et poursuit des études à temps partiel à l’UQAC en intervention jeunesse. 

Non seulement Edgard a-t-il dû s’adapter à une nouvelle culture, il jongle quotidiennement avec plusieurs éléments au rythme d’un horaire réglé au quart de tour.

La renaissance du regroupement parents-étudiants est accueillie on ne peut plus favorablement par le ressortissant africain, qui avait plusieurs suggestions à formuler lors de sa participation à un groupe-témoin, organisé vendredi par le RPE-UQAC et le module de travail social. S’il se réjouit de voir l’université déployer des ressources pour aider les parents qui se trouvent sur les bancs de l’école, il estime que du travail reste à faire en termes financiers pour fournir un véritable coup de pouce aux familles. «On demande souvent comment vont les enfants, mais on ne demande jamais comment vont les parents. Les enfants, eux, ils ne manquent de rien et on se serre constamment la ceinture pour subvenir à leurs besoins. Tu ne t’en vas pas à l’université pour abandonner ou lancer la serviette quand tu as commencé quelque chose, ça n’a aucun sens, mais il y a des moments où ça devient difficile», a confié Edgard Kambiré, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Le citoyen d’Alma, qui doit franchir plusieurs kilomètres par semaine pour se rendre à l’université, aimerait notamment que l’UQAC évalue la possibilité de fournir des bons d’essence aux parents étudiants qui n’habitent pas à proximité de l’établissement. Il propose aussi que des rabais soient offerts sur les vignettes de stationnement et les manuels scolaires. Enfin, le père de famille croit qu’il serait avantageux, pour des étudiants comme lui, d’avoir la chance de faire quelques cours à distance.