Être là pour l’autre

Il y a 28 ans, j’ai été confronté pour la première fois à l’événement tragique du suicide d’un jeune garçon, le fils d’un couple d’amis. Expérience douloureuse pour les parents, la famille, les amis.

Je me souviens de mots malhabiles qui avaient été prononcés, du silence lourd qui se faisait sentir, des questions qui ne trouvaient pas de réponse.

Quelques années plus tard, le jour de Noël, je suis appelé à me rendre à la maison d’une famille touchée par le suicide d’un jeune adulte. En entrant dans la maison, j’y ai rencontré des personnes complètement abattues, avec un lourd silence qui planait dans la maison. Personnellement, les mots me manquaient, tant il n’y avait rien à dire. Malheureusement, des situations comme celle-là, j’en ai vécu bien d’autres.

Le drame qui se vit par les proches à la suite à un suicide ne peut se mesurer, tellement il est grand.

Si j’entame ainsi cette chronique, par deux exemples qui m’ont profondément marqué, c’est que le 10 septembre, nous soulignerons la 16e Journée mondiale de la prévention du suicide. Cette journée, une parmi tant d’autres, me direz-vous, a le mérite de chercher à nous sensibiliser à la fragilité de la vie et à l’attitude que nous pouvons adopter devant elle.

Au fil des ans, je me suis vite rendu compte que le suicide touche toutes les catégories de personnes, toutes les couches sociales, les croyants comme ceux qui ne croient pas. Cette journée veut nous faire prendre conscience que l’on peut faire la différence dans la vie de quelqu’un.

Des mots pour le dire et une oreille pour écouter
Je sais que lorsque je préside les funérailles de quelqu’un décédé à la suite d’un suicide, il y a possiblement, dans l’assemblée, une ou des personnes qui songent à s’enlever la vie. Cela m’est habituellement confirmé par quelqu’un de l’entourage ou encore par la personne elle-même.

Ma pratique m’a d’ailleurs amené à parler directement du suicide dans les célébrations ou dans l’accueil d’une personne en crise. J’ai ainsi pu constater que le fait d’en parler aide les proches à mettre des mots sur leur souffrance, mais aussi à comprendre le drame du suicide.

Contrairement à ce que certains peuvent croire, parler du suicide n’entraîne pas nécessairement d’autres personnes à poser le geste.

Au contraire !

Le fait d’en parler ou de les interpeller permet une ouverture, un dialogue.

Pour ce faire, il n’est pas important d’être spécialiste de la question.

À cet égard, les paroles de la chanson de l’Almatois François Lachance ayant pour titre J’suis là prend tout son sens.

« On est des chums mon gars, tu sais qu’tu peux tout m’dire/Si ta blonde comprends pas, si tu t’attends au pire/Viens jaser avec moi de tout c’qui tourne pas rond/J’vais t’aider pour de vrai, l’amitié, elle, ne pose pas trop de questions. »

Prendre conscience
Chaque fois que je me retrouve devant le drame d’une personne décédée à la suite d’un suicide, je ne suis pas sans me dire qu’il nous faut prendre conscience, comme individu et comme collectivité, que, qui que nous soyons, si l’un d’entre nous vit une tourmente intérieure très difficile, si l’un ou l’autre est aux prises avec un problème qui semble sans issue, il y a toujours un moyen de s’en sortir.

Car n’oublions pas que le suicide est un geste permanent à une crise ou une situation qui est passagère.

Rien de ce que nous vivons à l’intérieur de nous ne doit être considéré comme peu important. D’où l’invitation à s’ouvrir.

Demander de l’aide, c’est fort !

Cet appel à l’autre peut provenir d’une personne en crise suicidaire, comme elle peut venir d’une personne proche de cette dernière.

Ensemble, nous pouvons travailler à prévenir le suicide !

En cas de besoin, n’hésitez pas à téléphoner au Centre de prévention du suicide (CPS) au 1866 APPELLE, soit le 1 866 277-3553.

Jean Gagné,

prêtre