Spiritualité
Toutes les familles ont leur rituel du temps des Fêtes, une période où il fait bon s’arrêter.
Toutes les familles ont leur rituel du temps des Fêtes, une période où il fait bon s’arrêter.

Étranger à Noël

CHRONIQUE / L’entre-deux-fêtes. Entre Noël et le jour de l’An, vous avez enfin droit à une petite pause de la parenté. Il est aussi possible que le marathon se poursuive encore aujourd’hui chez vous. Chaque famille a ses rituels : réveillonner chez les uns une année, puis chez les autres en rotation, rendez-vous le 24 ou le 25, le 31 ou le 1er, avec toujours et encore le même gang ou de nouvelles tablées. Qu’importe les habitudes, le plus important demeure bien sûr la qualité des relations avec nos proches... hum, hum !

Si vous avez une famille chez laquelle aucune tension ne règne lors des célébrations des Fêtes, achetez immédiatement un billet de loterie. Blague à part, c’est le lot de pas mal toutes les familles. L’observateur externe (souvent le nouveau chum ou la nouvelle blonde) pourra ici et là déceler des silences et crispations que l’on voudrait bien loin du sapin en ces temps de réjouissances. Au travers de toutes ces imperfections, je salue tous ceux et celles qui choisissent d’être ensemble malgré tout. Certains membres de la famille feront le choix de ne pas se voir cette année. Il faut les respecter, tout en gardant le feu allumé, en préservant l’espoir des pardons et des réconciliations. J’admire les familles qui se réunissent malgré les difficultés. Les lueurs de Noël (temps qui se poursuit jusqu’au 11 janvier cette année) peuvent éclairer bien des coeurs au moment où l’on ne s’y attend le moins.

De Québec à Varsovie

Cette année, je vous envie si vous avez la capacité de pouvoir vous réunir physiquement avec votre famille, grande ou petite. En 2019, mon épouse d’origine polonaise et moi avons choisi de déménager à Varsovie avec nos enfants. Un choix longuement mûri dont nous sommes bien fiers. Nous exprimons notre reconnaissance à Dieu pour ces premiers mois, malgré tout le stress et les tensions qui font partie de l’aventure. Pour la première fois depuis des années, je ne suis pas avec la parenté pendant le congé des fêtes. Cela me permet de mieux apprécier le sacrifice vécu par mon épouse au cours de toutes ses années au Canada. Bien que l’on profite pleinement des avantages des nouvelles technologies afin d’être présents virtuellement, on ne pourra jamais serrer dans ses bras avec une webcam.

Je serai donc avec la belle-famille, une famille reconstituée que j’aime beaucoup. Êtes-vous du genre effacé ou sur le party avec votre belle-parenté ? Ma connaissance de base du polonais ne me permet pas encore de comprendre toutes les subtilités des conversations (même en partageant la même langue, ce n’est pas toujours facile !), mais j’essaie d’être une présence bienveillante pour les uns et les autres, avec mes propres limites.

La francophonie facilite notre transition

Je suis encore un étranger en Pologne, mais je suis fasciné par la présence francophone à Varsovie qui facilite notre transition. Présence d’écoles publiques avec profil français, institut français dynamique avec une formidable médiathèque, paroisse avec de nombreuses jeunes familles (avec l’apport des Québécois de la Famille Myriam Beth’léhem implantée au pays depuis 2015), je suis reconnaissant du rayonnement francophone en Europe centrale (les Polonais préfèrent cette expression à celle d’ « Europe de l’Est »).

Parlant de foi, l’identité catholique fait encore partie de plusieurs aspects de la vie publique. Imaginez, à l’école, le concert de Noël se déroulait autour d’une crèche vivante ! Je ne remets pas en question la laïcité des établissements scolaires au Québec, mais la présence décomplexée de la famille à l’origine de la fête donnait sens à l’événement, tout simplement.

Revenons à nos familles pour rappeler que même au sein de sa propre famille, on peut se sentir comme un étranger. Si vous vous reconnaissez dans cette situation, cette période de l’année n’est pas la plus facile. J’aurais envie de vous proposer de tendre la main de nouveau, mais je m’adresserai plutôt à ceux et celles qui vous entourent.

Vous avez un ou plusieurs de ces étrangers dans la famille, profitez des célébrations du Nouvel An pour leur rappeler que vous les aimez, par un geste ou une parole, sans attente. L’amour familial inconditionnel, malgré les blessures infligées ou reçues, demeure l’un des plus beaux cadeaux à offrir, à s’offrir.

Qu’importe vos croyances, je vous souhaite Wesołych Swiat (Joyeux Noël en polonais à prononcer ‘‘vésso-ouère-chviontte’’, je sais, vous m’enviez d’apprendre la langue) et un Nouvel An sous le signe d’une paix toujours possible.

Jasmin Lemieux-Lefebvre

Varsovie, Pologne