Le chef Érick Demers dans son nouveau restaurant, Alice cuisine et saveurs, à Grande-Rivière

Érick Demers: la grande séduction de la Gaspésie

Qu’est-ce qui peut bien pousser un chef originaire de la capitale à laisser tomber une carrière florissante dans la restauration à Québec pour s’établir dans le petit village de Grande-Rivière, en Gaspésie?

Comme bien des gens qui ont déjà séjourné dans ce coin de pays, Érick Demers a eu un coup de cœur pour la Gaspésie. Au point d’aller y vivre. «J’avais un sentiment de bien-être chaque fois que j’y allais, avant d’y déménager il y a un an», explique-t-il.

«C’est une raison bien personnelle qui m’a mené en Gaspésie. J’avais besoin d’une nouvelle destination, d’une nouvelle aventure», ajoute celui qui est né en Colombie et a été adopté par des parents québécois. «C’est peut-être pour ça que je m’adapte bien à un nouvel environnement.»

Enseignant à l’École de la restauration et du tourisme de la Gaspésie, Érick Demers a ouvert son propre restaurant, Alice cuisine et saveurs, le 10 mai à Grande-Rivière. «C’est un petit village d’environ 2000 à 3000 habitants, à 10 minutes de Chandler. J’avais l’ambition de réaliser une table gourmande ici, avec des produits d’ici», confie-t-il, souhaitant conquérir tant le palais des Gaspésiens d’origine que des touristes de passage.

«Les gens sont contents de voir quelque chose de nouveau arriver. Le bouche-à-oreille fait son œuvre très rapidement!» se réjouit le chef.

Entrée de flanc de porc laqué, émulsion au raifort,  betterave marinée et croûtons

Son restaurant de 20 à 30 places est situé au rez-de-chaussée de la résidence qu’il occupe avec son associé. «C’est convivial et chaleureux. Il y a une section qui donne sur la cuisine à aire ouverte, une section bar aussi. Une table pour environ six personnes se trouve sur la véranda, avec vue sur la mer. Je travaille dans une cuisine de maison, très fonctionnelle, mais qui n’est pas une cuisine de restaurant. J’ai longtemps été chef à domicile et j’aimais ça», indique M. Demers.

Le chef y sert une cuisine bistro qu’il décrit comme généreuse, à la fois simple dans le choix des produits, mais recherchée dans la façon de les apprêter. Et, comme les produits locaux sont à l’honneur, «on n’y trouvera pas de poitrine de canard laqué au soya et gingembre». Plutôt du flanc de porc laqué avec émulsion au raifort et betterave marinée, ou encore une poitrine de volaille rôtie avec moelleux de courge et bacon fumé, tombée de kale, courge au four et courge marinée.

«C’est une petite carte, assez concise, qui changera selon les saisons.» On y trouve un plat de porc, de pâtes, de volaille, de bœuf, de produit de la mer… et il est possible d’adapter le tout pour des régimes végétaliens ou sans gluten. Les desserts sont également faits maison.

Avec l’objectif de faire découvrir les saveurs régionales, Érick Demers collabore déjà avec plusieurs producteurs gaspésiens : bières de Pit Caribou et d’À l’abri de la Tempête, produits forestiers de Gaspésie Sauvage, algues d’Un Océan de saveurs, huiles de chanvre et de canola de la Coop du Cap, légumes de maraîchers locaux, etc.

Alice cuisine et saveurs accueille la clientèle les jeudis, vendredis, et samedis soirs, et devrait être ouvert «à l’année longue».

Dessert au chocolat et sapin baumier, nougatine de tournesol, compotée de baies et crème au chocolat

Départ-surprise

De l’aveu même d’Érick Demers, son départ «a surpris tout le monde». «Tout s’est fait très rapidement», reconnaît le chef de 35 ans, qui a fait tout un virage en choisissant la vie gaspésienne.

Après avoir participé à l’émission Les Chefs! en 2010, où il a rencontré Arnaud Marchand et leur mentor Jean-Luc Boulay, M. Demers a contribué à fonder le bistro boréal Chez Boulay, dans le Vieux-Québec. «J’ai été chef développeur pour le restaurant durant six ans, de même que pour le comptoir Chez Boulay et pour Véritable [solution gourmande]. J’ai aussi participé au livre Le garde-manger boréal» des chefs Boulay et Marchand.

Érick Demers devait embarquer dans le nouveau projet du duo, le restaurant Les Botanistes dont l’ouverture est imminente, mais l’appel du changement aura pris le dessus. «Je suis fier et heureux de mon choix, d’avoir osé. J’aime travailler avec les produits frais, de saison, du terroir, mais j’avais besoin de suivre ma propre voie.»

Le chef Érick Demers dans sa cuisine

Avant sa participation aux Chefs!, M. Demers a fait ses classes en gastronomie au réputé restaurant Panache (maintenant Chez Muffy), aux côtés du chef François Blais (Bistro B), durant presque quatre ans.

«J’ai toujours su que je voulais être chef, j’aime goûter à tout! J’ai d’abord travaillé comme plongeur dans un resto, puis fait du travail en cuisine, mais je ne comprenais pas alors le langage culinaire. J’ai donc fait mon cours de cuisine à l’École hôtelière Fierbourg, avec Pierre Imbeault qui est un excellent formateur», raconte-t-il.

Et maintenant, Érick Demers sait où il veut désormais exercer son métier.

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Qui est Alice?

D’où vient le nom du restaurant d’Érick Demers? 

«Alice, c’est le prénom de la grand-mère de mon associé Cédrick, qui s’occupe davantage de la gestion du resto. Il était très proche de sa grand-mère [décédée dans la dernière année]. Elle l’aidait dans son projet de maison en Gaspésie, d’où il est originaire. Alice, c’est un nom intemporel qui va bien à notre resto», signale le chef. 

Un portrait coloré de la dame trône d’ailleurs au rez-de-chaussée de la résidence, où la clientèle est accueillie.