Éric Lépine a eu la certitude qu’il était atteint du syndrome d’Asperger lorsque son fils Alexis, aujourd’hui âgé de 20 ans, a reçu ce diagnostic il y a une quinzaine d’années.

Éric Lépine est Simplement différent

Dès l’âge de 10 ans, Éric Lépine savait qu’il était différent. Ce n’est toutefois qu’après le diagnostic d’Asperger de son fils Alexis, en 2003, que le Baieriverain d’origine a compris exactement pourquoi.

L’homme de 48 ans vient tout juste de lancer un récit autobiographique dans lequel il raconte son parcours, décrit comme un long et pénible chemin de croix, jonché d’humiliation, d’intimidation et de tentatives de suicide. Une enfance, une adolescence et un début de vie adulte troubles, une succession de «portes qui se referment tout le temps». 

«J’ai su à 32 ans que j’étais Asperger. Je regardais la liste des points qu’on nous avait donnés pour Alexis, et j’en avais 14 sur 15. Je n’ai jamais eu de diagnostic et je n’ai jamais cherché à en avoir un non plus. Je sais que je suis Asperger. Point», raconte Éric Lépine, rencontré chez lui, dans le quartier Saint-Paul, à Chicoutimi.

Sa condition n’est pas du tout détectable au premier regard et, contrairement à Alexis, 20 ans, Éric Lépine ne ressent pas d’inconfort aux contacts visuels ou tactiles. S’il se sent relativement à l’aise avec la poignée de main, il admet toutefois que certaines façons qu’ont les gens de l’aborder peuvent l’indisposer. 

Avec le temps, Éric Lépine a pu apprendre à mieux se connaître et à se comprendre. Il s’est rendu compte que même s’il avait toujours tiré son épingle du jeu en termes professionnels et relationnels, aucun emploi ne le rendait réellement heureux. Après un temps, il se lassait de tout et abandonnait chaque boulot avec un goût amer en bouche. Un sentiment de résignation, couplé à la conviction qu’il avait fait le tour du jardin assez rapidement. Les relations amoureuses comportaient aussi leur lot de défis. 

«Je n’ai pas de secondaire cinq, mais j’ai occupé des emplois importants. J’ai été directeur d’usine et de quincaillerie industrielle. Je suis quelqu’un qui construit constamment. Je prenais quelque chose qui ne fonctionnait pas, je remontais tout et je remettais tout ça en ordre. Puis, la porte se fermait. J’ai été représentant sur la route pour une compagnie de l’extérieur. Comme ça arrive souvent dans le domaine des ventes, j’ai senti la pression monter, et c’est vraiment venu me chercher», raconte-t-il. Ce fut pour lui le point de bascule. 

Zérolimite

À la fin de 2016, Éric Lépine est tombé sur une vidéo du conférencier Martin Latulippe. Le coach de vie a fondé l’Académie Zérolimite, une formation en ligne axée sur le développement personnel et l’entrepreneuriat, sur fond d’autonomisation et d’émancipation. 

«À ce moment-là, j’ai compris que l’on peut vivre de ce que l’on est et, en plus, que l’on peut aider les gens. Je me suis dit que je pourrais parler de l’autisme et m’en servir pour aider d’autres personnes Asperger à se dépasser», met en contexte Éric Lépine. Il considère que sa participation à l’Académie Zérolimite l’a fait «exploser». 

«Avant que je me lance, j’étais une personne plutôt isolée et j’avais très peu d’amis. Les personnes Asperger ont beaucoup de difficulté avec les relations sociales», rappelle Éric Lépine. 

Le 13 mars 2017, il a publié un premier statut sur Facebook en lien avec sa nouvelle philosophie, Simplement différent, laquelle allait rapidement devenir une marque de commerce. La publication a fait mouche. 

Il a créé un blogue et un site Web, puis bâti une communauté aujourd’hui bien vivante sur la toile. 

Pour les besoins de la cause, Éric Lépine a aménagé un petit studio dans une pièce située à l’étage de sa maison, un espace doté de caméras et de projecteurs pour une qualité de diffusion optimale. Ses contributions ont trouvé écho chez des internautes de toute la francophonie. 

Devant ce succès, il a décidé de consacrer plus de son temps à Simplement différent et d’en faire une entreprise. Au coeur de celle-ci figurent les conférences qu’il présente régulièrement aux quatre coins du Québec. Ses capsules, axées sur la confiance en soi et la capacité d’atteindre ses objectifs malgré les embûches et certaines spécificités, sont visionnées dans 27 pays. 

Pour propulser Simplement différent vers le prochain palier et pouvoir espérer en vivre, Éric Lépine a présenté son plan d’affaires à Promotion Saguenay et formulé une demande d’appui. Il vient tout juste d’apprendre qu’il bénéficiera d’une aide de 12 semaines dans le cadre du programme de soutien aux travailleurs autonomes. 

En un an, Éric Lépine est devenu blogueur, conférencier, auteur et consultant. Avec Simplement différent, il fait sa marque et ses capsules Web attirent l’attention d’internautes de toute la francophonie.

Exutoire et carte de visite

Moins d’un an après ses balbutiements sur le Web, Éric Lépine fait paraître son livre, dont la préface est signée par le docteur en psychologie du sport Sylvain Guimond. 

«Le livre est vraiment la porte d’entrée vers Simplement différent», pointe-t-il d’emblée.

Catharsis et exutoire, la rédaction s’est avérée fluide. Éric Lépine confirme avoir écrit l’ouvrage de 200 pages presque d’un seul trait. Le volume est tiré à 500 exemplaires. Près de la moitié ont déjà trouvé preneur.

«Comme personne Asperger, j’ai une mémoire photographique, mais j’ai toujours eu de la difficulté à écrire. Quand j’ai commencé, ça n’arrêtait plus, et je ne savais pas ce qui se passait. Ma correctrice aux Éditions 100 mots m’a dit qu’il fallait que je laisse tout ça sortir. J’ai suivi ses conseils et j’ai parlé de mon cheminement, de la dépression majeure que j’ai faite à 21 ans, de ma relation difficile avec mon père», confie-t-il. 

Le livre a été lancé il y a deux semaines et l’auteur s’est tout juste embarqué dans une tournée promotionnelle aux quatre coins du Québec. 

«Avec Simplement différent, je ne parle pas juste d’Asperger. J’aborde toutes les différences. Je me suis rendu compte qu’il y avait des gens qui se cherchaient une identité, mais qui avaient besoin d’aide pour trouver la motivation nécessaire pour se réaliser», note Éric Lépine, qui se sait doté d’une bonne capacité d’analyse. Ce trait de personnalité lui permet, comme il le résume, d’anticiper certaines situations et de maintenir une longueur d’avance sur les aléas quotidiens pouvant se pointer sur son chemin. En bon français, il voit venir les coups.

Studio

Dans le studio d’Éric Lépine, deux larges écrans d’ordinateur lui permettent d’alimenter quotidiennement son fil Facebook et son blogue. La seconde plateforme est périodiquement visitée par la plume de son fils Alexis, avec qui il maintient une relation complice. L’installation favorise aussi les interactions virtuelles avec les dizaines de personnes qui écrivent chaque jour à Éric Lépine pour lui demander des conseils et un peu de guidage. 

Dans le même bureau, les multiples éléments qui composent le quotidien de celui qui s’est trouvé une voix dans le domaine du coaching et du développement personnel noircissent les cases d’un calendrier accroché au mur. Chaque item manuscrit agit comme un point d’ancrage fixé solidement à des bases d’harmonie et de cohésion, de respect et d’authenticité. Ce sont ces valeurs qui permettent à Éric Lépine de maintenir le cap vers son principal objectif : être chaque jour une meilleure personne, à sa façon, différemment.