En mémoire des modèles anonymes

CHRONIQUE/ Le 1er novembre, l’Église soulignera la fête de la Toussaint. Qu’est-ce que cette fête peut signifier pour nous aujourd’hui ?

Sans faire une analyse exhaustive sur le sujet, rappelons-nous que depuis l’Antiquité, les sociétés se sont toujours donné des modèles. À titre d’exemple, nous connaissons tous les panthéons. À l’origine, le nom du panthéon signifie « de tous les dieux ». Ils étaient des temples dédiés à toutes les divinités. Quelques siècles plus tard, les panthéons sont devenus des lieux de reconnaissance aux grandes femmes et aux grands hommes de l’histoire d’un pays, ayant marqué les lettres, la politique, la science, la musique, etc. Qu’ils soient devenus des lieux de culte ou des lieux séculiers, ces monuments abritaient des cryptes dans lesquels on déposait les tombeaux des personnes ayant marqué leur époque.

Reconnaître 

Des panthéons ont découlé les temples de la renommée. Cette expression nous ramène à une pratique dans laquelle nous honorons des femmes et des hommes ayant accompli des choses majeures dans leur domaine, que ce soit le sport, la musique, l’agriculture ou la science. De façon générale, ces temples ont été matérialisés en une forme de mémorial ou de musée consacrés aux personnes honorées.

Nous retrouvons d’ailleurs le même but dans certains sports, lorsqu’on retire le numéro de la personne ayant apporté une grande contribution à son club. Les plafonds des enceintes sportives, comme le Centre Georges-Vézina à Chicoutimi ou le Centre Bell à Montréal, affichent avec fierté ces numéros. Les galas sont aussi une autre façon de faire connaître et apprécier une personne ou un groupe de personnes dans sa catégorie. On y consacre le talent et l’excellence des personnes issues des différentes industries du spectacle, du disque, de la télévision, de la culture ou des affaires.

Toutes ces reconnaissances se font à l’occasion de cérémonies dans lesquelles on prend le temps de raconter, de reconnaître et d’honorer le rayonnement de « tous ces grands acteurs et ces grandes actrices » de notre société.

Au sein de l’Église

L’Église n’échappe pas à cette reconnaissance. Depuis ses origines, elle invite à se souvenir des gens qui ont marqué l’histoire et qui peuvent être des gens inspirants.

Dans un premier temps, pour souligner l’héroïcité des gens décédés au nom de leur foi sous les traits du martyre, les chrétiens se rendaient sur leurs tombes pour prier et y célébrer l’eucharistie. Vint ensuite la mise en place du calendrier des saints et des saintes, issue de la canonisation, c’est-à-dire de la reconnaissance officielle par l’Église de l’héroïcité d’une personne à vivre sa foi en Jésus Christ, à travers son quotidien.

Mais la sainteté n’est pas réservée à une élite. Elle est un chemin proposé à toutes les personnes. Et il n’existe pas qu’un chemin. Il est différent d’une personne à l’autre, d’une époque à l’autre. Les canonisations qui ont eu lieu ces dernières années nous démontrent d’ailleurs que le chemin de la sainteté est accessible non pas seulement aux membres du clergé, aux religieux et aux religieuses, mais aussi à des jeunes, à des mères et à des pères de famille, à des femmes et des hommes de toute provenance. Les saints et les saintes sont des personnes qui se mettent à l’école de Jésus Christ. Elles s’inspirent du sermon sur la montagne, c’est-à-dire des béatitudes enseignées par Jésus. Elles placent la charité au centre de leur vie. Elles ont à coeur le bien-être des gens.

La Toussaint, comme nous la nommons, c’est la reconnaissance de toutes ces personnes connues ou inconnues, qui ont fait de l’ordinaire de leur quotidien, quelque chose d’extraordinaire. Elles peuvent donc être des personnes signifiantes. Après leur décès, leur nom n’a peut-être pas figuré dans les panthéons de l’histoire ou dans les temples de la renommée. De leur vivant, ces personnes n’ont peut-être pas été honorées lors d’un gala. Leur nom n’est pas écrit dans un quelconque endroit à la vue de tout le monde. Pourtant, ces personnes, elles existent. Elles sont celles qui ont marqué leur époque, leur famille, leur village ou leur ville. Elles sont celles que, dans bien des cas, nous avons côtoyées de leur vivant. Elles ont vécu au meilleur d’elles-mêmes, et parfois, avec une certaine héroïcité, leur vie de femme ou d’homme. C’est à elles que nous rendons hommage en cette fête ! C’est pour elles que nous avons un profond respect.

Jean Gagné,

prêtre