Nos premières aventures remontent à plus de 30 ans. À l’époque, Claudia et moi, on fouillait dans la garde-robe de sa grand-mère, Tante Marie.

Unique, mais pas seule

CHRONIQUE / J’ai été grandement touchée, mardi, de lire dans les pages du Quotidien l’histoire extraordinaire de Jacqueline Moisan, Nicole Dion et Sylvain Tremblay.

À l’âge de 80 ans, Mme Moisan (née Dion) a rencontré, pour la première fois de sa longue vie, sa soeur et son frère.

Cette famille de quatre enfants nés à la fin des années 30 et au début des années 40 a été fragmentée à chacune des naissances. Nicole Dion a d’abord retrouvé Sylvain Tremblay, il y a 32 ans. Celui qui s’était retrouvé dans une famille du Saguenay–Lac-Saint-Jean a pu, par la même occasion, découvrir son frère, Jacques. Il aura fallu patienter trois décennies et l’adoption de la loi 113, qui modifie la communication de renseignements relatifs à l’adoption, avant que la famille soit réunie sans Jacques, malheureusement décédé.

Les ressemblances physiques existent entre ces personnes qui n’ont pas été élevées par les mêmes parents ni dans la même région. Preuve que les liens du sang sont plus forts que tout.

Ce récit familial, qui s’échelonne sur plusieurs décennies, possède tous les ingrédients d’un scénario de film. Imaginez, les deux soeurs ont fréquenté la même école sans connaître le lien biologique qui les unissait.

Enfant unique, cette histoire me touche énormément. Plus je vieillis, plus j’ai l’impression que la fratrie me manque. Il est possible d’acheter presque tout sauf une famille. Et à l’inverse, on ne choisit pas sa famille.

Entre ces deux affirmations, je navigue en solo.

Certes, il y a de bons côtés à être l’unique progéniture de la famille. J’ai été chanceuse d’accompagner mes parents à peu près partout pendant une bonne partie de ma vie. Encore aujourd’hui, à 32 ans, je ne me sens pas mal à la maison dans leur demeure. Je ne partage l’amour de mes parents avec personne d’autre, sauf Pastel, le vieux matou de la maisonnée.

Mon mari aime bien me taquiner en me demandant à quand remonte ma dernière conversation avec ma mère. Il sait bien que la réponse ne dépasse jamais 24 heures.

Les dernières années m’ont fait prendre conscience de l’importance d’une fratrie. Sans frère et soeur, j’ai alors compris le caractère précieux de la famille élargie.

Il n’y a pas si longtemps, ma mère a été gravement malade pendant plus d’une année. Les complications s’additionnaient au point de se demander si toute cette traversée du désert aurait une fin, une fin joyeuse. On s’est retrouvés à l’hôpital pendant plusieurs mois, à Dolbeau-Mistassini, à Chicoutimi et même à Québec.

L’expression « enfant unique » prenait tout son sens, parce qu’il n’y avait que moi. Heureusement, mon père a accompagné ma mère tous les jours, et ce, pendant des mois. Notre trio a également pu compter sur la famille élargie pour y arriver.

J’ai également réalisé que j’étais enfant unique en préparant un événement surprise pour le 60e anniversaire pour ma mère. Il y avait du boulot, et j’étais toujours solo ! Vivement l’aide d’une cousine.

Heureusement, au fil des années, j’ai pu me créer ma propre fratrie. J’ai développé des liens privilégiés avec ma soeur cosmique, Claudia. Cosmique parce que le lien de parenté remonte à ma mère et à son père qui sont cousins.

On passe régulièrement pour des jumelles, mais avouons que nos parents auraient manqué d’imagination au niveau des prénoms. J’ai même déjà passé pour sa mère, mais ça, c’est une autre histoire.

La ressemblance, elle est à tous les niveaux. Elle est physique, sans contredit. Nous avons réalisé le même parcours scolaire et professionnel en gestion des ressources humaines. Notre entente est plus que parfaite, et nos fous rires sont omniprésents. Et le plus important, c’est que nous compilons 30 ans de folies, d’aventures et de souvenirs. Disons que l’enfant unique que je suis a réussi à goûter aux bons côtés de la fratrie.