Une identité pour Noël

CHRONIQUE / Si vous êtes paranoïaque, changez de page. Je ne voudrais pas empirer votre cas.

Chaque jour, des fraudeurs utilisent vos données pour des activités criminelles. Ce n’est pas un scoop, je sais bien. Mais on ne parlera jamais assez de ces escroqueries et surtout de leurs ravages.

Des personnes de mon entourage ont été victimes de fraude par carte de crédit, dont moi-même. Mais ça n’a rien à voir avec l’usurpation d’identité. Un de mes amis vient de se faire voler la sienne. La fraude s’est en plus poursuivie sous l’œil avisé de son institution financière. 

Il y a quelques semaines, il a cliqué sur un lien de trop, après avoir effectué une transaction bancaire. Il s’aperçoit vite de son erreur et va vérifier en ligne son dossier. Le fraudeur venait de changer les coordonnés de son compte. L’institution confirme ensuite que le malfaiteur a réussi à commander des chèques avec cette nouvelle adresse. 

Mon ami, en collaboration avec l’institution, met en place une question de sécurité pour éviter que le fraudeur accède de nouveau aux données personnelles. Mais quelques jours plus tard, le malfaiteur réussit à modifier une fois de plus les informations personnelles. Le fraudeur a appelé en donnant le nom de jeune fille de la mère, son numéro de téléphone, son emploi, le numéro d’assurance sociale, son adresse. Le préposé a accepté de faire le changement d’adresse et, lorsqu’est venu le temps de poser la question secrète, le malfaiteur a fait semblant que la ligne était mauvaise et a raccroché. Il était bon acteur, car le changement de coordonnées a malgré tout été accepté. 

Mon ami n’existait maintenant plus. Il a été incapable de s’identifier au bureau de crédit. « J’ai échoué à m’identifier », me résume-t-il, ironiquement. Le bureau de crédit ne reconnaissait plus les anciennes coordonnées, les vraies coordonnées.

Depuis, il a dû passer des dizaines d’heures au téléphone avec différentes organisations pour rétablir les faits, à refaire son nom. Le fraudeur a pu en effet ouvrir des comptes partout, même dans un magasin de meubles. Encore aujourd’hui, rien n’est réglé.

Selon des chercheurs américains, les victimes peuvent perdre plusieurs centaines d’heures pour retrouver leur identité. Et certains n’y arrivent jamais.

Ce qui est épeurant, c’est que les fraudeurs ont besoin de peu d’informations pour y arriver. Les banques et entreprises utilisent pratiquement toutes la même liste d’infos pour identifier les clients.

Les institutions préfèrent qu’on utilise le virtuel, qui coûte moins cher pour elles, mais elles ne semblent pas mettre les ressources adéquates pour éviter des dérapages. « C’est difficile de changer le nom de jeune fille de ma mère », ironise mon ami, en parlant des questions de sécurité d’usage.

J’ai fait un test avec un collègue. Une visite sur Facebook m’a permis de retrouver le nom de jeune fille de sa mère, sa date de naissance et son emploi. Pour son adresse, il n’a qu’à vérifier dans le bottin téléphonique.

Et son numéro d’assurance sociale ? Bon, c’est plus difficile, mais les malfaiteurs peuvent l’obtenir en fouillant dans les poubelles ou dans son ordinateur s’il réussit à s’y introduire avec un lien cliquable.

Les fraudeurs peuvent aussi avoir des complices dans une entreprise. Il y a quelques années, une personne travaillant dans une banque m’avait avoué qu’elle allait regarder les dossiers personnels de ses potentiels amoureux. Elle avait accès à tout. Nos données sont accessibles à tous les employés, ne l’oublions pas. 

Il existe aussi un marché sur le « dark web ». Les gens peuvent dénicher bien des informations en échange d’argent.

Et toutes les organisations qui donnent des leçons pour éviter qu’ils se fassent voler leur identité ne sont pas mieux. Equifax, l’une des plus importantes sociétés de surveillance du crédit à la consommation, a été piraté il y a quelques mois. Les renseignements personnels de milliers de Canadiens ont été volés. 

Pour s’excuser, la société a offert une année de surveillance gratuite de leur crédit. Ben oui, parce que des forfait de surveillance et protection de vol d’identité, ça existe. Ça coûte 30 $ par mois. En passant, ce n’est pas une idée cadeau !