Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

Une croix sur mon traditionnel karaoké

CHRONIQUE / Depuis quelques années, je célèbre mon anniversaire avec un bien festif karaoké. C’est l’occasion annuelle pour les amis de s’époumoner le temps d’une soirée. Mes amis sont adorables, mais tout comme moi, ils ne savent pas tellement pousser la note. Comme on dit, l’important, c’est de participer.

Mon anniversaire approche à grands pas, dans à peine quelques jours. Depuis quelques semaines, les amis se demandent ce qui se passe avec le festif karaoké en pleine pandémie. Citoyens dociles, nous comptions nous en tenir à 10 personnes. Et nous étions même prêts à chanter à deux mètres de distance. Pour vous dire à quel point c’est une tradition !

Tout a basculé mercredi. Comme plusieurs, j’ai suivi la visite du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Et j’ai entendu ce qu’il avait à dire à propos des karaokés.

Invité à commenter la soirée de karaoké qui serait la cause d’une éclosion dans la ville de Québec, celui qui a animé nos débuts d’après-midi pendant des semaines s’est montré plutôt fermé à de telles activités. « Je ne sais pas si nous devons interdire le karaoké, mais je ne recommande vraiment pas aux gens d’aller dans des soirées de karaoké, que ce soit dans des bars ou à la maison. Faites-le virtuellement. »

Assez, c’est assez. Je suis restée à la maison en mars dernier, et ce, pendant des semaines. J’ai limité mes sorties aux urgences et aux visites au supermarché. J’ai fait du pain pendant que tout le Québec était sur pause. Je n’ai pas visité mes parents et mes amis pendant des semaines. S’abstenir de faire du karaoké, ça ne passera pas. Je vous rassure : je blague !

Je comprends le Dr Arruda lorsqu’il affirme être préoccupé par un certain relâchement. Je ne suis ni docteur ni infectiologue, et encore moins épidémiologiste, mais je crois bien l’avoir remarqué, moi aussi, ce relâchement.

Nul besoin de se lancer dans de grandes enquêtes épidémiologiques ; je n’ai besoin que de regarder autour de moi. Les discussions avec mon entourage et les gens que je rencontre me confirment que la pandémie ne semble plus exister dans la région. Les photos publiées sur les réseaux sociaux le supposent également. Les photos de vos vacances en famille élargie et de vos soupers entre amis montrent bien des choses... sauf la distanciation physique.

La traditionnelle soirée karaoké n’aura pas lieu, cette année, pour mille et une raisons. Je passerai à une autre année sans grandes festivités, avec moins de dix personnes provenant de trois ménages.

Je vous rassure : si l’événement entre amis avait eu lieu, nous aurions respecté les consignes du Dr Horacio Arruda et nous aurions pris une pause de cette catharsis musicale.