Un rajeunissement pour l’été

CHRONIQUE / « Payez-vous un rajeunissement pour l’été. »

« Soyez cut sur la plage. »

Ces deux phrases m’ont surprise, lorsque je les ai entendues récemment dans des publicités radiophoniques. J’étais tout bonnement au volant de ma voiture lorsque j’ai été interpellée par une publicité d’une clinique de chirurgie esthétique. En guise d’argument de vente, on offrait aux auditeurs un petit vent de jeunesse, à l’aube de la belle saison.

Je vous l’avoue, cet argument de vente m’a légèrement titillée. Et j’étais bien contente de ne pas avoir d’enfant assis dans la voiture, à qui j’aurais dû expliquer pour quelle raison on devait se « payer un rajeunissement » pour l’été.

Précisons-le, je n’ai rien contre la chirurgie esthétique. C’est un choix personnel, et je n’ai pas à juger ces choix. Ce qui me dérange, par contre, ce sont ces publicités sur les ondes radiophoniques qui sont entendues autant par des adultes que par des enfants et des adolescents.

Je me souviens avoir vu des publicités de cliniques de chirurgie esthétique dans les revues ou les journaux. On n’y influençait pas le consommateur, mais on y faisait plutôt l’état des services offerts. Une publicité comme il se doit.

C’est comme cette publicité qui vante un produit conçu pour la perte de poids. On nous informe que ce produit, reconnu par Santé Canada, précisons-le, réalise de vrais petits miracles, sans diète ni entraînement excessif. Jusque-là, ça me va ; ceux qui veulent y avoir recours peuvent bien faire ce qu’ils veulent.

Mais, encore une fois, on mise encore et toujours sur le physique, précisant qu’il serait enfin possible « d’être cut sur la plage ». Le corps bien découpé, si l’anglais utilisé vous dérange. Comme s’il fallait être absolument parfait pour se pavaner sur les plages dorées.

Il me semble que la société fait des efforts immenses pour encourager les jeunes à s’accepter comme ils sont. Il me semble que bâtir une estime de soi comporte déjà son lot de travail. Qu’accepter de vieillir n’est pas nécessairement facile tous les jours. Et, surtout, on nous dit d’accepter nos rondeurs et nos petites poignées d’amour, alors que la publicité et la mode nous envoient un message contraire.

Ces publicités nous vantant les effets miraculeux d’un régime ou du bistouri ne sont toutefois pas interdites par la loi. C’est tout de même dommage, puisque bien que je n’ai que 32 ans, j’ai regardé mes rides dans un miroir grossissant lorsque je suis arrivée à la maison.

Mais j’ai décidé de ne pas me payer un rajeunissement pour l’été et j’ai accepté que je ne serai pas cut non plus sur la plage. Patricia Rainville