Patricia Rainville

Un problème qu’on a voulu taire trop longtemps

CHRONIQUE / Je vais encore vous parler de santé mentale. On est dans l’air du temps, avec la Journée Bell Cause pour la cause, qui avait lieu mercredi dernier. Une journée qui vise à sensibiliser la population sur les problèmes de santé mentale et à briser les tabous encore bien solides. Il n’y aura jamais assez de ces journées.

Il y a quelques semaines, je vous jasais de mon problème d’anxiété assorti d’une belle hypocondrie chronique. Un combo explosif qui m’a jadis poussée dans les bas fonds de la peur et de la détresse.

Je disais, entre autres choses, que je préférais maintenant me taire et vivre mes problèmes intérieurement, pour ne pas « achaler » mon entourage. Je crois avoir inquiété un peu mes parents, qui m’ont immédiatement écrit pour savoir si j’allais bien.

Mon père a craint que je vive une mauvaise passe, tandis que ma mère m’a dit qu’elle était là si j’avais besoin de jaser.

J’ai trouvé ça touchant, que mes parents volent à mon secours parce que j’avais osé dire que je préférais maintenant garder mon anxiété secrète. Je les ai rassurés. Et je les remercie d’avoir pris soin de me demander si j’allais bien. La société nous dit d’en parler, de ne pas hésiter à partager nos problèmes, de demander de l’aide si ça va mal. Pardonnez-moi, mais ce sont, parfois, de belles paroles.

Le temps d’attente pour voir un psychiatre au public est interminable. On parle tout de même de personnes en crise, qui auraient, bien souvent, besoin d’un suivi immédiat, au même titre qu’un cardiaque a besoin de voir un cardiologue en urgence. Les maux de l’âme font aussi mal que les maux du corps, bien qu’ils soient invisibles.

Au tournant de ma vingtaine, lorsque j’étais au plus mal de mon anxiété, j’avais été placée sur une liste d’attente pour voir un professionnel de la santé mentale. Eh bien, j’ai eu un appel lorsque j’étais guérie, soit deux mois plus tard. Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Je ne suis pas certaine que ce dicton s’applique à toutes les situations.

On nous dit de ne pas garder nos problèmes pour nous, mais y a-t-il assez de ressources pour nous écouter ?

J’ai une proche, aujourd’hui âgée d’environ 70 ans, qui a fait de la prison en raison de ses problèmes de santé mentale. Elle avait poussé à bout tout le personnel médical, les intervenants et les travailleurs sociaux, alouette, qui ont finalement porté plainte contre elle lorsqu’elle a commis un délit. Elle avait, notamment, des antécédents de vols à l’étalage et de harcèlement téléphonique puisqu’elle avait communiqué trop souvent avec la police.

Même ses proches étaient épuisés par ses frasques, qui n’ont, précisons-le, jamais mis la vie de qui que ce soit en danger. Sauf la sienne. La plupart de ses proches ne lui parlent plus aujourd’hui. C’est épuisant, une personne malade. Ça gruge de l’énergie, lorsqu’un ami, un conjoint, un parent ou un enfant n’a pas toute sa tête.

Elle a été barrée de toutes les ressources en santé mentale qui existaient autour d’elle.

On nous martèle de demander de l’aide. D’en parler. De ne pas hésiter.

Mais que fait-on lorsque le problème devient trop problématique, si je peux m’exprimer ainsi ?

Que fait-on lorsque même les professionnels sont à bout de souffle ? Imaginez les proches !

La santé mentale est un enjeu de société qu’on a tellement longtemps préféré cacher sous les tapis qu’on ne sait pas par où prendre le problème aujourd’hui.

On nous dit d’en parler, de ne pas garder ça pour nous. Mais encore faut-il qu’il y ait assez de gens pour nous entendre. Patricia Rainville