Le journaliste Jean Brière, interprété par Jeff Boudreault, dans District 31.

Un croissant, svp

CHRONIQUE / Je suis une grande consommatrice de télé. Je manque d’air lorsque je n’ai plus rien à me mettre sous la dent, comme c’est le cas depuis quelques jours. La saison étant terminée, il ne me reste qu’une série à écouter. District 31. Je me rabats sinon sur les plateformes de diffusion en continu, telles les Netflix et les Tou.tv de ce monde. Mais si je vous parle de ça, ce n’est pas pour avoir vos suggestions de séries à écouter, quoique ça ne serait pas de refus non plus.

Si je suis une grande consommatrice de télévision, je suis aussi le genre de téléspectatrice à développer des obsessions devant de petits détails.

Prenez District 31, par exemple. Bien qu’il s’agisse ici d’une série assez divertissante que j’aime beaucoup, l’image du journaliste me dérange. Premièrement, utilisons le journaliste au singulier, car à en croire le scénario, il semble n’y avoir qu’un seul journaliste sur l’île de Montréal. Ce Jean Brière est à la fois à la télé et dans le journal, il entre dans le poste de police comme s’il était chez lui et il réalise des entrevues via FaceTime avec un tueur en série. Jusqu’ici, je peux comprendre que ces aspects du travail de journaliste visent à enrichir le scénario et je peux l’accepter. Mais lorsque je vois l’unique journaliste de Montréal travailler seul, dans un bureau digne d’un hebdo des années 80, vous perdez la téléspectatrice en moi.

Ça me dérange qu’on dépeigne mon métier de manière erronée, comme c’est souvent le cas dans nos téléromans. Les journalistes sont caricaturés, tels des vautours de la pire espèce ou comme des abrutis qui ne comprennent rien.

J’ignore si les auteurs de téléromans ont déjà mis les pieds dans une salle de rédaction, mais ça n’a absolument rien à voir avec un journaliste seul, dans un bureau avec un babillard sur lequel sont épinglées des coupures de journaux. C’est peut-être le cas pour de petites publications, mais pas pour un reporter montréalais, qui couvre les grands faits divers comme c’est le cas dans District 31. Même la salle de rédaction du Quotidien, au Saguenay, compte 20 fois plus de journalistes.

S’il y a une autre chose qui me titille avec cette série, mis à part le travail de journaliste, c’est cette manie de montrer des personnages devant un repas, mais qui ne mangent pas. Vous remarquerez que nos amis de District apprécient particulièrement se retrouver au restaurant pour déjeuner. Ils y commandent souvent un bon croissant nature, servi avec une salade de fruits. Voulez-vous bien me dire qui mange un croissant nature au restaurant? Chez Tim Hortons, peut-être, mais dans un restaurant avec service aux tables, le croissant ne doit certainement pas être le mets le plus populaire dans la vraie vie. Il est où, le traditionnel deux oeufs bacon? Mais bon, ce n’est qu’un détail. Et, de toute façon, les personnages ne le mangeront pas, ce croissant.

Il y a une dernière chose qui ne me rentrera jamais dans la tête, bien que ce soit monnaie courante dans toutes les émissions. Il y a un réel abus de gens qui n’enlèvent pas leur chaussure en arrivant à la maison. Ils regardent même la télé chaussés de leurs bottes. Personnellement, s’il y a une chose dont j’aime me débarrasser, en arrivant à la maison, c’est bien de mes souliers.

Et si les auteurs de téléromans voulaient être encore plus crédibles, leurs personnages féminins se débarrasseraient aussi de leur soutien-gorge, après avoir enlevé leurs souliers. Mais ça, c’est juste une suggestion personnelle.