Les médias ont pris des images à l'intérieur de la mosquée de Québec.

Un citoyen averti en vaut deux

CHRONIQUE / Je ne vous apprends évidemment rien en vous disant qu'un tireur est entré dans une mosquée de Québec, dimanche soir dernier. Il a tué six personnes et en a blessé plusieurs autres. Ce jeune homme a été accusé de meurtres prémédités et de tentatives de meurtre.
Toute la planète l'a su. On a fouillé son passé, on a publié des photos de lui. Les médias ont parlé à ses proches. Les journalistes ont tenté de comprendre l'inexplicable, en publiant des informations croustillantes le concernant. On a épluché sa page Facebook avant qu'elle ne soit supprimée. Des experts ont été interrogés, afin de dessiner le portrait psychologique de ce tueur. Bref, les médias ont largement couvert ce terrible fait divers. Et ils ont eu tout à fait raison de le faire.
Peut-être que vous allez dire que je suis en conflit d'intérêts, mais j'en ai ras le bol des gens qui accusent les médias d'en mettre toujours trop. Qui les accusent de sensationnalisme. Qui leur repprochent de donner trop de détails, trop d'informations.
Un débat a d'ailleurs éclaté à ce sujet, cette semaine. Certains affirmaient qu'on ne devrait plus dévoiler l'identité des auteurs de ces crimes odieux. D'autres ont même déclaré que les médias ne devraient tout simplement pas couvrir ce genre d'événement. Que ça incitait les esprits tordus à commettre la même chose. Qu'on finissait par transformer les auteurs en héros. Ben voyons donc.
Je suis journaliste. Évidemment, je suis assoiffée d'informations. Ça fait partie de mon travail.
Oui, j'ai déjà cogné aux portes de personnes touchées par un drame, dans l'espoir qu'ils me racontent leur histoire. Oui, j'ai déjà essayé d'avoir une entrevue avec une mère qui a tué ses enfants. Tous les journalistes sont confrontés à ça un jour ou l'autre. Je ne dis pas que c'est toujours excitant, mais ça fait partie du métier.
Et même si les médias décidaient (ce qui n'arrivera sans doute jamais) de ne plus dévoiler l'identité des criminels, on finirait par l'apprendre d'une manière ou d'une autre. Et cette manière ne serait peut-être pas aussi professionnelle.
Les journalistes sont la courroie de transmission entre la police, les politiciens, bref, tous ceux qui ont un message à passer, et la population. Et ce sont eux qui permettent à monsieur et madame Tout-le-monde d'apprendre ce qu'ils ne sauraient sans doute jamais si les médias n'existaient pas. Toutes les organisations de ce monde cherchent à contrôler le message. Les policiers préfèrent ne pas trop en dire aux journalistes. Même chose pour les dirigeants d'entreprise et les politiciens. Si ce ne sont pas de bonnes nouvelles, on ne le dit pas aux journalistes. Le rôle d'un média est de dénicher cette information, de la vérifier et de la publier. Afin que monsieur et madame Tout-le-monde puissent se forger une opinion et comprendre ce qui se passe autour d'eux.
Peut-être que certains médias cherchent un peu trop à avoir LE scoop. Peut-être que d'autres s'acharnent. J'en conviens. Mais imaginez une société sans information. On ferait dur pas à peu près.
De toute façon, aucun média n'enfonce les détails dans la gorge des citoyens. On a toujours le loisir de changer de poste ou de passer directement à la section des sports. Et le pire dans tout ça ? C'est que malgré les chaînes d'information en continu, les différents médias et le travail des journalistes, certains arrivent encore à ne pas être au courant de ce qui se passe autour d'eux...