Bernard «Ben» Plourde, l’un des seuls membres en règle des Hells Angel de la région et présumée tête dirigeante du principal réseau de distribution de drogue régional, a été arrêté le 15 août à son domicile de Laterrière.

Un 15 août aux aurores

CHRONIQUE / Comme journaliste, il y a de ces moments qui nous marquent plus que d’autres. Année après année, nous rencontrons des centaines de personnes, nous racontons des centaines d’histoires. Comme bien des journalistes, c’est ce que j’aime de mon travail. Raconter.

Chaque année, je me demande ce qui m’a le plus marquée durant les douze derniers mois.

Je n’ai pas eu à réfléchir bien longtemps cette année. C’était le 14 août. Je travaillais aux faits divers ce soir-là et mon boss me fait venir dans son bureau.

— Prépare-toi, demain matin, tu dois être au bureau à 5h30. Tu vas rejoindre Mariane (la photographe) et vous allez attendre mes consignes par texto.

— C’est quoi?

— Je ne peux pas t’en parler immédiatement. Tu vas le savoir demain matin. Mais c’est gros.

J’ai assez d’expérience maintenant pour savoir que quelque chose de gros, au petit matin, est souvent synonyme d’opérations policières. Et une opération policière assez importante pour nécessiter le secret complet est souvent synonyme d’opération impliquant des motards.

Je me suis donc couchée ce soir-là en me disant que j’allais probablement être témoin de l’arrestation d’un Hells le lendemain matin.

J’avais visé juste.

À 6h du matin, Mariane et moi attendions à l’endroit où nous avait envoyées mon boss. Pendant ce temps, ma consoeur de cette page attendait des instructions pour une affaire semblable à Desbiens. Ayant deviné de quoi il s’agissait, on se textait en code, afin de ne pas faire bousiller les opérations policières. Évidemment, c’était absolument absurde, mais que voulez-vous, on se pensait dans District 31.

Alors donc, Mariane et moi nous nous sommes retrouvées devant la demeure de Bernard «Ben» Plourde, l’un des seuls membres en règle des Hells Angel de la région.

Il n’avait sans doute pas été averti par mon boss, lui, puisqu’il a été réveillé par la cavalerie, qui venait l’arrêter aux aurores. Ça n’a pas duré cinq minutes qu’il était amené au poste. J’imagine que ce genre de personnes ne sont jamais vraiment surprises de voir débarquer la police.

Les agents ont perquisitionné sa maison, son garage et on remorqué sa rutilante Harley Davidson. Deux heures plus tard, les journalistes des autres médias se pointaient à leur tour. Mon boss ne les avait pas avertis, eux non plus.

Je fais partie de ces rares journalistes qui apprécient les faits divers. Les arrestations, les perquisitions, les enquêtes. J’aime faire affaire avec la police même si elle, elle ne nous aime pas toujours. J’aime attendre des heures le dénouement d’une opération. J’aime écrire ce que je vois. Raconter ce qui se passe devant mes yeux.

Je n’irais pas jusqu’à dire que les Hells m’impressionnent, mais lorsqu’on aime les faits divers, l’arrestation de l’un d’entre eux figurent dans la liste des bonnes histoires à raconter. Et des motards, il n’en pleut quand même pas au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

J’ai donc passé pas mal toute ma journée du 15 août à suivre l’évolution de cette arrestation. Jusqu’à sa sortie du poste de police, d’où il était conduit jusqu’au centre de détention de Québec.

Vous vous demandez sans doute pourquoi mon cher patron a été averti de cette arrestation un peu plus de 12 heures avant qu’elle ne survienne.

Je ne saurais vous répondre. Pour la simple et bonne raison que je l’ignore moi-même. Et même si je le savais, je ne le vous dirais pas.