Lors de la Course des dieux, l’an dernier, à Jonquière.

Tu peux toujours courir

CHRONIQUE / Mon corps est couvert de bleus. Non, je ne me suis pas battue dans une ruelle, je n’ai pas été attaquée par mes poules, je n’ai pas déboulé les marches, ni été victime d’une chute à vélo. J’ai plutôt participé à deux courses à obstacles ces deux dernières fins de semaine. Et au moment où vous lisez ces lignes, je suis en train de terminer une troisième course du genre cette saison. Vous savez, ces courses durant lesquelles on grimpe, on rampe, on saute, on court, on monte, on descend, on marche, on force et on se salit.

Samedi, ce sera ma dixième depuis que j’ai eu la piqûre il y a deux ans. J’ai entamé ma première saison de courses à obstacles au printemps 2017, à Jonquière. Je vous en avais parlé à l’époque, de cette folle idée que nous avions eue, deux collègues et moi, de nous inscrire à une course à obstacles à deux jours d’avis. Nous nous étions démenées durant 2h22 et mon corps m’en avait voulu durant des jours. Mais j’avais tellement été fière de cet accomplissement et fière de repartir avec une médaille au cou que je me suis réinscrite à une autre course quelques semaines plus tard. Et depuis, je ne me suis pas lassée. Mes temps se sont améliorés et mon endurance aussi. Mon corps ne m’en veut plus, bien que j’ai quelques marques par-ci par-là. Je ne bats pas de records, loin de là, et je n’ai pas le corps d’une athlète. Mais j’aime ça. J’a-do-re ça.

Je n’ai jamais excellé dans aucun sport. Je suis plutôt le genre de personne qui est «un peu bonne» dans tout, mais excellente dans rien. Je suis capable de jouer au baseball, au volleyball, au basketball. Je ne suis pas la plus poche de l’équipe, mais pas la meilleure non plus. Petite, on me choisissait dans les premières de l’équipe simplement parce que j’étais plus grande que les autres filles. Je me débrouillais, mais je n’ai jamais remporté de trophée ni de médaille. Je pense que ça me manquait. Alors lorsque j’ai décroché ma première médaille (ne vous emballez pas, tout le monde qui finit ces courses à obstacles y ont droit), ça m’a motivée. Ça m’a motivée à continuer, afin de remporter d’autres médailles. Bon, je vous entends me dire que c’est un peu niaiseux mon affaire, mais on puise notre source de motivation où on le peut.

C’est la première fois que j’entretiens une passion sportive. J’adore la course à pied, j’adore pouvoir me rouler dans la boue sans avoir l’air d’une folle, j’adore grimper aux arbres et m’immerger dans l’eau glaciale et j’adore l’effet que procure ce genre d’événements. Ce sentiment de satisfaction, ce sentiment de victoire.

Je le répète, je n’ai rien d’une athlète. J’ai commencé à courir il y a quatre ans, un kilomètre à la fois. J’en ai arraché les premières semaines, mais je n’ai pas abandonné, parce que je savais que tout le monde, ou presque, peut courir. Sur une petite ou une longue distance, vite ou lentement, seul ou en gang, sous le soleil ou sous la pluie, dans la rue ou dans la forêt et à n’importe quelle heure du jour. La course est sans doute l’un des sports les plus accessibles et les moins coûteux. Une paire de chaussures, un peu de volonté et hop, le tour est joué. Vous courrez deux minutes et vous n’en pouvez plus? Pas grave, vous serez meilleur demain.

La première fois que j’y suis allée, j’ai bien pensé mourir. J’ai marché quelques pas pour ne pas faire une crise cardiaque. Mes premiers temps étaient évidemment archi nuls, mais je m’en foutais. Je courrais et j’en étais pas mal fière.

Depuis, peu importe ce qui m’arrive, je me dis que je peux toujours courir.