Tourner ses doigts sept fois

CHRONIQUE / «Check le moron qui se prend pour Gilles Villeneuve ! »

« Ben oui. Plus de tickets pour ceux et elles qui ne respectent pas le Code de la sécurité routière. Ils mettront ça dans leur budget vacances. »

« En fait, il veut dire que mieux vaut donner une contravention à un cabochon qui ne respecte pas la sécurité routière, que d’être sur une scène de collision mortelle. »

Voilà des répliques qui se retrouvent sur Facebook et qui en ont fait sourciller plus d’un. Encore plus, lorsque nous apprenons que l’auteur de ces lignes n’est nul autre que la Sûreté du Québec, via le gestionnaire de communauté de la page Facebook du corps policier.

Il répliquait à des internautes qui critiquaient la campagne de sécurité pour les vacances de la construction ou encore qui accusaient les policiers de remplir les coffres de l’État.

Avouons que des termes tels que « moron », « zinzin » et « cabochon » sont rarement accolés à la représentation québécoise du respect et de l’application de la loi. Assez paradoxal, j’en conviens. N’oublions pas que la mission de la Sûreté du Québec est, entre autres, de maintenir la paix...

Imaginez la scène : « Les enfants, cessez de narguer les gens sur les réseaux sociaux ! » « Maman, la police a le droit, elle ».

Comme bien des organisations, le corps policier bénéficie du service et de l’expertise de porte-parole. Parce que l’air du temps l’oblige, ceux-ci sont en activités au coeur des médias traditionnels et à travers les réseaux sociaux.

Cette approche virtuelle, qui laisse la politesse de côté, découle d’une nouvelle politique sur les médias sociaux. L’humour et le sarcasme sont privilégiés par la Sûreté du Québec afin d’attirer davantage l’attention.

Cela me donne l’impression d’un parent qui n’arrive pas à communiquer avec ses enfants. « Yo, les jeunes ! », n’est certainement pas la meilleure façon de les interpeller.

Je déplore régulièrement le manque de civisme et de respect qui se retrouve sur les réseaux sociaux. Force est d’admettre que la stratégie de communication de la Sûreté du Québec m’a fait sourciller.

Heureusement, les relationnistes du corps policier ont confirmé que des ajustements seraient apportés. Une publication en ce sens a été faite sur les réseaux sociaux. La Sûreté du Québec embrasse totalement les réseaux sociaux et l’attitude qui s’y réfère alors que le message est accolé d’émoticônes et de GIF.

« Nous avons fait le choix d’établir une ligne éditoriale qui est plus audacieuse. Certains diront peut-être même corrosive, mais une chose est claire, nous continuerons d’utiliser une approche plus sarcastique avec une pointe d’autodérision pour faire passer nos messages et nous continuerons à répondre aux trolls et aux internautes qui cautionnent des comportements délinquants dans les commentaires qu’ils font sous nos publications », peut-on lire.

La Sûreté du Québec n’est pas la première organisation à adopter une telle ligne de communication. Hydro-Québec, également très critiquée par les Québécois, a emboîté le pas, il y a déjà plusieurs mois.

« Si vous êtes en mesure de nous apporter votre expertise dans le domaine de l’électricité, nous vous invitons à surveiller nos affichages de postes », répondait la société d’État, en réplique à un utilisateur de Twitter qui traitait Hydro-Québec de « belle bande d’incompétents ».

Des réponses plus consistantes sont également soumises à des utilisateurs qui se questionnent quant aux remboursements possibles pour avoir quitté la maison, quant aux potentielles années de surcharge et à la perte de nourriture subie pendant une interruption de courant.

Je préfère, de loin, l’approche de la société d’État qui est plus humoristique et rarement insultante. Derrière un commentaire qui fait sourire se cache, presque toujours, une information pertinente.

J’ose espérer que la façon de communiquer de la Sûreté du Québec tendra vers ce type de stratégie notamment par respect envers les citoyens et pour éviter les potentiels dérapages.

Et si jamais un utilisateur des réseaux sociaux se sent intimidé par les réponses de la Sûreté du Québec, il n’aura qu’à se tourner vers la police...