Tempête naturelle et virtuelle

CHRONIQUE / Avoir eu une mauvaise nouvelle à annoncer en catimini, je l’aurais définitivement fait lundi soir. Si j’étais PDG d’une grande compagnie qui transfère sa production dans un autre pays ou DG d’une équipe de hockey qui réalise un échange douteux, c’est lundi que j’aurais annoncé le tout, entre deux bourrasques de vent et le classique Les beaux légumes.

En début de semaine, la région était paralysée par des conditions météorologiques extrêmes, voire exécrables, alors que Passe-Partout déchaînait les passions dans les chaumières québécoises.

Avouons que les deux combinés, nous n’étions pas très loin de l’éclipse médiatique. Le phénomène veut qu’un sujet occupe au moins 20 % de l’espace médias.

Parlant de la tempête, ma mère me disait : « Je n’ai pas souvenir de telles conditions. Ça remonte peut-être à mes jeunes années.» Certes, les temps ont changé entre sa jeunesse et aujourd’hui. Bien que maman ne soit pas bien âgée...

La différence entre avant et aujourd’hui, c’est bien simple. Cela réside dans notre mécanique de transmission des messages et de nos potentiels interlocuteurs.

Autrefois, lorsque c’était la tempête, Émilie Bordeleau constatait le tout, bien au chaud dans sa maison construite par son bel homme. Elle regardait à travers la fenêtre et jacassait des conditions avec son cher Ovila Pronovost. Dans le pire des cas, elle en aurait discuté avec son beau-père, Dosithé Pronovost.

De nos jours, lorsque les vents se font violents, Madame Tremblay, comme l’aurait fait Émilie Bordeleau, tire les rideaux et constate le mauvais temps. Plutôt que d’en faire la remarque à son Ovila des temps modernes, elle se tourne vers sa tablette.

Quoi de mieux que Facebook, en cette ère du numérique, pour semer aux grands vents notre opinion devant la tempête ?

Fermer les routes ou rouvrir les routes. Tout est prétexte à ce que Madame Tremblay le fasse savoir à son auditoire que lui offre, sur un plateau d’argent, le babillard électronique de Mark Zuckerberg.

Qui pourrait bien nous informer quant à l’état du Parc ou du chemin de la Prudence? Facebook!

Cours suspendus ou cours maintenus, impensable en 2019 de ne pas se confier à notre journal intime contemporain qu’est Facebook.

Lundi, tempête oblige, je n’ai pas été en mesure de constater par moi-même la version 2019 de Passe-Partout. Impossible de savoir si j’avais encore la fibre d’une fidèle poussinette.

Force est d’admettre que la tempête se retrouvait autant à l’extérieur que sur mon fil d’actualité. Sans avoir regardé une seule image de la relecture de ce classique de la télévision jeunesse, je sais tout.

« Pruneau ressemble à Chucky. Cannelle a abandonné sa queue de cheval pour une permanente, elle ressemble à la ministre Marguerite Blais. »

Chers poussinots maintenant adultes, j’espère au moins que vous avez pris le temps d’en discuter avec vos poussinots en devenir avant de publier un énième statut sur votre fil d’actualité. Annie-Claude Brisson