Syndiquer les cadres?

CHRONIQUE / C’est l’idée qu’a lancée un élu avec qui je parlais, il y a quelques jours. Évidemment, c’était une blague. Il n’était pas sur le point d’appeler la CSN. Du maraudage chez les cadres ou gestionnaires, ce serait assez farfelu, non?

Son idée était venue des dirigeants d’entreprise de sa ville, qui se plaignaient de la pénurie de main-d’oeuvre. Ils demandaient à la Ville de l’aide pour trouver des employés. L’absence de main-d’oeuvre les obligeait désormais à accepter ce qui était pourtant inacceptable il y a quelques années à peine.

« Les gens ne rentrent pas travailler. Ils ne sont pas compétents, ils sont impolis. Il faudrait presque faire un syndicat pour les boss », dit-il, à la blague. Évidemment, il n’aimerait pas que je le nomme. Il ne veut pas froisser certaines personnes, probablement.

La création des syndicats a commencé de cette façon.

Le système a permis de protéger les employés des caprices et des exigences démesurées des patrons. Les gens étaient carrément exploités à une certaine époque.

C’est que la pénurie favorise ce renversement des rôles? Peut-être. Est-ce que c’est mérité? Probablement, dans certains cas.

En tout cas, je ne pourrai être plus ravie d’être une salariée. C’est la meilleure des positions en ce moment.

Les gens moindrement compétents se trouvent un emploi en deux secondes. Le patron me demande une tâche qui me tente moins. Je démissionne et je trouve un autre employeur au coin de la rue.

Mais ne démissionnez surtout pas sans délai. Les normes du travail forcent les employeurs à vous dédommager s’ils vous renvoient. C’est connu. Mais l’inverse, un peu moins. En effet, la loi prévoit qu’un « délai raisonnable » doit être donné à l’employeur. Ce délai n’est pas précisé. Mais dans un contexte de pénurie, ce délai est maintenant plus long.

De plus en plus d’entreprises ont poursuivi des employés qui ont quitté leur emploi sans préavis. Un agent immobilier a récemment dû payer 15 000 $ à l’entreprise, après avoir quitté l’agence subitement. Un jeune estimateur a été condamné à payer 2000$ pour avoir démissionné sans délai.

À défaut d’avoir un syndicat, le Code civil donne une certaine protection aux gestionnaires. Ça leur coûte juste un peu plus cher pour les avocats.

De toute façon, qui a pitié des patrons?