Partager nos souvenirs de vacances via Facebook, comme cette photo prise au quai de Kamouraska lors d’une chaude journée, fait aujourd’hui partie de la routine de bien des gens.

Souvenirs réels et virtuels

CHRONIQUE / «Est-ce qu’on va manger ? »

« Attends un peu, je dois faire ma publication Facebook ! »

Cet échange, je l’ai eu à quelques reprises avec mon chum durant les vacances, alors qu’il m’attendait pour aller luncher au restaurant après la visite d’un site touristique. Pour les fois que c’est lui qui attendait après moi, ça me faisait même un peu plaisir de le faire patienter.

Le chroniqueur de La Presse Stéphane Laporte signait un texte, la semaine dernière, titré « Les vacances des autres ». Il soulignait à quel point les gens savaient tout des vacances de leurs amis, leurs collègues, leurs cousins ou leurs matantes depuis l’invention de Facebook. Qu’on n’avait plus rien à se dire, à notre retour, puisqu’on avait publié le tout sur les médias sociaux durant notre absence.

Je ne suis pas tout à fait contre ces propos et je serais bien mal placée pour parler, puisque je suis le genre à publier une photo quotidienne sur ma page lorsque je vois quelque chose qui, à mon avis, mérite d’être souligné. Un coucher de soleil, une balade en bateau, une randonnée, une virée à moto ; j’aime partager mes petits coups de coeur avec mes amis virtuels. Peut-être que je tape sur les nerfs de certains, mais à quoi sert Facebook si ce n’est pas d’y partager nos succès de pêche, notre festin de homards, les exploits du plus jeune ou la récolte du potager ? Insignifiant et inintéressant, diront certains. Peut-être. Mais Facebook serait pas mal plate si personne ne publiait ces petites insignifiances. J’aime ça, moi, voir les binettes des enfants de mes amis, la cueillette de pommes ou la visite d’un festival des autres. J’aime visiter virtuellement ces endroits où je ne suis pas et je suis bien déçue de ne pas voir les souvenirs de vacances de mes amis.

J’ai même demandé à mon chum à quoi ça servait de visiter des attraits touristiques lorsque Facebook n’existait pas. Je lui ai posé la question à la blague, évidemment, mais les photos de ceux et celles qui traînaient un appareil photo « dans le temps », qu’il soit jetable ou pas, finissaient dans un album oublié dans la garde-robe. Je fais moi-même partie des deux catégories, puisque je publie sur les médias sociaux et je fais également développer mes photos pour garnir les albums oubliés. J’aime me rappeler les souvenirs de vacances et revivre les émotions qui y sont associées.

M. Laporte affirmait qu’on n’avait plus rien à se dire, à nos retours de vacances, puisqu’on avait déjà partagé le tout sur les médias sociaux. Bien au contraire, lui répondrai-je, puisqu’on m’a beaucoup parlé de mes vacances à mon retour, me posant des questions sur les sites visités et me demandant de plus amples détails. Certains m’ont dit que je leur avais donné le goût d’aller visiter ces lieux et je me suis dit que mes 1001 publications avaient servi à quelque chose.

Je préfère de loin ceux qui partagent des photos de leur quotidien que ceux qui partagent des publications Spotted, des fausses nouvelles ou des articles à vendre.

Parce que ceux qui nous amènent avec eux en voyage réussissent toujours à nous faire rêver un peu.