Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local

S’échapper au jardin

CHRONIQUE / Quand tout part en vrille au boulot, j’aime bien me rappeler que nous n’opérons pas à coeur ouvert.

Même s’il est important, surtout à nos yeux, notre travail ne l’est pas tant, peu importe sa nature. Du moins, jamais comme celui qui opère à coeur ouvert.

Cette phrase bien simple, c’est le rappel de respirer un bon coup alors que rien de grave ne se produit. J’en conviens, parfois, ça semble grave, mais jamais comme nous l’estimons.

Quand ça dérape, j’aime aussi demander, à la blague, si quelqu’un saigne. Passant la majeure partie de la journée devant l’écran d’ordinateur ou au téléphone, j’ai rarement répondu par l’affirmative.

Ces deux pseudo-mantras, je me les répète souvent. Même trop souvent.

Devant une liste de choses à faire, de trucs à écrire et de personnes à contacter, il n’est pas rare qu’une belle boule d’angoisse s’installe bien confortablement au ventre. Le souffle se fait de plus en plus court, ce qui n’aide en rien, alors que la quantité de travail à abattre est de plus en plus imposante.

Je dis parfois, sans réellement le penser, que j’aurais dû faire autre chose. C’est juste que, pendant cet instant de panique, j’oublie que cela s’applique à presque tout le monde, et ce, peu importe leur métier. Coiffeuse, enseignant ou médecin, pratiquement tout le monde traîne cette grosse boule d’angoisse, à un moment ou trop longtemps, au fond de sa besace.

Et je suis, disons, très cordonnier mal chaussé dans cette situation. C’est que, voyez-vous, dans mon ancienne vie, j’ai consacré un nombre incalculable d’heures à étudier la gestion des ressources humaines et la communication organisationnelle. Une situation bien banale au travail ou une légère angoisse se transforme, pour moi, en analyse digne d’une thèse de doctorat.

J’aimerais bien, moi aussi, que le sport soit mon échappatoire. Cela me permettrait de me vider l’esprit, tout en faisant quelque chose de bien pour ma santé. Mais non, que voulez-vous, je n’ai rien de sportif... sauf des chaussures de sport bien à la mode.

Lorsque j’ai l’impression que ma tête est sur le point d’exploser, je prends une pause et je me dirige au jardin. Toute mon attention est alors concentrée vers les légumes, les fruits et les fines herbes.

En l’espace de quelques instants, le stress de la vie professionnelle est remplacé par d’autres questionnements. Est-ce que les courgettes ont été pollinisées ? Qui a grignoté les fraises ? Vais-je récolter suffisamment de carottes ? Les deux mains dans la terre, je me vide l’esprit, rang par rang.

Rénover la maison, décorer chaque pièce et retaper des meubles, ça me fait également le plus grand des biens. Gratter le vieux vernis, sabler le bois et peindre des surfaces : voilà ma façon d’arriver à mettre la « switch à off ».

Il n’y a rien d’autre à penser que l’objet, la surface ou la matière qui est devant moi.

Pendant des années, mon mari disait que je ne me reposais pas. Il n’avait pas tort. J’enchaînais les projets un après l’autre. Mais il a fini par comprendre que lorsque je m’active ainsi, c’est pour me reposer l’esprit.